Mouscron tourne la page Detremmerie

L’ex-bourgmestre privé de ses mandats

Le conseil communal a voté à l’unanimité une décision qui pousse l’ex-homme fort des Hurlus vers la sortie politique.

Sans aucune ambiguïté, le conseil communal de Mouscron a retiré à Jean-Pierre Detremmerie (CDH), vendredi soir, ses ultimes mandats. L’assemblée a voté comme un seul homme, ou presque : seul l’intéressé s’est exprimé contre cette décision qui sonne le glas de trois décennies de domination sur la Ville de Mouscron. L’ex-député-bourgmestre est ainsi déchu des présidences de l’ASBL Gestion Centre-Ville et, surtout, de l’intercommunale de développement économique IEG.

Cette éviction intervient en raison de l’implication de Detremmerie dans le dossier de la vente de l’ex-Sarma. En avril 2006, la Ville, alors dirigée par « Detrem », avait vendu ce bâtiment à Philippe Dufermont, devenu entre-temps président du club de foot local, l’Excelsior Mouscron.

Mais du produit de la vente, 670.000 euros, point de trace dans les caisses communales. En effet, une partie de la somme (660.000 euros) avait échoué fort opportunément sur le compte de l’Excelsior. L’affaire avait été révélée voici quelques mois. Et depuis, Detremmerie, Philippe Dufermont et Alfred Gadenne (actuel bourgmestre CDH de Mouscron) avançaient des explications pour le moins nébuleuses sur leur rôle (et responsabilité) dans l’imbroglio Sarma. Une instruction a d’ailleurs été ouverte au parquet de Tournai. Entendu plusieurs fois, l’ex-premier citoyen hurlu ne fait, à ce jour, l’objet d’aucune inculpation.

« Insularité » mouscronnoise

Pourquoi, dès lors, choisir de le priver de tous ses mandats ? L’explication est d’ordre politique et non judiciaire. Bourgmestre jusqu’en 2006, Jean-Pierre Detremmerie a conservé un véritable pouvoir sur Mouscron, via ses deux dernières présidences qui lui permettent de garder la main sur la vie économique mouscronnoise. L’IEG, surtout, est un acteur incontournable du développement économique de Mouscron et Comines. Au fil des années Detremmerie, ces deux cités ont en effet su développer leur « insularité » au sein du territoire du Hainaut occidental et de la Wallonie, nouant des liens économiques avec les deux voisins prospères que sont le « Texas » flamand (Flandre-Occidentale) et la métropole lilloise.

En privant Jean-Pierre Detremmerie de ces deux postes, le conseil communal mouscronnois le prive des leviers de décision et du réseau de pouvoir qui les accompagnent. Bref, de sa capacité d’influence. Un sort qui n’est pas sans rappeler celui de Jean-Claude Van Cauwenberghe. Quand le PS a voulu en finir avec l’ère Van Cau à Charleroi, il a, après moult tentatives visant à court-circuiter son encombrant camarade, choisi de neutraliser le dernier organe que le Carolo dirigeait encore (et qui lui permettait de garder la main sur la Ville) : il a mis l’USC sous tutelle.

Aujourd’hui, l’histoire se répète avec Jean-Pierre Detremmerie. Sans être inculpé de quoi que ce soit, l’ancien « homme fort » mouscronnois se voit adresser un message sans ambiguïté de la part de ses pairs : il faut tourner la page. Hargneux, déterminé, « Detrem » n’a sans doute pas dit son dernier mot. Mais sa capacité à influer sur la vie politique de sa cité, elle, va aller en s’amenuisant. Le roi est nu ; il redevient un homme. Et ceux qui le servaient lui tournent désormais le dos.

La chute du maître de la Ville

Parcours

C’est donc de son propre camp que le coup de grâce est venu. Outre son poste de président de l’IEG, Jean-Pierre Detremmerie se retrouve isolé politiquement même s’il reste conseiller communal CDH. Une situation qui l’affecte mais qui ne lui fait pas peur, lui, l’orphelin : né le 10 octobre 1940 à Mouscron, « Detrem » a bâti sa carrière sur sa volonté de rendre à la collectivité ce qu’elle lui avait donné durant son enfance. Très croyant, c’est naturellement qu’il s’est tourné vers la famille chrétienne pour entamer son parcours politique il y a près de 40 ans.

Charismatique, grand orateur, bourreau de travail, l’homme se démène sans relâche pour « sa » ville qu’il ne cesse de placer au centre de ses priorités. En s’installant dans le fauteuil mayoral il y a 30 ans, il a réellement assis son pouvoir sur Mouscron, en en devenant le véritable maître. Son carnet d’adresses et sa capacité de négociation y font longtemps des merveilles.

Parallèlement, Jean-Pierre Detremmerie s’épanouit au fédéral – député durant 23 ans, jusqu’en 2003. Aux régionales de 2004, il accepte sans conviction un poste de député wallon, mais le cède un an plus tard à celui qui est présenté comme son poulain, Damien Yserbyt.

2005 est une année noire pour Detrem. Il quitte son poste de député et celui, tant aimé, de président du club de football l’Excelsior de Mouscron où il siégeait depuis près de 30 ans. Victime d’ennuis de santé, il cède le relais à son avocat, Edward Van Daele, qui capitule 18 mois plus tard, n’appréciant pas les manœuvres en coulisses de l’ex-président. Mais en septembre 2006, Detremmerie renonce définitivement à son club de foot en cédant tous ses mandats au sein de l’ASBL.

En octobre, il participe à la bataille communale mais, comprenant que le très populaire Alfred Gadenne lui chiperait la place de bourgmestre, il pousse la liste et devient simple conseiller communal.

En coulisse, Detrem se négocie une belle reconversion : le 4 décembre 2006, il prend les commandes de l’intercommunale d’études et de gestion (l’IEG), véritable bras armé des finances communales. Malgré les perquisitions menées en mars 2007 par le parquet de Tournai – à la Ville, à l’Excel et à l’IEG –, il reste en place. Jusqu’à vendredi soir.

DURIEUX, SANDRA,LORENT,PASCAL
Cette entrée a été publiée dans Belgique. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.