Séraphine et Yolande sur un nuage


Yolande Moreau, meilleure actrice
Cinéma La 34e cérémonie des Césars a même accueilli un invité surprise…

Les Césars ont oscillé entre humour piquant et émotion. Dont celle de Déborah François et de Madame « Séraphine ».


La cérémonie des Césars, dans la foulée de la petite polémique allumée par Dany Boon, a débuté, après une présentation émue assurée par sa Présidente Charlotte Gainsbourg et un hommage au créateur Georges Cravenne, a débuté donc sur un air de comédie… musicale. Antoine De Caunes parodiant Singing in the rain.

La première lauréate de la soirée, annoncée par les agences de presse une minute avant le direct : Elsa Zylberstein, meilleur second rôle féminin pour Il y a longtemps que je t’aime. Elle est en larmes. « Ca commence très fort », commente De Caunes.

Meilleur espoir masculin : le Québécois Marc-André Grondin dans Le premier jour du reste de ta vie. Le film de Rémy Bezançon, qui rafle au passage le trophée du meilleur montage, faisait partie des « poids lourds » de la soirée, totalisant 9 nominations, ex-aequo avec Séraphine et Un conte de Noël, juste derrière les deux Mesrine.

A quelques instants des trois coups, Vincent « Mesrine » Cassel commentait : « La première consécration est là, quoi qu’il arrive, les gens sont allés voir le film. » Et Julie Depardieu, avant de remettre le César du meilleur second rôle masculin à Jean-Paul Roussillon, d’y aller sur le même ton : « Un rôle, c’est un rôle et ce qui compte, c’est comment on fait craquer les coutures. »

Une fausse pub pour la culture du César bio et un hommage à Claude Berri plus tard, l’Académie sacre Valse avec Bashir meilleur film étranger. Un plan rapide sur Bouli Lanners. Dommage.

Histoire d’embrayer sur la polémique évoquée ci-dessus et de raviver l’éternelle opposition entre les défenseurs d’un cinéma populaire et les amateurs de films d’auteurs, Antoine De Caunes envoie un petit reportage tourné dans… le Nord.

Et comme aux Oscars, outre le traditionnel passage sur le tapis rouge, il y a les surprises : Dany Boon en personne, habillé à la sauvette, déboule sur scène en s’excusant. Bon perdant, l’humoriste entame aussitôt un sketche improvisé. Assure qu’il ne boude pas. Et pour conclure, accuse son conseiller en communication de lui avoir monté le bourrichon : « Jacques Ségéla m’a dit qu’à 42 ans, si je n’avais pas de César, c’est que j’avais raté ma vie. »

Les sketches sont drôles, entre un Elie Semoun/Tootsie et une hilarante Sandrine Boulet. Mesrine remporte le César du meilleur son. Au jeu des récompenses « techniques », Séraphine prend un peu d’avance : meilleurs costumes et meilleur scénario original. Des applaudissements nourris viennent saluer un autre hommage encore, celui rendu à Dustin Hoffman par une Emma Thompson en français mais à l’humour typiquement british.

Il est 22h50. Deux autres Césars tombent dans l’escarcelle de Séraphine : meilleur photo et meilleure musique, dont le compositeur américain, Michael Gallasso, fait un passage éclair sur scène. Le Monsieur Loyal de la soirée avait prévenu : « Les Césars, c’est parfois long ». Pas grave. La joie illumine Yolande Moreau : et de 5 pour Séraphine, César des meilleurs décors ! On ne vous dit pas celle de Déborah François, meilleur espoir féminin ! La suite du César du meilleur réalisateur attribué à Jean-François Richet est presque logique : Vincent Cassel reçoit celui du meilleur acteur : « Ben, ça fait plaisir… » Les mots ont un peu de mal à sortir, et il conclut sur quelques images de son père. Images suivantes, les plus belles de la soirée en toute subjectivité : celles de Yolande Moreau, meilleure actrice le jour de son anniversaire ! « J’ai de quoi alimenter mon ego pour la fin de l’hiver », commence-t-elle. Tout simplement génial : Séraphine est aussi le meilleur film !

Quand la France se rattache à la Belgique, c’est que du cinéma

Puisqu’ils sont décernés dans la patrie du chauvinisme pas que sportif, allons-y nous aussi d’un petit cocorico : les Césars 2009 décernés ce vendredi soir au Théâtre du Châtelet sont un peu belges, une fois !

Il suffit de parcourir la liste des nominations pour s’en apercevoir… Déborah François, peut-être meilleur jeune espoir féminin grâce au Premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. Et pourquoi Laurent Capelluto, « l’acteur qui a tourné avec Catherine Deneuve » dixit Laurence Bibot, ne décrocherait-il pas un trophée identique côté masculin, pour sa prestation dans le Conte de Noël d’Arnaud Desplechin ? Séraphine, c’est non seulement Yolande Moreau, mais aussi Philippe Van den Driessche, retenu dans la catégorie meilleur son. Olivier Gourmet joue dans Home, mais c’est le film lui-même qui prend part à la course finale. La réalisatrice, Ursula Meier, est suisse et a étudié à… l’IAD.

En outre, les nominations pour le César du meilleur film étranger passant cette année de cinq films à sept, dont deux sont réservées à ceux en langue française, c’est tout bénéfice, éventuellement, pour l’Eldorado de Bouli Lanners et le Silence de Lorna de Luc et Jean-Pierre Dardenne. Trois Liégeois qui ont déjà en commun d’avoir impressionné à Cannes, entre parenthèses.

Pourquoi cet attrait, si attrait en tant que tel il y a, exercé par le cinéma belge sur celui de l’Hexagone ? C’est qu’il existe d’abord quelques dispositions fiscales facilitant plus ou moins les coproductions. Il n’y a chez nous que peu de festivals où le système du tax shelter n’est pas (re)présenté… Et ces aides ne touchent pas que le secteur de la fiction, elles visent aussi l’animation, par exemple. Les aides ? Wallimage a par exemple soutenu Home et Les enfants de Timpelbach, pas un grand film mais néanmoins césarisable pour ses décors particulièrement impressionnants et soignés. La vitrine est d’ailleurs soigneusement entretenue, la preuve par des opérations de charme du type de ce Cinéma Made in Wallonia organisée ce week-end, un événement au cours duquel seront mis à l’honneur aussi bien les entreprises que les gens qui le font, ce ciné.

Et puis, quel Belge résisterait longtemps à l’appel d’une porte ouverte sur un marché plus large ? Parfois au point de s’en aller tourner là-bas bien plus qu’ici. On pense à Cécile De France. Ou à Benoît Poelvoorde…

Au-delà, quand la critique française apprécie un film issu du Nord, celui de Brel, pas celui des Ch’tis, elle l’écrit noir sur blanc. « Un road-movie belge métamorphose le plat pays en Far West et combine habilement burlesque, sens épique, pessimisme de fond et humour surréalisant. » C’est avec ce genre de compliments que les « Inrockuptibles » résumaient Eldorado… Et à propos du même, dans « Le Monde » : « Un road-movie d’un nouveau type : absurde, tragique, cocasse et sentimental, qui donne envie d’aimer son auteur. »

Mais au fait, qu’est-ce que les Français aiment chez les acteurs belges ? « Je ne sais pas très bien, nous répondait Bouli Lanners à la sortie de Louise Michel en décembre dernier. Et je ne me pose pas la question. Parce que nous aussi, on aime beaucoup plein de comédiens français. Et on en trouve dans tous les films belges. On a nos particularités, mais on baigne quand même dans une culture identique, puisque la langue est commune. Mais nous aussi, on est subjugué par des comédiens français. Ça fait longtemps qu’on se sent un peu le cul… On aime bien ça. Et on n’est jamais aussi attentif à un Belge qu’une fois qu’il a vraiment été encensé en France. » Le genre de propos qu’on entendait au sujet de la chanson, il y a une époque.

Le palmarès

Meilleur film. Séraphine, de Martin Provost

Meilleur réalisateur. Jean-François Richet (Mesrine)

Meilleur acteur. Vincent Cassel (Mesrine)

Meilleure actrice. Yolande Moreau (Séraphine)

Meilleur acteur dans un second rôle. Jean-Paul Roussillon (Un conte de Noël)

Meilleure actrice dans un second rôle. Elsa Zylberstein (Il y a longtemps que je t’aime)

Meilleur jeune espoir masculin. Marc-André Grondin (Le premier jour du reste de ta vie)

Meilleur jeune espoir féminin. Deborah François (Le premier jour du reste de ta vie)

Meilleur scénario original.

Marc Abdelnour, Martin

Provost (Séraphine).

Meilleure adaptation.Laurent Cantet, François Begaudeau, Robin Campillo (Entre les murs)

Meilleure première œuvre.

Il y a longtemps que je

t’aime (Philippe Claudel)

Meilleure musique. Michael Galasso (Séraphine)

Meilleure photographie.

Laurent Brunet (Séraphine).

Meilleurs décors. Thierry François (Séraphine)

Meilleurs costumes. Madeline Fontaine (Séraphine)

Meilleur son. Jean Minondo, Gérard Hardy, Alexandre Widmer, Loïc Prian, François Groult, Hervé Buirette (Mesrine)

Meilleur montage. Sophie Reine (Le premier jour du reste de ta vie)

Meilleur court-métrage. Les miettes de Pierre Pinaud.

Meilleur film étranger.

Valse avec Bachir (Ari Folman)

Meilleur film documentaire. Agnès Varda (Les plages d’Agnès)

STIERS,DIDIER,VANTROYEN,JEAN-CLAUDE

LE PORTFOLIO :  Les Césars 2009

Cette entrée a été publiée dans Culture, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.