Kadhafi « roi des rois », dirigera l’UA

Afrique Les chefs d’Etat africains ont élu le Libyen pour présider l’Union Africaine pendant un an

ANALYSE

En élisant à la présidence de l’Union Africaine (UA) le flamboyant président libyen Mouammar Kadhafi, les chefs d’Etat africains ont fait un choix étrange, un pari risqué. Créée en 2002 pour remplacer l’Organisation de l’Unité Africaine, qui avait elle vu le jour en 1963, l’UA a en effet a pour mission principale d’œuvrer « à la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et du développement à travers l’Afrique ».

Kadhafi correspond-il au profil de la fonction ? En ce qui concerne le développement, notamment économique, la réponse est oui. Par contre, pour promouvoir la démocratie et les droits de l’homme, le casting est pour le moins audacieux. Le Libyen dirige son pays d’une main de fer, sans liberté de presse, et n’a jamais condamné un coup d’Etat. Or l’UA essaie de prôner la bonne gouvernance, et a pour modèle l’Union Européenne…

Pourquoi ce choix ? Parce que, selon les règles internes à l’organisation, la présidence revenait cette année à l’Afrique du Nord. Et Kadhafi était le seul dirigeant d’Afrique du Nord présent au sommet d’Addis Abeba.

A son habitude, le « Guide » libyen a fait une entrée remarquée : fort de son adoubement il y a quelques semaines par un groupe de chefs traditionnels, il est arrivé dans la capitale éthiopienne en costume chatoyant, entouré de sept « rois » eux aussi en tenue d’apparat. Et surtout, il entend désormais être officiellement appelé « roi des rois traditionnels d’Afrique ».

Kadhafi a un grand projet pour l’Afrique : il souhaite mettre en place un « gouvernement de l’Union » devant mener à des « Etats-Unis d’Afrique ». Un projet qui ne déchaîne pas l’enthousiasme de ses pairs africains, pas plus qu’il n’avait, jadis, séduit les dirigeants arables à qui Kadhafi avait proposé, de la fin des années 60 au début des années 90, des unions entre pays basées sur l’idée du « panarabisme ».

Les dirigeants du Soudan, de l’Egypte, de la Syrie, de la Tunisie et du Maroc n’avaient pas cédé aux avances d’union avec la Libye : ils ne voulaient renoncer à une partie de leur souveraineté au profit d’une entité supranationale. De plus, l’idéologie de Kadhafi n’a jamais fait l’unanimité.

Du « panarabisme » au « panafricanisme »

Kadhafi est donc tenace : dès 2004, après avoir claqué la porte de la Ligue arabe, il annonce que son nouveau grand projet est l’unification du continent africain. Il essuie cependant un premier échec lors du sommet de l’UA en juillet 2007 : les chefs d’Etat africains préfèrent l’approche graduée défendue par le président sud-africain Thabo Mbeki, qui privilégie, avec un certain bon sens, l’intégration régionale avant de tenter d’unir un continent qui compte 53 pays, 800 millions d’habitants, d’immenses richesses mais aussi d’innombrables problèmes à résoudre.

Mais aujourd’hui, Thabo Mbeki s’est fait débarquer de la présidence sud-africaine, et la voie est libre pour Kadhafi. « La diplomatie libyenne, explique Joseph Bahout, chercheur à l’Institut d’études politiques de Paris, cité par l’AFP, c’est la diplomatie de l’esclandre, de la provocation et qui est appuyée sur une puissance d’argent non négligeable ».

Reste à voir ce que le « roi des rois », qui a multiplié les gestes de bonne volonté pour être à nouveau fréquentable par la communauté internationale, arrivera à faire.

KIESEL,VERONIQUE
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