Frederiek Nolf ne s’est pas réveillé au Qatar

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Décès Mort subite du coureur flandrien

Consternation à Doha où le jeune Nolf, 21 ans, est mort dans son lit. Comme le Français Salanson en 2003.

Erigé, à dessein, bien au-delà du centre de Doha et donc en plein désert, le Ritz Carlton de Doha appartient à ces nouvelles merveilles du monde que les rois du pétrole construisent selon leurs humeurs. Un endroit insensé que cette tour majestueuse plantée entre deux bras d’une mer détournée pour l’occasion. Un luxe et un raffinement qui mobilisent les fantasmes dans les magazines de luxe, ces choses que l’on regarde sans toucher.

Frederiek Nolf a découvert tout cela, ces derniers jours, tandis qu’il participait au Tour du Qatar. Avec son maillot de Topsport Vlaanderen, il arpentait presque gêné les couloirs de marbre du Ritz, promettant à sa douce de l’y emmener un jour s’il devenait une vedette et gagnait beaucoup d’argent. Entre la kermesse de Nokere et les bordures du Qatar, il n’avait pas vérifié beaucoup de différences sur le vélo, mais côté vestiaire, c’était le jour et la nuit comme dans un conte.

Nolf, 21 ans, a achevé sa jeune vie au 14e étage de cet empire de la démesure. Endormi pour l’éternité dans un sommeil réparateur au lendemain de la 4e étape du Tour du Qatar. Exactement comme le Français Fabrice Salanson (23 ans) découvert mort au Tour d’Allemagne par son compagnon de chambre Sylvain Chavanel en 2003. Kristof Goddaert a tenté de réveiller son ami puis il a immédiatement appelé son directeur sportif Jean-Pierre Heynderickx au moment du réveil collectif. Le corps de Nolf était déjà refroidi, son voisin de chambre ne s’était aperçu de rien.

Comment peut-on mourir à 21 ans sans… presque s’en apercevoir ? Comment un sportif de haut niveau présentant par rapport à tout un chacun une condition physique supérieure, une hygiène de vie parfaite peut-il terminer aussi tôt son apprentissage dans la vie ? Comment un athlète surveillé chaque jour, ou presque, dans un sport où le mirador de l’antidopage constitue une surveillance constante peut-il s’en aller « pour des raisons médicales inexplicables » ? Les cas de mort subite en sport suscitent chaque fois le double débat du dopage et de l’effort intense.

« Un mélange bien trop commode, rationnel, nous explique un médecin du sport. Un point sur lequel il est indispensable de communiquer, c’est le fait que nul n’est égal devant la résistance à l’effort. C’est bien entendu plus pointu dans le sport de haut niveau où toute une batterie de tests est soumise aux champions. Malgré cela, il existe des lacunes. Il est encore compliqué de situer le seuil de récupération des individus. Dans le cas de Frederiek Nolf, il ne faut pas exclure une réaction négative a posteriori dès l’instant où, d’une manière générale, il faut 24 heures pour récupérer complètement d’un effort disons intensif. »

Le Tour du Qatar n’est pas l’épreuve la plus pénible du calendrier pour un cycliste mais en début de saison, dans des conditions de course parfois brutales (le rythme, les bordures face au vent), il n’est pas banal dans l’explosivité réclamée aux concurrents. Qui sait si Nolf n’a pas souffert plus que d’autres dans l’étape remportée par Cavendish à 34 km/h de moyenne face un vent violent ? Qui sait ? Personne. Ce décès s’ajoute à d’autres « morts subites » inexpliquées dans le monde du sport. Souvent, les sportifs sont jeunes (moins de 25 ans), qu’ils s’écroulent sur un terrain de foot ou dans leur lit comme ce joueur de Clermont-Ferrand voici dix jours. Une anormalité non décelée malgré les tests médicaux poussés ?

« Personne n’est à l’abri de la mort subite. Il existe peut-être des symptômes mais ils ne sont pas vérifiables, termine notre interlocuteur médical (sous le couvert de l’anonymat exigé). Il existe aussi beaucoup de cas où la médecine déconseille à un individu la pratique du sport de haut niveau suite à un léger doute sur le plan d’une malformation cardiaque. » (NDLR : l’ancien coureur Nico Mattan avait été déclaré perdu pour le sport par le médecin de Cofidis avant de passer des examens aux Etats-Unis qui… révélèrent le contraire !). L’autopsie a révélé une « mort naturelle ». Au Qatar, c’était la consternation. Après avoir neutralisé l’étape, coureurs et suiveurs se sont recueillis à l’hôtel pour rendre hommage au défunt.

THIRION,STEPHANE
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