Retour à la case départ pour Fortis


Finance Les activistes : « Insuffisant »

Le groupe redevient un assureur belge.
Si du moins le fruit des dernières négociations passe le cap des assemblées générales…

Le 14 février, après les assemblées de Bruxelles le 11 et à Utrecht le 13, Fortis se réveillera peut-être dans la peau des AG. Les Assurances Générales étaient la base historique de Fortis en Belgique, le tremplin utilisé par l’ex-président Maurice Lippens pour construire son grand groupe de bancassurance sur plus de vingt ans, à coups de fusions acquisitions. Si les actionnaires approuvent le nouvel arrangement dégagé entre l’Etat belge, BNP Paribas et Fortis Holding, alors Fortis redeviendra un groupe belge d’assurance (lire ci-dessous).

Tel est en tout cas l’accord dégagé par les trois parties au 16, rue de la Loi, dans la nuit de jeudi à vendredi. Il leur fallait sortir Fortis de l’impasse et dégager une donne nouvelle, susceptible de recueillir la majorité des suffrages des actionnaires. Depuis l’arrêt de la cour d’appel de Bruxelles, le 12 décembre, le gouvernement belge et la banque française savent que les actionnaires de la holding, furieux d’avoir été expropriés, ont le droit de dire non à la transaction belgo-française négociée début octobre. Quatre mois plus tard, leur nouvel accord ne change rien sur le volet bancaire (75 % de Fortis Banque vont à la banque française que l’Etat belge lui vend 8,25 milliards d’euros par échange d’actions BNP Paribas valorisées à… 68 euros) mais change tout à l’assurance : Fortis Insurance Belgium, premier assureur du pays, ne passe plus à BNP Paribas mais reste à 90 % dans la holding, qui retrouve un actif en même qu’un avenir crédible.

Les modifications convenues vendredi matin touchent trois autres volets financiers des précédents accords, et sont plus favorables à la holding. Primo, les 10,4 milliards de crédits les plus risqués de la banque sont isolés dans une société à part, comme avant, mais le financement en a été largement revu, selon les lignes suivantes : la holding n’y injecte plus qu’un milliard d’euros (contre plus de 6 avant), l’Etat réduit sa facture immédiate de 5,5 à 2 milliards mais prend par contre un risque plus important à long terme en apportant sa garantie sur 5 des 6,5 milliards à charge de Fortis Banque (c’est-à-dire BNP pour 75 % et l’Etat pour 25 %), alors que la contribution directe de BNP Paribas se maintient à 0,9 milliard. Ces nouvelles clefs de financement ont été l’un des grands points de friction (lire ci-contre page 3).

Deuzio, BNP Paribas a fini par accepter, tard dans la nuit, de ne plus percevoir 2,35 milliards en provenance de la holding, au titre de couverture sur un emprunt convertible (les « Cashes ») émis lorsque le groupe Fortis cherchait à ramasser tout ce qu’il pouvait dans le marché pour financer le rachat d’ABN Amro. Enfin tertio, l’Etat a remplacé le très controversé système dit du « coupon 42 » (un droit aux éventuelles plus-values futures sur les titres BNP de l’Etat, plafonné et limité aux petits porteurs) par un mécanisme d’options attribuées à la holding et lui attribuant les plus-values sur les titres BNP Paribas au-delà d’un cours de 68 euros. Sur ce point, la holding souhaitait un prix d’exercice plus bas (58 euros) qu’elle n’a pas obtenu.

Avec ce nouvel arsenal, les trois parties espèrent bien décrocher un vote majoritairement positif des actionnaires, dans deux semaines. Karel De Boeck et Jan-Michiel Hessels, les deux représentants de Fortis aux négociations, ont passé beaucoup de temps au téléphone pour tester le scénario auprès d’un certain nombre d’actionnaires importants et se disent confiants sur l’issue du vote, y compris pour ce qui concerne Ping An, premier actionnaire de la holding avec 5 %. L’assureur chinois a pourtant fait savoir qu’il réservait sa réponse…

Quant à la ligue des associations activistes (Deminor, Modrikamen, VEB…), elle se dit en chœur insatisfaite de la nouvelle épure et maintient en l’état ses consignes de vote négatif. Les minoritaires veulent être plus de détails et tiennent surtout à rencontrer au plus tôt le gouvernement pour évoquer deux ou trois pistes d’aménagements supplémentaires. En particulier, ils ne désespèrent pas de revoir un morceau de Fortis Banque revenir dans la holding.

GERARD,PAUL

Les lignes force de l’accord du 30 janvier

1. Fortis Insurance Belgique est réintégré dans Fortis Holding, qui en détiendra 90 %. BNP Paribas conserve les 10 % restants pour un prix de 550 millions d’euros. Le contrat exclusif de distribution est maintenu jusqu’à son échéance (2017).

2. Réduction à 1 milliard (contre 4,1 milliards d’euros) de la part de Fortis Holding dans le portefeuille de produits structurés (SPV). L’Etat prend une part de 2 milliards et BNP Paribas, 400 millions. Le financement du SPV est assuré par Fortis Banque pour un montant de 6,5 milliards d’euros (avec la garantie de l’Etat belge à concurrence de 5 milliards d’euros).

3. BNP accepte le maintien du mécanisme de « Cashes » (une obligation convertible éminemment complexe) sans paiement par Fortis Holding à Fortis Banque de l’avance de 2,35 milliards d’euros prévue par l’accord précédent.

4. L’Etat belge accorde à Fortis Holding après une période de lock-up de deux ans, un droit sur les plus-values futures sur les titres BNP Paribas au cours des six années suivantes au prix d’exercice de 68 euros par titre (remplace le système dit du « coupon 42 »).

5. L’intervention maximale de l’Etat dans Fortis est ramenée en conséquence de 14,9 milliards à 11,4 milliards d’euros. L’Etat débourse moins dans l’immédiat, mais il prend plus de risques avec la garantie de 5 milliards accordée sur le SPV (voir ci-dessus).

6. Le Conseil d’administration de Fortis Holding a approuvé ces ajustements sous réserve de l’approbation des actionnaires.

PADOAN,BERNARD

LE PORTFOLIO : Le nouvel accord sur la vente de Fortis à BNP Paribas

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