Khan est-il encore un danger ?

Pakistan Abdul Qadir Khan avait exporté la technologie nucléaire

Le père de la bombe pakistanaise est libre de ses mouvements depuis dix jours. Ce qui inquiète du monde…

VIENNE

DE NOTRE CORRESPONDANT

Abdul Qadir Khan était à la tête d’un réseau tentaculaire constituant un véritable marché noir mondial du nucléaire étendu à toute la planète, du Pakistan à la Corée du Nord, en passant par l’Iran et la Libye.

Depuis son arrestation le 4 février 2004, il a été maintenu en résidence surveillée dans sa luxueuse maison, dans les Margalla Hills, sur les hauteurs de la capitale pakistanaise, Islamabad. Depuis dix jours, il est libre.

Le gouvernement de Youssouf Raza Gilani a tenu sa promesse au « père » de la bombe pakistanaise : sitôt après la démission du président Pervez Musharraf, survenue en septembre dernier, le savant serait libéré. Et autorisé à recommencer à voyager sous réserve d’obtenir un « certificat de non-objection ». Autant dire une formalité.

La nouvelle inquiète sérieusement les chancelleries occidentales. Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine, a jugé « fâcheuse » la décision d’Islamabad, estimant que le scientifique représentait encore « un grave risque de prolifération ». La France a, quant à elle, déclaré « espérer que les activités de prolifération de Khan et de son réseau sont absolument terminées ».

A 72 ans, celui que la majorité des Pakistanais regardent comme un héros national pour avoir doté le « pays des purs » de la bombe en 1998 a toujours dit avoir agi « au nom de l’indépendance » de son pays, et « certainement pas pour des raisons lucratives ».

Pour Mohamed ElBaradei, le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) basée à Vienne, Khan se flatte d’« avoir réussi à neutraliser le programme nucléaire indien en lançant son pendant pakistanais ». Et il a logiquement « essayé de reproduire le même succès » avec les pays arabes face au programme nucléaire israélien.

Les raisons profondes de la libération de Khan tiennent notamment à l’entrée en vigueur prochaine du pacte nucléaire indo-américain, qui offre la technologie et le combustible nucléaire occidentaux sur un plateau d’argent aux Indiens, sans qu’ils soient pour autant tenus de signer le Traité de non-prolifération (TNP). Le Pakistan, qui espérait mériter le même traitement de par son implication dans la lutte contre les talibans, s’est vu opposer une fin de non-recevoir.

Au nom de quoi, dans ces conditions, Islamabad collaborerait-il avec l’AIEA et la CIA qui, depuis cinq ans, attendent de pouvoir interroger Abdul Qadir Khan ? « Le Pakistan n’est pas signataire du TNP, rétorque le principal intéressé, alors pourquoi devrait-il répondre » de ses actes ?

Copies des fichiers

D’après les experts de l’AIEA à Vienne, le réseau Khan n’aurait pas été totalement démantelé. Avant d’être arrêté, l’ingénieur suisse Marco Tinner, qui œuvrait pour le compte de Khan tout en renseignant la CIA, aurait pris soin de faire des copies des fichiers contenus dans ses ordinateurs aux Emirats arabes unis.

A qui étaient-elles destinées ? Dans quelles mains sont-elles tombées ? « Nous savons que ces copies existent, qu’elles se promènent là quelque part au-dehors et cela fait froid dans le dos », soupire Mark Fitzpatrick, chercheur à l’Institut international d’études stratégiques (IISS) de Londres.

PICARD,MAURIN
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