Rafael Nadal affirme sa suprématie

Open d’Australie Le nº1 mondial a joué 9h36 de tennis en deux tours

Comme à Wimbledon, Nadal a eu le meilleur sur Federer en 5 sets. L’Espagnol est bien le maître incontesté.

Rafael Nadal n’a rien d’un héros de science-fiction qui aurait un liquide bleuâtre qui lui coule dans les veines. Le Majorquin est aussi humain que n’importe lequel d’entre nous. Mais son sang est celui d’un champion hors du commun. Un de ces hommes qui portent le sport à un autre niveau. Il est à la fois une bête de scène qui se dépense sans compter pour proposer un tennis quasi irréel et un garçon charmant qui éprouve un respect sincère pour ses adversaires.

Ses déclarations d’après finale, dimanche, à Melbourne, feront mouche dans l’esprit de beaucoup de passionnés, même ceux qui auraient préféré une victoire de Roger Federer. « Cette victoire est très importante pour moi car c’est mon premier titre du Grand Chelem sur une surface dure. J’ai beaucoup travaillé pour briller ailleurs que sur la terre battue. Je suis très heureux mais aussi désolé pour Roger. C’est un moment très dur pour lui. Je sais combien ce devait être difficile au moment de la remise des prix. Mais c’est un grand champion. Il est le meilleur et il est très important pour notre sport. Je suis désolé pour lui mais je le félicite pour tout ce qu’il fait », dira Nadal.

Ces déclarations interviendront en salle de presse, près de deux heures après la finale remportée par l’Espagnol en 5 sets et 4h22 de match : 7-5, 3-6, 7-6 (3), 3-6, 6-3. Mais sur le court, une fois le tapis déroulé pour le cérémonial, c’est un Federer en larmes qui s’est adressé au public de Melbourne Park.

L’homme, on le sait, pouvait remporter son quatrième Open d’Australie et égaler ainsi le record de 14 victoires en Grand Chelem détenu par Pete Sampras. Au lieu de tout cela, lorsqu’il voit Rod Laver en personne remettre le trophée à Nadal, Federer nourrit d’immenses regrets. Ceux d’avoir réussi à deux reprises le break dans le premier set. Ceux d’avoir possédé un total de 19 balles de break (il n’en convertira que 6). Ceux, enfin, d’avoir moins bien servi que son rival : 52 % de premières balles (et 6 doubles fautes), contre 64 % à l’Espagnol. Et si Federer ne sert pas à la perfection, il n’a aucune chance de battre Nadal. Même sur le plexycushion de Melbourne.

C’est pour cela que lorsque le préposé lui tend le micro pour s’adresser aux 15.000 personnes présentes dans l’enceinte alors qu’il est passé minuit, Federer craque. D’un bloc. Mais contrairement au passé quand il lui arrivait de s’effondrer à cause d’un trop-plein de joie, les larmes du Bâlois sont cette fois des larmes de douleur. « Salut les gars, je me suis déjà senti mieux, merci pour votre soutien… ceci me tue », a-t-il commencé par bafouiller, avant de craquer complètement, incapable de finir sa phrase. Après une énorme ovation du public, Federer a ensuite regardé Nadal lever la coupe, puis il a repris le micro pour féliciter son adversaire : « Tu les mérites mec, tu as joué une nouvelle finale fantastique, je te souhaite le meilleur pour cette saison », avant de s’effondrer une nouvelle fois en sanglots.

Des moments comme ceux-là, entre deux monstres sacrés d’une discipline, quelle qu’elle soit, on en redemande. Plus tard, une fois l’émotion retombée, Federer sut retenir ses larmes face aux journalistes. Mais les regrets étaient toujours aussi présents. « C’est un des matchs de ma carrière que je pouvais ou devais gagner, dit-il ainsi. J’ai eu de multiples occasions mais je n’ai pas bien servi et j’ai commis des doubles fautes stupides. Quant à mon cinquième set, il a été mauvais. En tant que joueur de tennis, on ne peut pas passer sa vie à savourer des victoires. Il faut aussi vivre avec les défaites. Mais elles font encore plus mal lorsque vous n’êtes pas passé loin du succès, comme ici et comme à Wimbledon. Voilà pourquoi c’est très dur à accepter. J’aime ce sport. Il représente tout pour moi. Après un match pareil, je ne peux pas rentrer au vestiaire et prendre une douche froide. Je suis triste, sous le choc et complètement désemparé. Croyez-moi, ce sont les pires sentiments que vous puissiez éprouver. »

Ainsi est Roger Federer, la star multimilliardaire du tennis international, l’homme qui ne montre aucune émotion lorsqu’il exécute son art entre les lignes. Celui qui a régné sans partage pendant cinq ans sait plus que quiconque que le succès de Nadal nous a définitivement plongés dans une ère nouvelle. Sur la surface dure de Melbourne, nous sommes loin de la terre battue de Roland Garros sur laquelle l’Espagnol s’est imposé ces quatre dernières années. Loin aussi du gazon de Wimbledon qui privilégie les réflexes et le talent pur, deux qualités qu’il croyait être le seul à posséder jusqu’en juillet dernier.

A Melbourne Park, sur les bords du fleuve Yarra, nous sommes sur un revêtement qui avantage le tennis de Federer. C’était vrai jusqu’à dimanche.

Après avoir vu Nadal galoper comme un lapin sur chaque balle pendant quatre sets, nous avons été nombreux à croire, à l’entame du cinquième set d’une finale certes très intense mais qui n’a jamais approché celle de Wimbledon en termes de qualité, que Nadal finirait bien par s’effondrer sous le poids de la fatigue. Les 5h14 de sa demi-finale disputée moins de 48 heures plus tôt contre Verdasco finiraient par avoir le dernier mot.

C’était oublier que Federer, qui a cinq ans de plus que son rival (27 ans), commençait lui aussi à fatiguer. Il n’avait plus la lucidité suffisante pour se tenir à l’écart de l’énorme coup droit lifté de l’Espagnol, et si jamais il y parvenait, il se faisait cueillir par son revers, tout aussi monstrueux de force et de précision dimanche. Quand Federer a compris que Nadal ne lâcherait rien, son jeu a commencé à se fissurer et les dés étaient jetés. « Après mon match contre Verdasco, ma jambe droite me faisait mal, dira Nadal. J’avais la cuisse et le quadriceps tendus. Ça s’est réveillé dans le troisième set contre Roger, ce n’était pas des crampes mais ça tirait. Je n’ai pas demandé les trois minutes car elles pouvaient me servir plus tard. J’ai juste demandé un massage et je me suis relaxé. Ça a suffi. »

On vous l’avait dit : Nadal est humain. Mais réflexion faite, il n’est pas tout à fait comme n’importe lequel d’entre nous.

LEONARDI,PAOLO
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