Benoît XVI confirme : veto sur le préservatif

Afrique Dans l’avion, déjà une première fausse note

Son avion ne s’était pas encore posé à Yaoundé que le Pape créait déjà la polémique, prônant l’abstinence pour lutter contre le sida.

Depuis l’avion qui le conduisait à Yaoundé, première étape d’un voyage en Afrique qui doit aussi le mener en Angola, le pape Benoît XVI a jeté un fameux pavé dans la mare : abordant le problème du sida, il a estimé que l’on ne pouvait « régler le problème de cette pandémie avec la distribution de préservatifs ». Au contraire, a-t-il insisté, « leur utilisation aggrave le problème. » Campant ainsi sur la position officielle de l’Eglise, le pape a rappelé que le Vatican est opposé à toute forme de contraception autre que l’abstinence totale ou temporaire et réprouve l’usage du préservatif, même pour des motifs prophylactiques.


Cette déclaration, qui ne fait cependant que confirmer une position officielle, risque d’occulter d’autres aspects importants du voyage : le pape entend en effet saluer les Eglises africaines particulièrement dynamiques, dont il rencontrera 52 évêques à Yaoundé en prévision d’un synode qui doit se tenir d’ici la fin de l’année.

Même si le nombre de catholiques ne cesse d’augmenter sur le continent noir (plus 3 % en 2007) et si les Eglises locales jouent un rôle éducatif et social important, l’Eglise africaine est cependant talonnée par d’autres cultes : les pentecôtistes gagnent du terrain en Afrique centrale et australe ; l’islam se pose comme un concurrent direct, surtout au Nigeria et au Soudan…

En bannissant une nouvelle fois l’usage du préservatif, le Pape affaiblit considérablement les efforts de ceux qui tentent d’enrayer la progression d’une pandémie qui frappe particulièrement le continent noir. Sur 33,2 millions d’adultes et d’enfants porteurs du VIH /sida, 22,5 millions vivent en Afrique subsaharienne, soit 68 % du total mondial. Plus de 90 % des enfants qui à la naissance sont porteurs du VIH sida ont vu le jour en Afrique noire.

Le fléau pose un problème majeur de développement : il annule les gains d’espérance de vie, décime la main-d’œuvre particulièrement dans les régions rurales, dissipe l’épargne et surtout, il a déjà fait plus de onze millions d’orphelins.

Tous les pays ne sont cependant pas égaux devant la pandémie, car celle-ci s’est propagée de manière différente selon les régions. On constate ainsi que les pays d’Afrique australe (Zimbabwe avec une prévalence de 24,84 %, Botswana avec 25,1 %, Namibie, 19,94 %, Zambie, 19,07 % et Swaziland, 18,5 %, sont parmi les plus touchés suivis par l’Afrique du Sud elle-même) en partie à cause de la pratique du travail migrant, où des hommes employés dans les mines ou dans les centres urbains sont contaminés par les prostituées et ramènent ensuite le virus auprès des femmes restées au village.

Dans des pays comme le Kenya ou l’Ethiopie, la pratique de la prostitution fait exploser l’épidémie (85 % des prostituées de Nairobi sont séropositives), tandis qu’au Nigeria et au Cameroun, des pays qui, au départ, étaient relativement préservés, les taux de prévalence connaissent un rythme exponentiel.

Les changements de comportement n’y sont pas étrangers : l’âge de l’initiation sexuelle chez les filles ne cesse de diminuer et, à cause de la pauvreté, les très jeunes femmes sont recherchées par des hommes plus âgés soit dans le cadre du mariage soit en échange d’avantages financiers.

En Ouganda par exemple, de nombreux hommes appelés les « sugar daddies » (« papys sucres ») recherchent les filles à peine pubères non seulement parce qu’elles ne sont pas encore contaminées mais aussi parce qu’ils croient qu’avoir avec elles des relations sexuelles a des effets thérapeutiques !

En Afrique subsaharienne, 61 % des personnes vivant avec le VIH sont des femmes, et elles sont particulièrement vulnérables dans les pays en guerre ou qui sortent de la crise, car elles sont alors exposées aux violences sexuelles des belligérants ou aux aléas du retour à la vie civile de milliers de combattants démobilisés (tel est le cas de l’Est du Congo, du Burundi, de l’Ouganda, du Soudan…)

Les chercheurs se sont longtemps demandés pourquoi des pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Burkina Faso…) étaient relativement épargnés, de même que le monde arabo-musulman. On sait aujourd’hui que, pour des raisons qui ne sont pas encore scientifiquement connues, la pratique de la circoncision freine la propagation du virus.

Le veto mis par Benoît XVI à l’usage du préservatif frappe directement des pays comme l’Ouganda, le Rwanda, le Sénégal qui ont fait de la lutte contre le sida une de leurs priorités politiques et mènent campagne en faveur du préservatif.

Cependant, dans bien des pays africains, l’interdit papal ne fera que renforcer les obstacles qui existent déjà : les hommes répugnent aux rapports protégés, refusant de « manger le bonbon avec son papier d’emballage » et estimant, quel que soit son prix, que le préservatif coûte trop cher…

BRAECKMAN,COLETTE
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.