« C’est fini pour l’Excel »

Mouscron Detremmerie dit avoir aussi cherché un investisseur

L’ANCIEN président et bourgmestre se range à l’idée d’une faillite pointant comme une évidence. En confessant sa part de torts.

Depuis la perte de ses mandats à l’Intercommunale d’études et de gestion (IEG) il y a un peu moins de quinze jours, Jean-Pierre Detremmerie peaufine une action en justice. Seul, dans le bureau qu’il a réinvesti à temps plein à l’étage de sa maison de rangée. Celle qu’il n’a jamais quittée, même durant toutes ces années où le succès se voulait forcément grisant.

Entre deux messes chez les bénédictines de Tourcoing, Detrem planche donc sur son avenir personnel. Mais pas sur celui de l’Excelsior, qu’il a porté sur les fonts baptismaux et qu’il considère au bout d’un parcours long de 13 années en D1. « J’ai traversé ma vie et ma carrière politique avec une phrase de Victor Hugo solidement arrimée en moi : “Seuls ceux qui se battent survivent.” Mais je devrai probablement me rendre à l’évidence dans les prochains jours en ce qui concerne le club de foot, porte-drapeau d’une ville entière : toute lutte a peut-être, au final, ses limites. L’Excel me paraît plus mort que vivant. »

La voix est caverneuse, le ton de circonstance. « A moins de l’arrivé d’un milliardaire qui déposerait non pas 2 mais 10 millions avec en plus un plan d’avenir et donc des fonds supplémentaires, on peut malheureusement envisager le fait que l’Excel a vécu, pour ne pas dire qu’il est mort. J’ai encore tenté d’amener un investisseur flamand samedi, mais il s’est rétracté devant l’ampleur des dégâts. »

Le projet qu’il avait initié de longue date, avec cette générosité sans limites des pouvoirs publics qu’il incarnait, est donc en passe de s’éteindre après un diagnostic alarmiste datant de décembre 2004 déjà. Mardi, après l’AG décisive du début de soirée, Mouscron risque fort d’être rayé de la carte du football professionnel. L’ancien bourgmestre n’avait pourtant pas ménagé ses efforts pour l’y situer.

Detrem a en effet bâti l’essentiel de sa carrière politique et initié ses projets sportifs et culturels sur ce processus identitaire. Lorsqu’on aime, on ne compte pas et précisément, il n’a jamais trop compté, l’ancien maïeur, surtout quand il s’est agi du club de foot dont il était président. « On parlait de club subsidié et je dirais presque que je trouve ça normal tant le retour sur investissement était important : pour un euro investi au Canonnier, les Mouscronnois en retiraient trois. J’entends les Flamands me reprocher cette aide communale mais que penser du stade de Bruges, par exemple, rénové aux frais de la Ville et de la Région ? Tous frais déduits, l’Excel a coûté 10 millions à la trésorerie communale. Autant que les paroisses de l’entité alors qu’il y a bien moins de monde dans les églises qu’au foot. Et là, il ne se trouve personne pour me le reprocher. Tout comme lorsque le conseil communal injecte, sous mon maïorat, plus de 25 millions dans la culture. »

Un débat éternel dans l’absolu mais qui va peut-être se clore de lui-même au niveau du territoire même de la ville frontalière, avec l’AG de la dernière chance de lundi. « Avant mon départ en 2005, j’avais compris qu’une privatisation totale de l’Excel n’était pas viable, du moins si elle était abrupte. Le cabinet Deloitte & Touche me l’avait d’ailleurs prédit lors d’un premier audit en 1998. J’ai mis Philippe Dufermont en garde mais il ne m’a pas écouté. Qu’il ne vienne pas crier aujourd’hui au traquenard, il a injecté de l’argent dans le club en connaissance de cause. Et pour en retirer du bénéfice. “Je vais gérer le foot comme un businessman et non comme un politicien”, disait-il. On voit le résultat, avec l’affaire des 670.000 euros du Sarma et les 2,5 millions de TVA que le fisc est susceptible de venir réclamer pour la nouvelle tribune. Je confesse évidemment aussi ma part d’erreurs, comme celle de ne pas avoir sauté sur l’argent qu’Anderlecht m’offrait pour les Mpenza. J’ai été dupe des mœurs du milieu et ils sont partis gratuitement au Standard avec la complicité de l’Union belge. Un apport d’argent qui rembourserait une grosse partie de la dette actuelle, je crois. »

LARSIMONT,FREDERIC
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