Serena Williams veut être éternelle

Début septembre, Serena Williams enlevait l’US Open en battant Jelena Jankovic en finale. Dans la foulée de son neuvième Grand Chelem, elle devenait nº1 mondiale, six ans après sa première intronisation en juillet 2002.

Samedi, sur la Rod Laver Arena de Melbourne, l’histoire s’est répétée à quatre mois d’intervalle. Serena a remporté l’Open d’Australie, son dixième titre majeur, en écrasant cette fois Dinara Safina, et elle est re-re-devenue nº1 mondiale.

On a déjà tout dit et tout écrit au sujet de l’Américaine, plus magnifique que jamais dans son rôle d’employée à mi-temps du sport professionnel. Après Flushing Meadows, nous étions nombreux à penser que l’avenir du tennis féminin, à la recherche de sa star depuis un an, voyait son avenir lié à celui de cette joueuse de 27 ans. On pensait que le succès forgé dans la moiteur de New York allait redonner à cette fille élevée dans le quartier miséreux de Compton à Los Angeles une réelle envie de se dédier à son sport. Et qu’a-t-on eu à la place ?

Un mois est passé depuis l’US Open et revoilà Serena sur un court. C’était à Stuttgart. Elle perd son match de rentrée face à la Chinoise Na Li et disparaît pour un nouveau mois. Elle revient au Masters de Doha, début novembre, où elle bat Safina, puis perd contre sa sœur Venus. Trois matchs ont été disputés depuis le sacre new-yorkais. Une misère et Serena termine l’année à la deuxième place mondiale. Rideau sur la saison.

Début 2009, la cadette des Williams n’effectue son retour qu’au tournoi de Sydney, la semaine avant l’Open d’Australie. Par rapport à 2008 où elle était arrivée directement à Melbourne, c’est un mieux. Elle joue quatre matchs et perd en demi-finale face à Dementieva. Ce manque de compétition ne l’empêche pas de déclarer qu’elle est la meilleure joueuse de la planète. Tant pis pour Jankovic, nº1 mondiale dont le manque de victoire en Grand Chelem fait autant de bruit que la casserole accrochée à la voiture de la mariée. Safina ? Elle compte pour du beurre, tout comme Ivanovic, Sharapova, Kuznetsova, Zvonareva et autre Dementieva. Pour la native de Saginaw, dans le Michigan, ces filles n’existent que pour la figuration.

Ce qui peut sembler une attitude hautaine et irrespectueuse n’est en fait… que la réalité. Car après quinze jours passés dans la fournaise de Melbourne Park, la situation est d’une grande limpidité. A part un huitième de finale où elle a eu la chance de voir Azarenka abandonner, et un quart de finale où Kuznetsova a servi pour le gain du match, Serena Williams a dominé son sujet. Et tant pis si on peut toujours lui trouver quelques kilos superflus, sa force de frappe, son expérience et son mental lui permettent d’avoir disputé les trois dernières finales de Grand Chelem (elle avait été battue par sa sœur Venus à Wimbledon).

De finale australienne, il n’y en eut point. Il suffit, pour s’en convaincre, d’entendre la malheureuse Safina, qui aura constaté une fois de plus qu’on a beau avoir un bras en béton armé, il ne sert à rien s’il ne s’accompagne pas de nerfs tout aussi solides. Le titre plus la place de nº1 mondiale : c’était trop demander à la sœur de Marat qui a explosé sous les coups de sa rivale. 6-0, 6-3 en 58 minutes. « Je me suis sentie dans la peau d’une ramasseuse de balles !, expliqua une Safina que seul l’humour pouvait sortir d’un état de gêne flagrant. Serena était trop forte. Je m’excuse de n’avoir pu vous offrir un meilleur match… »

Malgré la pauvreté du spectacle, personne dans l’enceinte de Melbourne n’avait envie de lui en vouloir. « Elle a joué comme elle devait, sans jamais me laisser le temps de rentrer dans le match. Jouer pour le titre et la place de nº1 : je n’avais jamais été dans cette situation. Elle bien », dira encore la Moscovite.

Jamais Serena Williams n’a perdu une finale en Australie. Elle en est à quatre titres, après ses victoires en 2003, 2005 et 2007. Preuve que l’Américaine à Melbourne, c’est une année sur deux, et toujours les années impaires. « J’ai le sentiment de pouvoir continuer sur cette lancée pour toujours, dit-elle, heureuse. J’ai parlé à Venus et nous nous sommes dit qu’on jouerait pour toujours ! Je sens que j’ai encore de nombreuses années devant moi… »

On l’a vu, la prudence s’impose par rapport à de telles déclarations. Mais une chose est sûre : personne, aujourd’hui, ne peut mettre en doute le pouvoir qu’a Serena sur ses pairs. Mise à part Venus Williams, le simple fait de se retrouver face à elle fait peur à beaucoup. Les nombreuses « -ova » (les Russes) qui peuplent le circuit sont là pour le démontrer, bien malgré elles. Et Safina ne déroge pas à la règle. « Je n’étais pas nerveuse avant le match, jurera-t-elle pourtant. Rien à voir avec ce que j’ai éprouvé avant ma finale à Roland Garros l’année passée. J’avais bien dormi et je me sentais bien. Mais une fois qu’on monte sur le court, l’histoire change complètement. »

Il n’y a qu’une Sharapova qui peut encore monter sur le court sans s’avouer vaincue à l’avance, mais une Sharapova en pleine possession de ses moyens (et les semaines à venir démontreront si c’est encore possible).

Avec quatre titres australiens dans sa besace, Serena est devenue l’égale de Margaret Court, Evonne Goolagong, Steffi Graf et Monica Seles. Elle est aussi devenue la cinquième joueuse de l’histoire de l’ère Open (1968) à gagner 10 titres du Grand Chelem ou davantage, après Court, Navratilova, Evert et Graf.

Mais les comparaisons vont bien au-delà. Serena a dépassé Davenport pour devenir la joueuse de tennis la mieux payée de l’histoire. C’était déjà une certitude après sa victoire en demi-finale, ce l’est encore plus. Elle est aussi, et surtout, l’athlète féminine la mieux rémunérée, tous sports confondus, puisqu’elle devance à présent la golfeuse suédoise Annika Sorenstam.

« Ces comparaisons me font penser à une femme comme Billie Jean King qui a fait beaucoup pour que des femmes puissent faire du sport, dit Serena. Je suis honorée d’avoir eu une pionnière comme elle. Et je suis sûre que les prize-money continueront à grimper. Dans cinq ans, dans dix ans, il y aura une autre fille qui aura gagné plus d’argent que moi. »

Justement, Serena n’a-t-elle pas déclaré qu’elle voulait être éternelle ?

LEONARDI,PAOLO
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