Le tour de force de Barack Obama

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Etats-Unis Le président a su trouver les mots pour convaincre le Congrès. Les Américains y voient des raisons d’être optimistes

Les républicains avaient déjà préparé la contre-attaque. Choisi pour donner la réplique à Barack Obama, le gouverneur de Louisiane Bobby Jindal (lire ci-dessous) avait intitulé son intervention « Les Américains peuvent tout faire ». Manière de montrer que le message d’espoir était désormais passé du côté des conservateurs, face à un président qui ne cesse de mettre en avant « la catastrophe » héritée des années Bush et de souligner « les sacrifices » nécessaires pour surmonter la crise économique.

Mais, une nouvelle fois, Barack Obama a pris ses adversaires de court. Mardi soir, pour sa première adresse aux deux chambres réunies du Congrès, le président démocrate a démontré sa maestria. Alliant la légèreté à la gravité, le didactisme à l’enthousiasme, le concret à l’ardeur, il a conquis l’auditoire et le cœur d’une vaste majorité d’Américains. Sur les 219 élus républicains présents, seuls 3 renégats avaient voté il y a deux semaines en faveur du plan de relance économique de 787 milliards de dollars soutenu par la Maison-Blanche. Ils venaient au Capitole prêts à en découdre. Mais, bon gré mal gré, ils se sont levés plus de trente fois pour applaudir leur président.

Certes, Barack Obama a insisté sur l’ampleur de la crise. Mais il a surtout pris garde de s’en détacher, comme pour ne pas être identifié à elle à force de jouer les oiseaux de mauvais augure. « Nous allons reconstruire, nous allons nous relever et les Etats-Unis en sortiront plus forts qu’avant », lançait-il. Face à un pays qui a laissé partir à la dérive son secteur public, Obama a insisté avant tout sur trois domaines – l’énergie, l’assurance santé et l’éducation – en formulant pour chacun d’eux des objectifs ambitieux : doubler, en trois ans, la production d’énergie renouvelable, entreprendre une réforme profonde du système de santé, « qui ne peut pas attendre un an de plus », et faire des Etats-Unis le pays développé qui comptera le plus haut taux de lycéens d’ici à 2020. Trois ovations du Congrès.

Par-dessus les épaules des élus, c’est aux Américains que s’adressait le président. Sachant que les plans de sauvetage des banques sont extrêmement impopulaires, il leur a affirmé qu’il avait compris le message et que le temps était révolu de banquiers qui pouvaient s’offrir des jets privés grâce à l’argent de la collectivité. « Il ne s’agit pas d’aider les banques mais d’aider les gens. » Sachant aussi que le déficit public est l’une des grandes préoccupations de l’Amérique, il a promis de le réduire de moitié avant la fin de son mandat. Une réelle gageure.

Obama a joué des ressorts profonds des Etats-Unis pour transformer les fatalités en défis à surmonter. Résultat : selon un sondage de CNN, 85 % des Américains affirment que ce discours leur donne des raisons d’être plus optimistes. Seuls 11 % ont vu croître leur pessimisme. Après cette prestation, la réponse préfabriquée du républicain Bobby Jindal ne pouvait faire qu’un gros « plouf ». C’est ce qu’elle a fait.

Ce discours à usage interne n’a que très peu abordé les relations internationales, sinon par une déclaration aux résonances morales (« les Etats-Unis sont un pays qui ne torture pas ») et par une allusion rapide à la fin de la guerre d’Irak. Vendredi, Barack Obama devrait dévoiler le calendrier de retrait d’Irak des troupes américaines de combat qui, selon les indiscrétions parues dans la presse, pourrait être achevé en août de l’année prochaine.

Sur la colline du Capitole, mercredi, les élus démocrates paradaient après « le tour de force » de leur chef. Rarement la confiance aura été aussi grande dans leurs rangs.

P.16 l’édito

Bobby Jindal, nouvelle étoile républicaine

Il y a eu Sarah Palin, candidate à la vice-présidence de 44 ans, censée représenter les aspirations de l’Amérique réelle. Il y a eu Michael Steel, 51 ans, devenu le premier président Noir du parti républicain. Il y a désormais Bobby Jindal, gouverneur de Louisiane âgé de 37 ans. C’est cette nouvelle étoile montante, d’origine indienne, que les Républicains ont désignée pour formuler une réponse au discours du président, comme le veut la tradition. Certains sympathisants déclarés du parti l’avouaient peu après : ils s’en mordent les doigts.

La mère de Jindal était enceinte de lui au moment où elle est arrivée aux Etats-Unis. Le gouverneur a consacré un bon tiers de son allocution à souligner les ressemblances de son propre parcours avec celui du premier président noir des Etats-Unis. « Comme disait mon père, les Américains peuvent tout faire. »

Si similarités il y a, elles ne sont pourtant pas idéologiques. C’est un discours fondé presque exclusivement sur le moins d’Etat qu’a entonné Jindal. La politique des démocrates consiste à « demander un prêt à nos enfants pour dépenser de l’argent que nous n’avons pas, pour des choses dont nous n’avons pas besoin ». A ses yeux, il s’agit d’une « politique irresponsable ». La seule solution, martelait-il, est une baisse d’impôts basée sur la recette éprouvée naguère par Ronald Reagan. « Cela coûte moins cher et permet de créer plus d’emplois. »

Ces derniers jours, le gouverneur a fait parler de lui en menaçant de ne pas accepter l’aide fédérale du plan de relance. Mardi, Bobby Jindal allait plus loin en érigeant la Louisiane, encore largement à terre quatre ans après le passage du cyclone Katrina, comme modèle à suivre pour l’Amérique. S’il a reconnu des ratés au moment de secourir les victimes, il a mis cela sur le compte des « bureaucrates » qui ont empêché l’arrivée de volontaires.

A l’instar de Sarah Palin, Michael Jindal défend des positions très conservatrices en matière sociale. Pour David Brooks, chroniqueur conservateur du New York Times, sa prestation de mardi était « un désastre pour le parti républicain ». Alors que le pays traverse l’une des plus graves crises de son époque, disait-il en substance, demander à l’Etat de disparaître, c’est être en complet décalage avec les attentes des Américains.

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