Henri Pousseur a rejoint ses « Voix planétaires »

Musique Ars Musica allait célébrer les 80 ans du compositeur belge

Le 13 mars, Ars Musica, le festival de musique contemporaine, devait faire la fête à Henri Pousseur. Il allait avoir 80 ans le 23 juin, c’était l’occasion de le célébrer et de rendre hommage à un musicien qui a beaucoup compté, en Belgique et dans le monde, par sa liberté de composition, par sa recherche musicale et par la pédagogie. Pour nombre de musiciens belges d’aujourd’hui, comme Pierre Bartholomée ou Philippe Boesmans, par exemple, il est un peu la figure tutélaire, l’exemple, l’ami, le père et le maître.

Cet hommage d’Ars Musica aura lieu sans Henri Pousseur. Il est décédé vendredi matin. Il a succombé à une broncho-pneumonie qui le faisait souffrir depuis plusieurs semaines. Son cœur fatigué n’a pu résister.

Né à Malmedy en 1929, Henri Pousseur est initié à la musique contemporaine par Pierre Froidebise et André Souris et entreprend des études à Liège, Bruxelles, Cologne et Milan. Très vite, il rencontre Boulez, Stockhausen et Berio en compagnie desquels il fréquente et anime les hauts lieux de la création contemporaine (Darmstadt et Donaueschingen en Allemagne, le Domaine musical à Paris).

En 1961, il fonde avec Pierre Bartholomée l’ensemble Musiques nouvelles pour jouer sa propre œuvre Répons. L’année précédente, il avait commencé une collaboration avec l’écrivain Michel Butor qui allait traverser toute sa vie et trouver un de ses plus beaux accomplissements dans l’opéra utopique Votre Faust.

Quand il saisit les limites de l’écriture sérielle, Pousseur décide de généraliser ses recherches pour y intégrer des éléments appartenant à la culture (Votre Faust, Dichterliebesreigentraum), l’histoire (Couleurs croisées) ou les arts populaires (Les îles déchaînées, La rose des voix).

Tout récemment, en 2004, il avait travaillé avec son fils Denis à la création de Seize paysages planétaires, un ensemble électro-acoustique destiné à un complexe architectural de Philippe Samyn, cinq d’entre eux ayant même donné lieu à la création d’images. Ces Voix et vues planétaires, réalisées conjointement avec Enrico Bagnoli et Michel Butor, ont donné naissance au concept de musique multimédiale.

Pédagogue et théoricien

Henri Pousseur était aussi un grand pédagogue qui professa à Cologne, Bâle et à l’Université de Buffalo aux États-Unis, avant de créer à Liège avec l’aide de Philippe Boesmans et Pierre Bartholomée et le support de Robert Wangermée, le Centre de recherches musicales.

Cinq ans plus tard, il reprenait la direction du Conservatoire royal de Liège où il allait faire venir quelques-uns de ses compagnons de route (Garrett List, Frédéric Rzewsky). Il fondait des classes de jazz, d’improvisation et de pratique de la musique contemporaine qui allaient ouvrir de nouveaux horizons aux jeunes musiciens.

C’est d’ailleurs une des caractéristiques de ce grand théoricien que d’être resté dans sa conception de l’enseignement un homme tourné vers les côtés pratiques de la vie des musiciens. Ce n’est donc pas un hasard si Maurice Fleuret lui confie, ainsi qu’à Eric Sprogis, la conception et la mise en place de l’Institut pédagogique de La Villette, embryon de l’actuelle Cité de la Musique.

Le pédagogue se doublait d’un grand théoricien, auteur d’une grande quantité d’articles dont cet « Apothéose de Rameau » ouvre les portes d’une nouvelle conception de l’harmonie. Ces articles seront réunis dans plusieurs ouvrages : Musique croisée (L’Harmattan, 1997), Ecrits théoriques (Mardaga, 1954-1967) et Série et harmonie généralisées, une théorie de la composition musicale, un ouvrage préparé par le professeur Pascal Decroupet qui sortira chez Mardaga le 13 mars, à l’occasion de la journée d’hommage que lui consacre le festival Ars Musica.

Hommage à Ars Musica, qui lui dédie son édition 2009, le 13 mars à Bruxelles et les 19 et 21 mars à Liège. Infos sur www.arsmusica.be

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE,MARTIN,SERGE
Cette entrée a été publiée dans Culture, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.