L’Irlande renoue avec la violence

Terrorisme Des signes avant-coureurs avaient alerté la police locale

L’« IRA véritablE » revendique l’attentat commis samedi : deux morts, quatre blessés graves. L’indignation est unanime.

LONDRES

De notre correspondante

Samedi soir, un commando de deux hommes a ouvert le feu sur une base de l’armée située dans le comté d’Antrim. Deux jeunes soldats ont trouvé la mort, tandis que quatre hommes – deux soldats et deux livreurs de pizza venus porter une commande à la base – ont été grièvement blessés. C’est l’attaque la plus meurtrière depuis plus de dix ans dans une région encore marquée par les souvenirs des « Troubles », cette guerre civile qui a opposé protestants et catholiques entre les années 60 et 90, et fait 3.500 victimes. L’« IRA véritable », branche dissidente de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), a revendiqué l’attaque auprès d’un journal de Dublin.

Une revendication sans réelle surprise. D’emblée, les regards se portaient vers ces dissidents catholiques, opposés au partage de pouvoir entre Républicains et Unionistes réinstauré à grand-peine en mai 2007. Depuis quelques mois, ils semblaient réorganiser leurs troupes et renforcer leur arsenal. C’est en tout cas ce que soutient Sir Hugh Orde, le chef des forces policières locales (PSNI). En début de semaine, l’homme avait même demandé l’appui du Régiment de reconnaissance spéciale pour renforcer la surveillance des groupes terroristes, estimant que la menace d’attentat était au plus fort depuis son arrivée à la tête de la PSNI, il y a sept ans.

Car l’attaque de ce week-end a connu des prémices. Depuis novembre dernier, quinze attaques ont été perpétrées à travers le pays, au point que les policiers se parent à nouveau de gilets pare-balles pour sortir dans les rues comme au temps violent des Troubles.

Brown : « Choqué et outré »

Quelques heures après l’attentat de samedi, la scène politique s’est empressée de condamner l’assaut. « Je crois que le pays tout entier est choqué et outré au spectacle de ces attaques lâches et cruelles sur des soldats servant leur pays (…). Aucun meurtrier ne parviendra à faire dérailler un processus de paix qui a le soutien de la grande majorité de l’Irlande du Nord », a commenté Gordon Brown. Même son de cloche du côté de Peter Robinson, Premier ministre protestant d’Irlande du Nord : « C’est le devoir de tout le monde de s’assurer que ces groupes sont défaits. »

De tout le monde, même des Républicains. En début de semaine en effet, ceux-là avaient trouvé « exagérés » les propos alertants de Sir Hugh Orde sur la menace terroriste. Les voilà forcés de se positionner clairement. Ce week-end, ils ont condamné les meurtres. « J’ai soutenu l’IRA pendant le conflit et j’ai moi-même été membre de l’IRA, mais cette guerre-là est finie. Aujourd’hui, les gens responsables de l’incident de la nuit passée montrent clairement qu’ils veulent reprendre la guerre », a commenté Martin McGuiness, membre du parti républicain Sinn Feìn et vice-Premier ministre de la province. De son côté, Gerry Adams, président de Sinn Feìn, a condamné des attaques « contre-productives (…). Ceux qui sont responsables n’ont pas le soutien nécessaire ni la stratégie adaptée pour parvenir à une Irlande réunifiée (…). Ils veulent détruire les progrès récents et replonger l’Irlande dans le conflit », a-t-il souligné.

Ces critiques suffiront-elles à convaincre les protestants ? Car c’est bien l’attitude des Républicains et leur détermination à rompre avec le passé qui est désormais au centre de l’attention.

LE LOET, KARINE
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