La terreur pour déstabiliser le Pakistan

Le socle du Pakistan vacille. Pour la deuxième fois en un mois, sa province la plus stable, le Pendjab, a été la cible d’une attaque terroriste de grande ampleur : lundi, pas moins de 13 policiers ont été tués à Lahore, sa capitale.

Qui veut déstabiliser ce pays d’Asie du Sud ? Trois groupes affiliés à Al-Qaïda mènent une offensive sans merci contre le régime depuis plus de dix ans. Cette véritable guerre intérieure prend désormais une dimension nouvelle. Sans doute ces groupes – le Lashkar-e-Jhangvi, le Lashkar-e-Taiba et le Jaish-e-Mohammad – craignent-ils la nouvelle stratégie de l’administration américaine de Barack Obama, qui a fait de ce pays un enjeu prioritaire aux côtés de l’Afghanistan.

La vague de terreur actuelle démontre à quel point les véritables raisons d’une intervention à Kaboul se trouvent au Pakistan. Un enjeu géopolitique majeur.

La terreur s’étend au Pendjab

Pakistan Un commando prend d’assaut une académie de police

La menace couvre désormais la totalité
du territoire. Islamabad est à ce point en alerte qu’elle ose nommer les ennemis intérieurs.

ANALYSE

Pour la deuxième fois en un mois, le socle du Pakistan vacille. Le Pendjab, sa province la plus stable – la dernière à être stable ? –, la plus industrielle en tout cas, est victime d’une terreur organisée en commando, comme ce fut le cas ce 3 mars contre l’équipe nationale de cricket du Sri Lanka (6 morts, 7 blessés). Et c’est à nouveau le joyau de la province, Lahore, qui est visé.

Que s’est-il passé ce lundi à 7 h 30 à l’académie de police de Manawan (Lahore) ? A l’heure de la parade matinale, alors qu’entre 400 à 850 cadets sont regroupés sur l’aire centrale pour les exercices du matin, un commando divisé en quatre groupes attaque les quatre flancs de la caserne : chaque groupe procède à un lancer de grenade en lobe par-dessus les murs, puis, certains habillés en policiers, d’autres en civils, se lancent à l’attaque en arrosant la troupe de rafales de fusils-mitrailleurs.

« Il n’y avait pas de garde de sécurité à l’académie, confie l’un des blessés, Basim Wahaj, et les quelques gardes qui étaient là n’avaient ni armes ni munitions. » Il faudra le déploiement massif de forces de l’ordre pour que le Pakistan, peu avant 16 h 00, reprenne le contrôle de l’académie. Selon un décompte provisoire, 13 policiers et 8 assaillants ont trouvé la mort ; 90 policiers sont blessés.

Ainsi, une guerre intérieure se répand en tache d’huile : après les zones sous administrations fédérales (les « Fata », dites « tribales ») en feu depuis 2001, après la Province frontière du Nord-Ouest en soulèvement depuis deux ans, après la levée de bouclier d’un Baloutchistan écartelé par ses tendances séparatistes (baloutches) et extrémistes (pachtounes), voici le Pendjab sous le feu d’attaques réglées comme du papier à musique. Qui est à la manœuvre ?

Puisque l’attaque est professionnelle, le ministre de l’intérieur ff Rehman Malik n’a que peu de doute sur l’identité des assaillants (dont six sont aujourd’hui détenus, affirme Dawn) et personne ne conteste son analyse, même pas l’Inde : « Qui les soutient ? Qui leur donne des armes ? Tout le monde connaît ces organisations interdites, nommément le Lashkar-e-Jhangvi, le Lashkar-e-Taiba, et le Jaish-e-Mohammad ». Soit, dans l’ordre : un groupe fondamentaliste (neobandi) d’inspiration wahhabite qui fournit la logistique des talibans pakistanais et est accusé des meurtres de Daniel Pearl et de Benazir Bhutto ; ensuite deux groupes extrémistes du Cachemire dont le premier est identifié comme auteur des attaques de Bombay en novembre.

En tout cas, trois groupes ancrés à l’Est du Pakistan, relativement anciens (1996, 1990 et 2000), tous trois affiliés à Al-Qaïda et qui ont un point commun : ils mènent de front un triple conflit national, régional, anti-occidental. Dès lors, ce qui étonne aujourd’hui n’est pas leur capacité de nuisance bien connue. C’est de voir revenir au premier plan leur offensive nationale visant à déstabiliser le Pakistan, comme si ces groupes terroristes avaient pris la mesure de la menace (à leur égard) que comportait la nouvelle stratégie américaine. « Les terroristes veulent dire à Obama et à ses alliés occidentaux qu’ils ne peuvent être endigués comme Obama le souhaite, et qu’ils sont toujours puissants et forts comme ils le sont depuis des années », analyse le professeur Mutahir Shaikh, expert en relations internationales à l’université de Karachi.

Leur violence démontre en tout cas que le président américain a eu raison, la semaine dernière, d’élargir au Pakistan sa vision du conflit afghan. C’est là que reposent les véritables racines historiques, religieuses et géopolitiques du conflit, mais c’est en outre au Pakistan que se trouvent les véritables raisons d’une intervention occidentale à Kaboul : éviter une dislocation du Pakistan et en conséquence de l’ensemble de l’Asie de l’Ouest.

L’attaque de ce lundi précise deux choses : primo, selon le Dr Hasan-Askari Rizvi, analyste indépendant en sécurité, le Pakistan ne peut être abandonné par l’Occident dans sa lutte antiterroriste, faute de quoi Islamabad pourrait être submergé. En clair, l’approche Obama est adéquate. Secundo, le Pakistan est pleinement conscient du « risque massif » auquel il est confronté, au point de ne plus accuser l’Inde et d’oser désigner sans détour des ennemis intérieur. En clair – à nouveau – l’approche Obama est bienvenue.

LALLEMAND,ALAIN
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