Islamabad en état de siège

Pakistan Les opposants se sont donné rendez-vous dans la capitale

NAWAZ SHARIF, leader de l’opposition, a été assigné à résidence. Le régime craint des débordements violents.

ISLAMABAD

DE NOTRE CORRESPONDANTE

C’est le « jour J » pour le gouvernement pakistanais : ce lundi, des centaines de milliers d’opposants conduits par les avocats et les partis politiques arrivent à Islamabad, la capitale. Cette « longue marche », lancée jeudi, est déjà fortement réprimée par la police et Nawaz Sharif, leader de l’opposition, a été assigné à résidence. La crise politique pourrait de nouveau conduire le pays au chaos.

 

« Ce 16 mars sera un test pour le gouvernement quand une marée humaine envahira Islamabad », assène Aitzaz Ahsan, figure de proue des avocats. « Tout le pays est devenu un État policier ! Ils bloquent les routes, ils utilisent tous les moyens au mépris de la loi. Nous poursuivrons notre marche. Le temps est venu de descendre dans les rues », a renchéri Nawaz Sharif, dirigeant de la Ligue musulmane pakistanaise (PML-N), le principal parti d’opposition. Dimanche, il a défié l’assignation à résidence pour trois jours qui le frappait afin de rejoindre ses partisans, déterminés à rallier Islamabad. Il est sorti de sa maison de Lahore, à bord d’un 4 × 4, escorté par une garde rapprochée et un cortège de plusieurs milliers de personnes.

« L’heure est venue de marcher main dans la main. Ils ne peuvent nous arrêter », a-t-il ajouté. Mais les autorités veulent absolument empêcher ce déferlement : la capitale a été transformée en camp retranché, ses différents accès et l’avenue menant à la présidence ont été barrés par des conteneurs de marchandises.

Pourtant le ton est donné : rien n’arrêtera les opposants. Un an après sa formation, le gouvernement dirigé par le Pakistan People Party (PPP), l’ancien parti de Benazir Bhutto, est de plus en plus contesté. Le président Asif Ali Zardari, veuf de Bhutto, est pour beaucoup « pire que Musharraf », l’ex-général président, et il exerce une véritable « dictature civile ». Il lui sera donc très difficile de résister à cette mobilisation massive, qu’elle réussisse ou qu’elle soit réprimée.

« Dans les deux cas, le PPP est perdu », explique Amir Wasim, du quotidien pakistanais Dawn. « Si la police les empêche d’entrer, cela va faire du PPP de Zardari un parti répressif et dictatorial. Et à l’inverse, si ces centaines de milliers d’opposants peuvent entrer et faire leur sit-in devant le Parlement pour une durée indéterminée comme cela est prévu, ils n’ont pas fini d’empoisonner le gouvernement. Bref, chacun se demande comment le PPP pourra sortir de la crise ! »

Pour les Pakistanais, y compris les partisans du PPP, Zardari n’a tenu aucune de ses promesses électorales. En mars dernier, il avait signé avec Nawaz Sharif la « déclaration de Murree » où il s’engageait à former un gouvernement de coalition avec la PML-N et à restaurer le chef de la justice, Ifthikar Chaudry, limogé par Musharraf en 2007. Or, c’est de nouveau la guerre entre ces deux partis historiquement ennemis que sont le PPP et la PML-N, et le président de la Cour suprême n’a toujours pas été réinstallé dans ses fonctions. Il ne le sera sans doute pas tant Zardari – surnommé « Monsieur 10 % » en référence à son passé frauduleux qui lui a valu 11 ans derrière les barreaux – craint pour son avenir !

« Notre sit-in devant le Parlement durera jusqu’à ce que Chaudry soit restauré », jurent les avocats. Cette affaire judiciaire qui avait déclenché la crise il y a deux ans – donnant lieu à des élections démocratiques et à la démission de Musharraf – ressurgit et se politise car Nawaz Sharif est exclu de la vie politique depuis que la Cour suprême l’a déclaré inéligible le 25 février. De surcroît, son frère Shahbaz a été destitué de son poste de Premier ministre du Pendjab – une décision que beaucoup d’analystes attribuent davantage à Zardari qu’à la Justice et qui témoigne d’une ambition de monopoliser le pouvoir.

Mais à l’heure où le Pakistan est plongé dans une rébellion terroriste des plus inquiétantes, beaucoup craignent aussi que l’armée, pour éviter le chaos généralisé, reprenne le pouvoir comme elle l’a fait à chaque fois que les civils démocrates n’ont pu s’entendre.

GARAUDE,PAULINE
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