L’Afghanistan, la guerre d’Obama

Le plan présenté par le président américain Barack Obama n’est pas seulement militaire. Les Etats-Unis veulent toujours « détruire le cancer d’Al-Qaïda ». Mais leur stratégie pour arriver à leurs fins sera « complète » : au-delà de l’envoi de troupes supplémentaires, une aide accrue à l’Afghanistan, mais aussi au Pakistan voisin.

Autour de Kaboul, Obama veut « construire des écoles et consolider la démocratie ».

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Obama a « sa » guerre
Etats-Unis Le président a présenté sa stratégie pour l’Afghanistan

Le plan est militaire, mais pas seulement. Il s’agit aussi de consolider la démocratie. Sans les « vrais » talibans.

New York

DE NOTRE ENVOYÉ PERMANENT

L’Afghanistan est devenu, vendredi, la « guerre d’Obama ». Dévoilant une nouvelle stratégie « plus forte et plus intelligente » (que celle de son prédécesseur…), le président américain a fait sienne la volonté de « détruire le cancer d’Al-Qaïda » dans les montagnes inaccessibles de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan.

Ce sera une stratégie « complète » a aussi promis Barack Obama en annonçant tout à la fois l’envoi de troupes supplémentaires, une aide accrue pour ces deux pays ainsi qu’une plus grande collaboration régionale.

Voilà des semaines, en réalité, que la Maison-Blanche promettait de dévoiler cette nouvelle approche qui, selon les mots du président, vise à faire face à une « situation de plus en plus périlleuse » pour les Etats-Unis et le monde. Il fallait d’abord dégager le terrain en Irak. Obama a insisté sur le fait que le conflit irakien n’allait plus pouvoir être invoqué pour justifier un manque de moyens en Afghanistan.

Mais ce délai s’explique surtout par un autre facteur : il a aussi fallu surmonter les divisions qui ont surgi au sein même de l’administration. La bataille a été rude entre ceux qui prônaient une approche américaine limitée à une gestion du conflit (dont le vice-président Joe Biden) et ceux qui voulaient au contraire voir dessinée une stratégie plus ambitieuse (comme la secrétaire d’Etat Hillary Clinton). Cette dernière vision l’a emporté.

Il était temps. La semaine prochaine aura lieu une conférence internationale à la Haye, précisément destinée à « donner un nouveau départ » à l’Afghanistan et convoquée par les Américains.

Au-delà de l’envoi déjà annoncé de 17.000 hommes, Barack Obama en a promis 4.000 supplémentaires, principalement chargés d’entraîner l’armée afghane.

Surtout afin de convaincre des Pakistanais souvent accusés de jouer double jeu face aux talibans et Al-Qaïda, le président cherchera à obtenir du Congrès américain des milliards de dollars d’aide destinée à la population, afin de « construire des écoles et de consolider la démocratie ».

Insistant sur le fait qu’Al-Qaïda représente une menace pour l’ensemble de la communauté internationale, le président a esquissé l’idée d’y associer non seulement les pays de l’Otan, mais aussi l’Inde, la Chine, la Russie, l’Iran ou les Etats du Golfe.

En toile de fond, c’est avant tout une réconciliation indo-pakistanaise que semble promouvoir la Maison-Blanche, afin que le Pakistan puisse concentrer une plus grande partie de ses forces à la frontière afghane.

Même si le parallèle n’a pas été fait explicitement, le volet militaire de cette stratégie ressemble furieusement à celle qu’a appliquée le général David Petraeus en Irak ces deux dernières années et qui, malgré le scepticisme général, est parvenue à pacifier en partie le pays. Comme en Irak, les Etats-Unis entendent déterminer une série de « critères » adressés aux Afghans, aux Pakistanais ainsi qu’à eux-mêmes pour vérifier à intervalles réguliers que la stratégie fonctionne.

« Nous ne sommes pas en Afghanistan pour contrôler ce pays ou pour dicter son avenir, a expliqué Obama en claire référence aux oppositions soulevées par l’intervention américaine en Irak. Nous sommes en Afghanistan pour combattre un ennemi commun qui menace les Etats-Unis, nos amis et alliés ainsi que les peuples d’Afghanistan et du Pakistan qui ont le plus souffert des mains des extrémistes violents. »

Barack Obama a clairement lié cette guerre aux lendemains du 11 Septembre 2001, sans toutefois reprendre à son compte le concept de « guerre contre le terrorisme » qui était devenu le leitmotiv de George Bush. Il a également exclu un retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, eux qui ont conduit à « un gouvernement brutal, l’isolement international, une économie paralysée et le déni des droits de l’homme fondamentaux ». De ce fait, le président semble laisser peu de place à la thèse qui consisterait à négocier avec les « talibans modérés » afin de les séparer des militants d’Al-Qaïda.

Cette thèse, très en vogue au Pentagone, viserait à dupliquer ce qui s’est passé en Irak, avec le « retournement » des tribus sunnites, désormais alliées aux Américains. Cependant, Obama n’a pas totalement exclu cette perspective en faisant la distinction entre les talibans et ceux qui les ont rejoints par la contrainte ou par intérêt financier. « Ces Afghans-là doivent avoir la possibilité de choisir un chemin différent », a-t-il expliqué.

Pour bon nombre de spécialistes militaires cependant, l’Afghanistan ne peut se transformer qu’en « bourbier » pour tout occupant, quelles que soient les finesses de sa stratégie.

LEMA,LUIS
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