Un procès au pas de charge

Autriche Josef Fritzl est condamné sans surprise à la perpétuité

LE VERDICT était attendu. Mais la rapidité des juges en a surpris plus d’un. Le dernier mot reste aux psychiatres.

SANKT PÖLTEN

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

L’issue ne faisait guère de doutes. Josef Fritzl, le septuagénaire autrichien qui séquestra et viola sa fille pendant 24 ans dans une cave, a été condamné jeudi après-midi à la réclusion à perpétuité par la Cour d’assises de Sankt Pölten (Basse-Autriche). Il a été reconnu coupable d’homicide pour non-assistance à personne en danger, esclavagisme, viol, séquestration, inceste et menaces aggravées.

Non cumulables au regard du droit pénal autrichien, ces peines se résument pour Josef Fritzl à la première d’entre elles, le meurtre par négligence d’un des sept e

nfants nés de cette relation incestueuse, le petit Michael, mort de difficultés respiratoires dans le cachot sous la maison familiale d’Amstetten en 1996, deux jours après sa naissance.

Lors des quatre jours de ce procès éclair, la procureure Christiane Burkheiser avait axé son réquisitoire autour de ces « 66 heures » cruciales, entre le 28 avril et le 1er mai 1996, lors desquelles Josef Fritzl aurait pu conduire le nouveau-né à l’hôpital. « J’accepte le jugement », a déclaré Josef Fritzl, qui a refusé de faire appel. « Cette condamnation est définitive », a conclu la juge Humer.

La décision des 8 jurés, adoptée à l’unanimité, a été considérablement facilitée par la volte-face de l’accusé mercredi. Après avoir préalablement plaidé non-coupable pour la mort du nourrisson, Josef Fritzl était revenu sur ses intentions, se reconnaissant coupable de « tous les chefs d’accusation » retenus contre lui. Interrogé par la juge Humer sur les raisons de ce revirement, il a confessé avoir été marqué par le « témoignage vidéo de (sa) fille ». « Je suis désolé. Je regrette », a-t-il répété lors des auditions.

Le condamné, âgé de 73 ans, purgera sa peine dans un centre psychiatrique de haute sécurité, suivant les recommandations de l’expert-psychiatre Heidi Kastner. Celle-ci a affirmé devant la Cour qu’il restait « dangereux » pour la société et présentait « un risque de récidive élevé ».

Ce sera à la ministre autrichienne de la justice, Claudia Bandion-Ortner, de décider du lieu final d’incarcération de Josef Fritzl. Il sera transféré au centre de détention psychiatrique de haute sécurité de Mittersteig, à Vienne. Sous la direction du psychiatre Patrick Frottier, qui a été consulté par l’accusé tous les soirs durant son procès, les experts détermineront si une thérapie peut être appliquée au patient, si celui-ci est prêt à y recourir, si elle peut « lui permettre de changer », selon les termes du lieutenant-colonel Huber-Günsthofer, de la police autrichienne.

Le porte-parole du tribunal de Sankt Pölten, Franz Cutka, a confirmé que cette peine de prison à perpétuité pouvait « en théorie » être ramenée à 15 ans. « Cette durée reste incompressible, a ajouté Cutka. Il faudra d’abord que les psychiatres confirment qu’il a été soigné et que cette thérapie a réussi ». Plus tôt, l’avocate de la partie civile, Eva Plaz, reprenait les paroles de la principale victime, Elizabeth, absente au procès de son père, dont elle souhaitait « qu’il soit rendu responsable de ses actes jusqu’à sa mort ».

L’extrême brièveté de ce « procès du siècle » surmédiatisé a soulevé des interrogations jusqu’en Autriche sur l’équité et la rigueur d’une telle procédure. Les médias étrangers s’étaient étonnés d’une telle hâte. La décision prise par les juges de Sankt Pölten de ne pas auditionner des experts techniques, sollicités initialement pour analyser la finalité du dispositif électronique d’ouverture et de fermeture du cachot, avait donné du grain à moudre aux détracteurs de la justice autrichienne. Pour tordre le cou aux rumeurs, Franz Cutka a tenu à rappeler que la tenue du procès avait été « considérablement facilitée » par l’enregistrement de la confession vidéo d’Elizabeth, qualifiée d’« accablante » pour son père, et le refus de toute autre victime – parmi les six enfants survivants – de venir témoigner à la barre.

Cutka a également rappelé qu’il s’agissait du « procès d’un seul homme », niant toute procédure en cours à l’encontre de la femme de Josef Fritzl, Rosemarie, soupçonnée de complicité mais blanchie par Elizabeth et soignée dans la même clinique que sa fille, à Amstetten. Le procès a ainsi été cantonné à la projection et l’analyse de ce document vidéo de onze heures. Les aveux complets de l’accusé ont achevé d’en précipiter le dénouement.

PICARD,MAURIN

LE PORTFOLIO :  Josef Fritzl

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