Vingt bougies pour « Les Simpson »

Télévision Homer et sa famille ont été les premiers à s’adresser aux adultes

C’est un record pour une série animée. Et il y aura deux saisons de plus. Rencontre avec Matt Groening, le créateur.

ENTRETIEN

LOS ANGELES

De notre envoyée spéciale

En 1989, apparaissait sur les écrans américains une sorte d’ovni télévisuel : Les Simpson. Cette série d’animation mettait en scène une famille complètement barge : Homer, le père, Marge, la mère, et leurs trois enfants, Bart le faiseur de bêtises, Lisa la surdouée et Maggie, la petite dernière encore en couche-culotte mais fort prometteuse… Vingt ans plus tard, ils sont toujours là. Mieux encore : en cette année anniversaire, la Fox a commandé la semaine dernière deux saisons supplémentaires de la série. En novembre, avant cette bonne nouvelle, nous avions rencontré Matt Groening, un créateur heureux et toujours aussi enthousiaste.

Vous avez prévu un épisode spécial pour fêter ce vingtième anniversaire ?

Fondamentalement, toute l’année 2009, jusqu’en décembre – et on débordera même au début 2010 – sera une célébration des vingt ans. Nous sommes en train de préparer plusieurs épisodes spéciaux et nous aurons quelques guest stars de choix – par exemple, Jodie Foster prêtera sa voix à Maggie dans un épisode où l’on verra la petite devenue adulte. Une série d’événements, avec des apparitions publiques, sont aussi prévus. Et cinq timbres postaux à l’effigie des Simpson vont sortir en mai. Ça va peut-être pousser les gens à recourir de nouveau aux services de la Poste !

Imaginiez-vous il y a vingt ans que la série aurait une telle longévité ?

J’ai toujours pensé qu’elle aurait du succès, que les enfants l’aimeraient. Les adultes, c’était moins sûr, parce qu’il n’y avait pas de dessins animés pour adultes à l’époque. Alors, le fait que Les Simpson soient un phénomène mondial m’impressionne. C’est d’ailleurs amusant : dans tous les pays où la série est doublée dans une autre langue, les gens préfèrent « leur » version – les acteurs de doublage font un sacré bon boulot. Je me souviens que, quand on a commencé les traductions, l’équipe et moi, on a écouté des cassettes avec des voix en japonais, en allemand, en français et en espagnol. On ne comprenait absolument rien, mais on se disait : « Tiens, celle-ci conviendrait bien à Homer. »

Vous n’en avez jamais marre de vous consacrer toujours à la même famille ?

Tout à l’heure, je réalisais à quel point je suis heureux – c’en est presque ennuyeux d’être heureux à ce point ! Je suis toujours un grand fan. La série a beau fêter ses vingt ans, on y apporte toujours de nouvelles choses. Et être présent aux côtés des acteurs est incroyable – je ne peux pas rester dans le studio d’enregistrement, je ris beaucoup trop.

De quel personnage vous sentez-vous le plus proche ?

Homer. Il est le secret du succès des Simpson. Je veux dire : on aime tous les membres de cette famille. Mais Homer a quelque chose d’incroyable. C’est un bouffon. Avec sa paresse, son amour de la bière, des donuts et de la crème glacée, on peut se sentir proche de lui ou au contraire se sentir supérieur à lui. Moi, je passe d’un sentiment à l’autre.

Vous l’avez en plus baptisé du nom de votre père…

Oui, mais le Homer réel n’a rien à voir avec Homer Simpson. Mon père était un réalisateur et un cartooniste très créatif et il était assez équilibré pour ne pas se sentir insulté quand j’ai appelé ce stupide personnage animé comme lui !

« Les Simpson », jamais censurés. Matt Groening ne colle pas à l’actualité mais ne l’ignore pas

Pionnière du dessin animé pour adultes, la série a dû s’adapter aux techniques par ordinateur.

Matt Groening, heureux papa des Simpson, a baptisé le père de sa famille animée du prénom de son propre père. Une ressemblance qui s’arrête là…

Vous nous disiez que votre père était assez équilibré pour ne pas se sentir insulté.

La seule chose que le Homer réel n’a pas appréciée du Homer de dessin animé, c’est lorsque, dans un épisode où la voiture familiale tombe en panne dans le désert, il reste à l’ombre d’un rocher avec les enfants et envoie Marge en ville avec le pneu crevé. Là, mon père m’a dit : « Je ne me suis jamais plaint des Simpson, mais Homer n’aurait pas dû faire ça. »

Vous avez aussi appelé un de vos fils Homer !

Il y a quelque chose autour de ce prénom. Quand vous promenez votre bébé en poussette et que vous répondez à ceux qui vous le demandent que ce mignon petit être s’appelle Homer, leur première réaction est d’éclater de rire. Jusqu’à ce qu’ils réalisent que vous ne plaisantez pas et que leur visage prenne une expression d’horreur parce qu’ils ont ri du vrai prénom de votre enfant. Mon fils se fiche d’être appelé Homer, mais il n’utilise pas ce prénom tout le temps, parfois il préfère son deuxième prénom, Will.

Pour parler du contenu, vous avez inséré des clins d’œil relatifs à Barack Obama dans la saison en cours ?

Oui. Dans l’épisode 4 de la saison 20, intitulé Treehouse of Horror, qui a été diffusé le 2 novembre aux Etats-Unis (mais pas encore à l’étranger), Homer essaie de voter pour Obama. Mais la machine de vote électronique affiche « Une voix pour McCain ». Homer recommence à deux reprises et la machine dit « Trois voix pour McCain ». Homer dit : « Ça ne peut pas se produire en Amérique. Peut-être en Ohio, mais pas en Amérique. »

Comptez-vous inclure d’autres événements d’actualité dans les épisodes à venir ?

On essaie de tenir compte de l’actualité, mais pas en temps réel, parce qu’il faut six mois pour réaliser un épisode. Mais il y en a un, par exemple, où la maison des Simpson est saisie et doit être vendue – c’est Flanders, leur voisin, qui la rachète et devient leur propriétaire, vous pouvez imaginer que tout ne se passe pas bien… Je ne pense pas que coller à l’actualité soit le plus important. South Park, dont les épisodes sont réalisés beaucoup plus près de la date de diffusion, en a fait son objectif. Alors, sauf exception, on propose quelque chose de différent.

En parlant de « South Park », « Les Simpson », pionniers du dessin animé pour adultes, ont-ils ouvert la voie ?

Je pense qu’il existait un certain nombre de cartoonistes et d’animateurs qui faisaient des choses ne ressemblant à rien d’autre. Je suis convaincu que si Les Simpson n’avaient pas vu le jour, South Park serait quand même arrivé. Quand j’étais petit, tous les dessins animés se ressemblaient, tout était standardisé. Ce qui est génial maintenant, c’est qu’en zappant, on tombe sur des choses vraiment étonnantes, qui ne ressemblent à rien d’autre.

Vous n’avez jamais été censuré par la Fox ?

Non. Pas un seul épisode. Simplement une fois, la saison précédente, nous avons coupé une séquence avec Rudolph Giuliani (NDLR : candidat à l’investiture républicaine, avant qu’il cède sa place à John McCain) parce qu’il n’était pas possible de placer tous les candidats dans la série, ce qui était contraire aux règles sur l’égalité du temps de parole.

Tout à l’heure, vous avez parlé des guest stars. Y a-t-il des célébrités qui vous ont dit non ?

On a toujours voulu avoir les Beatles survivants et George Harrison, Paul McCartney et Ringo Star sont venus. Nous avons eu Elizabeth Taylor, Mel Gibson, Anne Hathaway et tant d’autres. Mais certaines célébrités refusent depuis des années – je ne dirai pas qui, ce ne serait pas diplomatique ! En revanche, tout un tas de stars plus âgées, qui avaient toujours refusé, ont fini par venir parce que leurs petits-enfants sont des fans. Ça a été le cas d’Ernest Borgnine, par exemple.

Vous avez longtemps résisté à l’utilisation des ordinateurs. Mais finalement, vous avez cédé.

C’est vrai, on voulait garder le style ancien, funky de la série. Les Simpson ont été la dernière complètement peinte à la main. On a dû changer, parce qu’on ne trouvait plus personne qui acceptait de faire ça. On continue à faire les dessins au crayon, mais ils sont ensuite soumis à un ordinateur qui les encre et les peint. Concrètement, toutes les décisions créatives sont prises ici, aux Etats-Unis : on élabore une version très primitive du script sous forme d’animation, on l’envoie par bateau en Corée où tout est traité par ordinateur, puis l’ensemble nous revient par voie électronique.

Pour terminer, une question qui tarabuste ma fille : pourquoi vos personnages sont-ils jaunes ?

Avant Les Simpson, j’étais caricaturiste de presse écrite (je le suis toujours), je dessinais un comic strip hebdomadaire. Mais je n’ai jamais vraiment travaillé en couleur. Je suis trop paresseux. Et, même enfant, j’étais mauvais avec les crayons. Quand il a fallu colorer Les Simpson, on a essayé ce qui passait pour la norme dans la représentation du type caucasien, cette étrange sorte de rose. Je n’aimais pas. J’ai demandé si on pouvait essayer autre chose et un des animateurs est arrivé avec le jaune. J’ai trouvé ça génial. Ça ne ressemble à rien d’autre. Même en zappant, quand vous voyez ce jaune, vous savez que vous regardez Les Simpson.

GORISSEN,AGNES
LE PORTFOLIO : The Simpsons
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