Le triomphe de «Slumdog», le film qui tombe à pic

Huit Oscars pour onze nominations dont celui de meilleur film. Slumdog Millionaire, plébiscité dans la nuit de dimanche à lundi aux Etats-Unis, est une pépite, joyeuse, rythmée, tonique, vivifiante. Mais ce n’était peut-être pas le meilleur film en compétition.

Si le film de Danny Boyle a triomphé de la sorte, c’est avant tout parce qu’il s’agit d’une œuvre tombant à pic, rejoignant le nouvel air du temps qui souffle sur l’Amérique d’Obama. Il rejoint l’envie d’un peuple de danser, de rêver et de s’ouvrir au monde, saluant une civilisation d’un milliard d’âmes en plein essor, donnant à Hollywood des couleurs de Bollywood.

En Inde même, ce triomphe a été accueilli par des scènes de joie dans le bidonville de la banlieue de Bombay d’où sont originaires les deux acteurs du film. Le glamour du cinéma est devenu mondial. Voilà pourquoi Slumdog Millionaire ne pouvait pas ne pas gagner.

Pourquoi Slumdog devait gagner
Cinéma Le sacre du film de Danny Boyle aux Oscars

Pourquoi ? Non pas parce qu’il était le meilleur. Mais parce qu’il est arrivé au bon moment.

En couvrant de récompenses Slumdog Millionaire (huit Oscars pour onze nominations), l’Académie des Oscars n’a cette année pas plébiscitée un film majeur. Elle en avait pourtant la possibilité, avec L’étrange histoire de Benjamin Button, de David Fincher.

En soi, la chose n’est pas neuve, et si l’on fait exception des sacres récents de No country for old men (frères Coen) ou de Million dollar baby (Clint Eastwood), on peut même affirmer que c’est, à Hollywood, un classique.

Kubrick, Lubitsch, Welles, Hitchcock ou Lynch, pour ne citer qu’eux, en ont fait par le passé les frais. Les Oscars les ont tous boudés. En consacrant souvent de sympathiques divertissements : Rocky (1976), Tendres passions (1983), Shakespeare in love (1998), Chicago (2002)…

« Indiamania »

Cette année, on est dans ce scénario. Slumdog millionaire, film efficace, tonique, généreux, bien monté, emmené par une bande originale euphorisante, est un joli flirt de vacances. Il tombe à un moment idéal, où l’Amérique sous Obama se découvre des envies de chanter, de danser, de s’ouvrir sur le monde et de voir la vie en couleurs. Or, dans Slumdog millionaire, on chante, on danse, on affronte les pires périls le cœur au ventre, et on succombe au ravissement de voir une fiction si joliment emballée dans l’ère du black. Après la vague afro-américaine, voici l’indienne ; et avec l’Inde, acteur principal du film de Danny Boyle, voilà l’heure venue de saluer dans le même temps une civilisation milliardaire (un milliard d’habitants), fière de son identité, en plein essor, et l’un des plus grands temples du cinéma contemporain. Une façon, pour Hollywood, de draguer l’immense public de Bollywood.

Cela dit, il y a lieu de se réjouir de voir consacré un film modeste, au tout petit budget (dix fois moins que Benjamin Button et sa caravane de stars), défendu par des inconnus et rafraîchi par le charisme solaire de gamins.

Chaque année, ou presque, un petit film indépendant s’invite dans la cour des grands. Little Miss Sunshine en 2007, Juno en 2008, Slumdog Millionaire cette année. Derrière ces nominations surprises, ne soyons pas hypocrites, il y a un peu de « l’effet quota » propre à garantir la conscience et le – prétendu – esprit de tolérance de Hollywood. Chaque année, l’outsider joue sa carte à fond, et bénéficie en général d’un capital de sympathie immédiat.

Il n’est pas étonnant de voir plébiscité un film signé par un enfant du rock (Boyle est l’auteur de Trainspotting). Qui plus est, Slumdog Millionaire saupoudre habilement deux obsessions de l’époque : la célébrité télévisuelle (Jamal Malik passe à Qui veut gagner des millions ?, comme il aurait pu passer à la Star Academy), et le cross-over (lisez : la « mixité ») des cultures. Conclusion, et pour détourner la morale du film, à la question à choix multiple « Pourquoi Slumdog Millionaire a-t-il raflé les Oscars ? », la bonne réponse n’était pas la « d » (c’était son destin), mais la « c » : il a eu de la chance !

un deuxième oscar pour Sean Penn –

Le palmarès

Sean Penn entre dans la légende
Cinéma Il remporte un deuxième Oscar, pour « Milk »

On pourrait s’en tenir aux chiffres et aux statistiques. Avec son deuxième Oscar comme meilleur acteur pour Milk (Gus Van Sant), et cinq ans après celui conquis dans Mystic river (Clint Eastwood), Sean Penn rejoint le cercle, très fermé, des acteurs deux fois oscarisés dans un premier rôle. Un club où il est le neuvième à entrer, après Spencer Tracy (1938, 1939), Fredric March (1933, 1947), Gary Cooper (1942, 1953), Marlon Brando (1955, 1973), Dustin Hoffman (1980, 1989), Tom Hanks (1994, 1995), Jack Nicholson (1976, 1998) et Daniel Day-Lewis (1990, 2008).

On pourrait en rester là, mais on n’aurait rien dit de l’essentiel.

L’essentiel ? C’est que Sean Penn, aujourd’hui le plus grand acteur de sa génération aux côtés de Daniel Day-Lewis, Philip Seymour Hoffman, Christian Bale ou Joaquin Phoenix, ne ressemble à personne. C’est un grand acteur, certes, capable de se métamorphoser de rôle en rôle, tel un véritable caméléon, tantôt condamné à mort (Dead man walking), tantôt guitariste de jazz (Accords et désaccords), tantôt handicapé mental (I am Sam). Mais c’est à la fois un Magnifique, un vrai, un rare, qui sait qu’on ne fait pas ce métier dans la durée sans prendre le risque de déplaire. Sans préférer, aux diktats et modes des époques, une fidélité radicale à sa propre conscience et à l’intégrité de son âme.

C’est cette fidélité qui, il y a six ans à peine, en avait fait le traître des années Bush. Penn avait à l’époque payé pour avoir été le premier à accuser le gouvernement de son pays de se payer une sale guerre. On l’a presque oublié : à l’époque, il était isolé.

Les années ont passé, et depuis, le Judas d’hier a été déclaré, rétrospectivement parlant, pionnier… Sans doute est-ce pour cela, pour cette personnalité sans compromis tout autant que pour son talent incendiaire, que Sean Penn a décroché dimanche soir au Kodak Theatre de Hollywood un deuxième Oscar. Mille fois mérité.

Palmarès

Film. Slumdog Millionaire.

Acteur. Sean Penn dans Harvey Milk.

Actrice. Kate Winslet pour The Reader.

Second rôle masculin. Heath Ledger pour The Dark Knight.

Second rôle féminin. Penelope Cruz pour Vicky Cristina Barcelona.

Réalisateur. Danny Boyle pour Slumdog Millionaire.

Film étranger. Departures, Japon.

Long métrage d’animation. Wall-E.

Direction artistique. L’étrange histoire de Benjamin Button.

Scénario original. Dustin L. Black pour Harvey Milk. Scénario adapté. Simon Beaufoy pour Slumdog Millionaire.

Photographie. Slumdog Millionaire.

Costumes. The Duchess.

Montage. Slumdog Millionaire.

Maquillage. L’étrange histoire de Benjamin Button.

Musique. AR Rahman, pour Slumdog Millionaire.

Chanson. « Jai ho », de Rahman et Gulzar, Slumdog Millionaire.

Montage son. The Dark Knight.

Mixage son. Slumdog Millionaire.

Effets spéciaux. L’étrange histoire de Benjamin Button.

Documentaire. Man on Wire.

Court-métrage. La maison en petits cubes.

Court-métrage documentaire. Smile Pinki.

Court-métrage d’animation. Spielzeugland.

CROUSSE,NICOLAS
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