Marcel Habran est un chef de bande, pas un meurtrier

Après six mois de débats et cinq jours de délibération, le jury de la cour d’assises de Liège a rendu un verdict contrasté, précis et relativement mesuré dans le procès fait à Marcel Habran et consorts pour des faits de grand banditisme.

Habran lui-même, figure centrale du procès, a échappé au pire : il n’a pas été jugé coupable de la mort de deux convoyeurs de fonds, en 1998 à Waremme. Mais il doit être considéré comme le chef d’une organisation criminelle. Il risque une lourde peine.

P.4 le papy-braqueur

échappe au pire

P.4 le procès de

la démesure

P.16 l’édito : « le verdict habran est déjà dépassé »

Le papy-braqueur échappe au pire
Justice Les jurés liégeois rendent un verdict contrasté après 6 mois de débats

« Marcel Habran n’a pas de sang
sur les mains. » Le vieux gangster était bien à Waremme et risque une lourde condamnation.

Au terme de six mois de débats entamés le 3 septembre 2008, les jurés de la cour d’assises de Liège ont rendu, après cinq jours de délibérations passés dans un hôtel liégeois, un verdict contrasté à l’encontre des onze accusés de ce procès, l’un des plus longs de l’histoire judiciaire belge.

Marcel Habran, le patriarche du banditisme belge (75 ans, 23 en prison, déjà 12 condamnations), qui a donné son nom à ce marathon judiciaire, échappe à la pire des incriminations : le meurtre des deux convoyeurs de fonds du fourgon braqué à Waremme le 12 janvier 1998.

Les jurés ont estimé que, contrairement à ses dénégations, il était bien présent sur les lieux de l’attaque et qu’il aurait été le conducteur d’une voiture d’appui pourvue d’un gyrophare bleu.

La prévention retenue porte sur une « tentative de vol avec violences », aucun butin n’ayant pu être emporté.

Il a également été reconnu comme « chef d’une organisation criminelle », soit d’avoir dirigé la bande lors de son attaque meurtrière, même s’il n’encourt aucune responsabilité dans la mort des deux convoyeurs.

Marcel Habran avait expliqué que le jour de l’attaque, il avait effectué à Florenville un plein d’essence, un change d’argent dans une banque et qu’il avait acheté le jour même un billet de loterie, précieusement conservé.

Ces « traces » destinées à prouver si besoin sa présence à Florenville alors que l’attaque se déroulait à Waremme n’ont pas convaincu les jurés.

L’un de ses avocats, Me Marc Uyttendaele, nous a déclaré qu’il demeurait « persuadé de l’absence de Marcel Habran à Waremme ». Selon l’avocat, le vieux truand a « été victime de son passé et de sa réputation ». « Il n’a en tout cas pas de sang sur les mains », a souligné Me Uyttendaele qui n’a pas encore adopté attitude quant à l’absence de motivation du verdict, ainsi que l’exige dorénavant la Cour européenne des droits de l’homme.

Autre satisfaction de la défense de Marcel Habran : il a été acquitté de sa participation alléguée à l’attaque de l’aéroport de Findel (Luxembourg) où un commando était parvenu à s’emparer le 9 octobre 2000 de 73 millions de FB.

Les jurés de la cour d’assises de Liège ont aussi écarté la responsabilité de certains accusés dans quatre assassinats commis au sein du milieu liégeois.

Joël Schraenen et Erik Weyns sont ainsi acquittés de l’exécution de Philippe Maréchal. Thierry Dalem, Joël Schraenen et Stefan Lewus ont été déclarés innocents de l’assassinat de Robert Bovenisty. Joël Schraenen, Anouar Bennane et Eric Weyns ont été disculpés de l’assassinat de Serge Pierrin ; Thierry Dalem et Vincent Buret de l’assassinat de Pol Maréchal.

D’autres assassinats ont trouvé des coupables. Pépé Rosato a ainsi été reconnu coupable des assassinats de Francesco Vella, d’Onofrio Cacciatore, de Georges Hardy et de Mario Tomasi. Anouar Bennane a été reconnu coupable des assassinats de Georges Hardy, Onofrio Cacciatore et Mario Tomasi. Tony Samardzic a été reconnu coupable de l’assassinat d’Onofrio Cacciatore.

Thierry Dalem a été reconnu coupable comme l’auteur de deux meurtres dans l’attaque de Waremme et comme l’auteur d’une attaque de fourgon à Dison (assortie d’une tentative de meurtre) et de Findel.

Claude Kremer est coupable de l’attaque de Waremme (sans la circonstance la plus aggravante de meurtres), de l’attaque de Dison et de l’attaque de Findel. Deux des 11 accusés ont été acquittés : Eric Weyns qui répondait de deux assassinats, et Stefan Lewus qui répondait d’un assassinat et d’une violente prise d’otage à l’armurerie du Nord. Eric Weyns a pu quitter la cour d’assises libre. Stefan Lewus purge actuellement une autre peine.

Le ministère public devrait prononcer son réquisitoire dès ce matin. Plusieurs des accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les avocats de la défense répliqueront avant que le jury, avec les magistrats de la Cour, se retire pour délibérer sur la peine à infliger aux coupables.

Selon Stéphane Goux, le magistrat de presse, la décision devrait intervenir lundi soir ou mardi. Marcel Habran, récidiviste, risque jusqu’à 20 ans de réclusion.

Déjà condamné aux assises, il pourrait aussi faire l’objet d’une « mise à disposition du gouvernement » le privant définitivement de liberté.

La démesure dans toute sa splendeur

ANALYSE

Une étape des « assises Habran » se termine. Une phase du procès de la démesure, qui pose à nouveau des questions sur la viabilité de la cour d’assises dans sa forme actuelle. Six mois de procès d’assises, dans une salle complètement réaménagée. Il fallait faire de la place à toutes les parties, aux avocats, aux magistrats professionnels, aux jurés populaires. Les intervenants habituels d’une cour d’assises.

Mais là, chaque effectif a été doublé, en vue de pallier d’éventuelles défaillances : 24 jurés au lieu de 12 ; des doublures pour les juges professionnels ; trois magistrats au ministère public et une bonne quarantaine d’avocats – chaque accusé en ayant deux ou trois, un seul ne pouvant assumer la totalité des débats et de l’étude du dossier.

Démesure aussi par les moyens consacrés à la sécurité. Pendant tout le procès, les accusés ont bénéficié d’une protection rapprochée – organisée, dit-on, par une quarantaine de policiers spécialisés. Vu l’importance des faits, liés au grand banditisme, il a également fallu assurer la sécurité des témoins protégés. Ce qui a nécessité la descente à la cour d’assises de policiers en tenue de camouflage, armés et toujours ornés d’étranges lunettes. Tout cela, outre les mesures (renforcées) de sécurisation du palais de justice de Liège et de la salle de la cour. Avec, à certains moments, des apparitions de la brigade canine.

Sans oublier le ballet des voitures blindées qui ont permis de convoyer, en toute sécurité, les accusés tout au long du procès. Ces six Audi semblent avoir été louées pour l’occasion. A un prix qui ne s’aligne pas sur l’engin familial que vous pourriez louer pour les vacances. Et pour cause, l’usage en est bien différent : il fallait éviter les éventuelles attaques du convoi et les risques d’évasion… Les jurés, de leur côté, sont bien évidemment rémunérés forfaitairement pour leur prestation. Ici, au lieu d’en sélectionner douze qui constituent le jury de base, la cour en a retenu vingt-quatre, afin de pouvoir disposer de doublures qui auraient suivi toutes les phases du procès.

Un étage à l’hôtel

Pour la délibération des jurés, qui vient de se terminer, un étage entier de l’hôtel Ramada Plaza a été réservé. Personne ne pouvait les déranger pendant cette phase d’examen et d’appréciation des accusations. Quand ils ont eu un souci pour retrouver des documents dans le volumineux dossier, les jurés ont dû, comme la procédure les y oblige, faire déplacer tout le monde : magistrats, avocats, accusés…

Enfin, pour assumer leur tâche essentielle, les avocats, pour la plupart « pro Deo », sont rémunérés par l’Etat au prorata de leur présence à l’audience.

Même s’il est bien normal de consacrer tous les moyens nécessaires à un procès de taille, la démesure du procès Habran pose question. Une justice moderne ne peut faire fi des coûts de fonctionnement ; cette donnée doit être intégrée, parmi d’autres.

Et les jurés : qui peut se libérer pour siéger six mois ? Le jury populaire représente-t-il toujours toutes les couches de la société ?

Enfin, des non-professionnels sont-ils à même de mettre une étiquette juridique précise sur chaque fait ?

Ce procès montre, en tout cas, qu’une large réflexion s’impose.

METDEPENNINGEN,MARC,BORLOO,JEAN-PIERRE
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