L’armée donne le pouvoir à Rajoelina

Madagascar Le président Ravalomanana a démissionné

Cédant à la pression des militaires, qui avaient envahi l’une de ses résidences, et à la poussée de l’opposition menée par le maire de la capitale, le président malgache Marc Ravalomanana a fini par présenter sa démission. Mais les heures qui ont suivi sont départ étaient assez confuses : en partant, le président élu a cédé le pouvoir non à son challenger Andry Rajoelina mais à un directoire militaire, dirigé par le militaire détenteur du grade le plus élevé, le vice-amiral Rarison Ramaroson.

Cette solution qui évitait au chef d’Etat sortant de perdre la face a été récusée par le chef d’état-major de l’armée mais surtout par Andry Rajoelina lui-même, peu désireux d’être privé du triomphe attendu.

Accompagné d’une marée de sympathisants et de militaires qui brandissaient leur fusil en signe de victoire, le maire de Tananarive avait fait son entrée triomphale dans les bureaux de la présidence qui, la veille, avaient été pris d’assaut par l’armée.

Refusant l’instauration d’un directoire militaire, celui que ses partisans appellent « TGV » a ensuite quitté, furieux, une réunion rassemblant des chefs de l’armée, des représentants des Eglises et des diplomates. En fait, Rajoelina voulait devenir le président d’une haute autorité de transition et, ensuite, remplacer Ravalomanana à la tête du pays.

Trop jeune pour diriger

Cependant, malgré la défaite de son rival, plusieurs obstacles subsistaient : âgé de 34 ans, « TGV » est trop jeune pour occuper la présidence qui exige un âge minimum de 40 ans. Malgré le soutien populaire dont il bénéficie, le très francophone Rajoelina devait aussi vaincre les objections de l’Union africaine, qui a pressé l’armée de ne pas transférer le pouvoir à l’opposition : « Si les militaires remettent le pouvoir au maire, cela ne sera pas constitutionnel » a déclaré le Gabonais Jean Ping, au nom de l’Union africaine.

L’Union se préoccupe aussi de la sécurité physique du président sortant, retranché dans sa résidence de Iavoloha après avoir envoyé sa famille à l’étranger.

M. Ravalomanana, qui attend peut-être des renforts, a dit souhaiter que le directoire convoque des assises nationales chargées de la révision du code électoral, de la réconciliation nationale et du « progrès éco-social ». Mais il est peut-être un peu tard pour songer à mettre en œuvre un tel programme : porté au pouvoir après le dictateur Didier Ratsiraka, Ravalomana a été critiqué pour l’affairisme de son régime et le bras de fer engagé depuis janvier avec le maire de Tananarive a fait des centaines de morts parmi les civils.

De nombreux Malgaches reprochent au président déchu d’avoir favorisé ses affaires personnelles au détriment du pays et de s’être trop rapproché des Etats-Unis, au détriment de la France, l’alliée traditionnelle.

L’an dernier, le président s’était même opposé personnellement à l’accréditation du nouvel ambassadeur de France, Gildas Le Lidec, en avançant que ce diplomate chevronné, qui avait auparavant été en poste à Kinshasa, puis à Abidjan, « risquait de lui porter malheur ».

Et, dans la soirée, on apprenait que son cauchemar s’est réalisé : le directoire militaire, faisant fi des mises en gardes et autres impossibilités constitutionnelles, annonçait voir remis par ordonnance les « pleins pouvoirs » à Andry Rajoelina.

BRAECKMAN,COLETTE,AFP
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