La sortie très médiatique d’Anne-Marie Lizin

Politique Son scoop à Bel-RTL, après des interviews à La Libre et au Moustique…

Elle lâche le mayorat de Huy, accuse le PS d’avoir monté un « procès stalinien », nie tous les abus de pouvoir…

Anne-Marie Lizin soigne sa chute : médiatique et fracassante. Avant son retour au pays, la Hutoise définitivement en disgrâce au PS a délivré, depuis Paris, une interview « exclusive » lundi à 18 heures, sur Bel-RTL, où elle renonce au mayorat de sa ville, tranche tout lien avec son parti, et ne concède rien dans les critiques qui l’ont plombée ces derniers mois, relatives surtout à l’utilisation de ses cartes de crédit en qualité, jadis, de présidente du Centre hospitalier régional de Huy.

Eprouvée après son opération au cœur, Anne-Marie Lizin n’a pas moins trouvé en elle toute l’énergie nécessaire pour se tracer une ligne de défense ultra-offensive : non coupable, elle se dit la victime d’une machination, d’un complot… En deux actes, soutient-elle : il y eut d’abord la « manipulation » autour de la présumée distribution de tracts par des agents communaux lors de la campagne pour les élections législatives de juin 2007, qui fit l’objet d’une séquence à la RTBf ; enfin celle ayant trait aux CHRH et aux cartes de crédit.

A qui la faute ? Elle désigne – euphémisme – le PS d’Elio Di Rupo, qui lui aurait fait un… « procès stalinien ». Par définition, donc, « un procès complètement truqué ». En l’occurrence : le 27 janvier dernier, la convocation, par la présidence du PS, au Boulevard de l’Empereur, du « comité d’audit » appelé à évaluer sa responsabilité dans les faits qui lui sont reprochés ; puis le témoignage, devant ce comité, du docteur Bury, qui dirigea l’hôpital de Huy avec elle ; enfin, la sanction, en soirée, prononcée par Elio Di Rupo et les vice-présidents du PS, qui privent la Hutoise de tous ses mandats socialistes ; eh bien, tout cela, toute cette procédure était, explique aujourd’hui Anne-Marie Lizin, « préparée ». Et le texte de la sanction à son égard, était, lui, « prétapé ». A Barbara Mertens et Pascal Vrebos, la sénatrice (elle siège comme « indépendante ») lâche : « Je suis tellement triste que la direction du PS soit à ce point dépendante des médias », ceux qui, à la suivre, auraient créé les conditions d’un « procès en sorcellerie » (elle use ces termes dans la Libre), instruit par les autorités du parti.

Pourquoi Anne-Marie Lizin ne s’était-elle pas produite auparavant, en personne, devant les instances du PS ? Réponse : son état de santé. « Vous allez à la mort », lui auraient dit ses médecins, pour la dissuader de se manifester. Lizin appelle ça le « facteur stress ».

Mais alors : quid de sa prestation sur le plateau de France 24 le 23 janvier, où elle était interviewée, apparemment en bonne forme, à propos de Guantánamo, qui avait provoqué l’ire d’Elio Di Rupo et précipité sa convocation sans délai devant le comité d’audit ? Une « provocation » ? Pas du tout. Anne-Marie Lizin distingue le « stress négatif » d’un autre, bon, celui-là, pour sa santé, qui justifiait à ses yeux son intervention de France 24 et son refus, en revanche, de répondre au comité d’audit…

« Je ne pourrai plus assumer mes fonctions de bourgmestre », explique la Hutoise… « Mais je serai candidate aux communales en 2012, si Dieu me prête vie », ajoute-t-elle, avant de viser « l’usurpatrice » (Micheline Toussaint, PS, son opposante à Huy, NDLR), qui pourrait briguer le mayorat.

Ces années, Anne-Marie Lizin les consacrera, assure-t-elle, à récuser les accusations, relayées notamment par le ministre wallon des Affaires intérieures (PS), Philippe Courard (sa bête noire), à l’origine de l’enquête disciplinaire contre l’élue. Car Lizin prétend toujours pouvoir justifier ses faits et gestes jusqu’aux plus incongrus. Ses innombrables voyages à l’étranger ? Toujours un lien avec les missions générales de l’hôpital de Huy. Son séjour à Palm Beach ? Rapport à la maltraitance des enfants et le CHRH. Les chocolats à Zaventem ? Destinés à un ex-fonctionnaire qui avait œuvré pour les « villes-santé ». Ses frais de coiffeur ? Nécessaires après un long voyage et avant une réunion à l’hôpital. Etc. « Je reviendrai à Huy, j’espère rapidement, je tiendrai tous les éléments à la disposition des citoyens. »

Diminuée mais accorte, Anne-Marie Lizin avait orchestré son retour médiatique : elle avait visiblement réservé le scoop de sa démission comme bourgmestre à Bell RTL, à 18 heures, alors que trois heures auparavant, à 15 heures, elle avait accordé une interview de presse écrite à la Libre Belgique où elle ne mentionnait pas son départ, tout comme elle avait éludé la question dans une interview au Télé Moustique, réalisée vendredi dernier… Selon Vincent Peiffer, du Moustique, elle était alors dans un état « de fébrilité, entre excitation et rancœur, chaque fois qu’on abordait Huy, au point que les examens cardiaques effectués plus tard auraient, selon son mari, été catastrophiques ».

La Hutoise invoquera en effet un pic de stress négatif, et l’intervention de ses médecins, qui lui auraient conseillé entre-temps de tout laisser tomber, jusqu’au mayorat. D’où son 18 heures. Le fameux « scoop ». En attendant, elle aura joui d’une « surface médiatique » maximale. Son but, s’il en restait un.

COPPI,DAVID
LE PORTFOLIO : Anne-Marie Lizin
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