« L’audience est ouverte »

Autriche Josef Fritzl, le père incestueux, comparaît devant ses juges

C’EST LE « PROCÈS du siècle » qui s’ouvre ce lundi à Sankt Pölten. Avec, à la clé, une ruée médiatique et un traumatisme national.

Vienne

De notre correspondant

Paisible petite bourgade du centre de l’Autriche, Sankt Pölten s’apprête à vivre l’une des semaines les moins sereines de son histoire. La capitale du land de Basse-Autriche, à 65 km à l’ouest de Vienne, vit depuis plusieurs jours au rythme de la presse internationale, qui afflue des quatre coins de la planète pour couvrir le « procès du siècle », qui s’ouvre ce lundi matin en cour d’assises. Le procès d’un septuagénaire, Josef Fritzl, qui vingt-quatre ans durant séquestra sans états d’âme sa propre fille dans un minuscule réduit souterrain sous le garage de la maison de famille d’Amstetten.

Enfermée le 28 août 1984 à l’âge de dix-huit ans, Elizabeth Fritzl fut violée régulièrement durant sa captivité, cette relation incestueuse donnant naissance à sept enfants, dont trois furent tenus au secret dans le cachot mal ventilé, tandis que les trois autres étaient discrètement extraits après leur venue au monde pour être adoptés sans aucune difficulté par les « grands-parents », Josef et sa femme Rosemarie, dont la complicité reste à établir par la justice. Un septième enfant mort quelques heures après sa naissance fut incinéré dans la chaudière de la maison en 1997. Le calvaire d’Elizabeth et de sa progéniture a pris fin le 26 avril 2008, avec l’hospitalisation forcée d’un des enfants « d’en bas », Kerstin, 19 ans, souffrant d’anémie, et l’alerte lancée par les médecins intrigués par cette curieuse patiente sans identité officielle.

Josef Fritzl, aujourd’hui âgé de 74 ans, sait qu’il risque la réclusion à perpétuité pour ses crimes. Il doit répondre des chefs d’accusation d’homicide, esclavagisme, viol, inceste, séquestration et menaces aggravées. Il plaidera coupable, mais récuse l’homicide pour non-assistance à personne en danger, arguant être arrivé trop tard pour sauver le nourrisson mort dans la cave. Il pourrait aussi nier l’esclavagisme. « Les faits ne sont pas avérés », affirme son avocat, Rudolf Mayer, qui a renoncé à plaider l’irresponsabilité pénale de son client, admettant « la personnalité très perturbée » de celui-ci.

Les tabloïds du monde entier se sont emparés de cette édifiante histoire d’inceste et de séquestration, dont l’ampleur et la durée restent à ce jour uniques dans les annales de la criminalité. L’Autriche, traumatisée par « l’affaire Fritzl » et la déplorable publicité reçue en plein Euro 2008 de football, espère voir le procès de Sankt Pölten rapidement bouclé et le « monstre d’Amstetten », comme il a été baptisé dans la presse populaire, condamné à une peine exemplaire.

Les débats, pour lesquels 95 journalistes triés sur le volet ont été accrédités, s’étaleront sur cinq jours, du 16 au 20 mars. Le dossier d’instruction, dévoilé en novembre par des fuites dans les médias, comprend 3.000 pages, fondées essentiellement sur une longue déposition vidéo-enregistrée de la principale victime, Elizabeth. Celle-ci, recluse avec ses enfants dans une clinique psychiatrique pour échapper aux paparazzis qui depuis un an la traquent sans relâche, n’assistera pas au procès.

Honni par ses concitoyens, Josef Fritzl, ingénieur électricien à la retraite, a été placé en isolement complet dans un centre pénitentiaire de haute sécurité. Craignant pour sa vie, redoutant d’être assassiné par ses codétenus ou lors du procès, il a exigé et obtenu des mesures de sécurité renforcées en cour d’assises. Pas moins de vingt-cinq policiers assureront la surveillance à l’extérieur du tribunal, tandis que d’autres forces plus importantes seront déployées en renfort pour éviter des débordements éventuels de la foule et des médias.

Conscient de sa terrible réputation, étranglé par des dettes financières qui selon la presse autrichienne s’élèveraient à plus de trois millions d’euros, Josef Fritzl a entrepris au cours des dernières semaines une délicate entreprise de communication. Dans l’espoir évident de bénéficier d’une peine minimale.

Si les faits d’homicide pour non-assistance à personne en danger étaient rejetés par les jurés, il serait passible d’une peine maximale de quinze années de prison, au grand dam de ses victimes et de l’opinion autrichienne. L’accusation pourrait recommander son internement au centre psychiatrique de haute sécurité de Göllersdorf. Le prévenu, longtemps enfermé dans son mutisme face à l’agitation déclenchée par l’affaire, a accepté de faire ses confessions publiques, s’engageant à ce que l’argent glané soit reversé à Elizabeth et ses enfants, dont l’avenir financier reste incertain.

PICARD,MAURIN

LE PORTFOLIO :  Josef Fritzl

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