Un gouvernement israélien XXL

Proche-Orient Une coalition hétéroclite menée par Netanyahou

le nouveau premier ministre israélien
a désigné ses ministres. Qui seront trente-sept à se partager les macarons…

 TEL-AVIV

DE NOTRE CORRESPONDANT

Boursouflé et extravagant. » C’est ainsi que les commentateurs politiques israéliens décrivent le nouveau gouvernement de leur pays constitué par le leader du Likoud Binyamin Netanyhou. Car ce cabinet comptera 37 ministres et vice-ministres, soit plus de la moitié des députés constituant la majorité.

Outre le Likoud, celle-ci est en effet constituée du parti « Israël notre maison » dirigé par Avigdor Lieberman, d’une faction du mouvement travailliste d’Ehoud Barak, des partis ultraorthodoxes Shas et Liste unie de la Torah, ainsi que du parti de colons La Maison juive. Pour satisfaire tout le monde, Netanyahou a donc dû promettre beaucoup de portefeuilles et saucissonner des départements.

Parmi les nombreux ministres sans portefeuille figure l’ex-général Yossi Peled, un ex-Belge caché dans une famille de la banlieue d’Anvers durant la Seconde Guerre mondiale. Connu pour son franc-parler, populaire parmi les soldats, Peled fera partie du cabinet restreint de la Défense notamment chargé d’approuver les opérations secrètes.

« La plupart des portefeuilles distribués par Netanyahou sont pourtant inutiles. En outre, ils pèseront sur le budget de l’Etat alors que l’on prévoit déjà d’immenses coupes sombres dans les budgets sociaux, s’exclame la commentatrice Rinah Matzliah. En fait, le gouvernement d’Israël sera ingouvernable. La plupart de ses membres passeront leur temps à empiéter sur les maigres compétences de leurs collègues. »

En fait, dans cette nouvelle équipe, seuls les ministères régaliens ont été réservés aux poids lourds de la politique. Ainsi, Lieberman est bel et bien le nouveau ministre des Affaires étrangères. Cela, alors que ce colon résidant à proximité de Bethléem (Cisjordanie) maintient sa ligne ultranationaliste au risque de provoquer des incidents avec les capitales étrangères. Quant à Ehoud Barak, il reste à la Défense même si la moitié des élus de son parti refuse de le suivre dans sa collaboration avec Netanyahou.

Pour l’heure, le programme de la nouvelle équipe est encore flou. Certes, Netanyahou promet qu’il « fera son possible pour conclure une paix véritable avec ses voisins » mais à l’instar de Yaron Dekel, les commentateurs israéliens estiment qu’il s’agit de « propos de circonstance qui sont oubliés aussitôt après avoir été prononcés ».

Durant la campagne électorale, Netanyahou avait lancé en tout cas l’idée de remplacer les négociations en cours avec l’Autorité palestinienne par un projet de « paix économique » prévoyant des investissements massifs en Cisjordanie occupée. Mais ce projet reste fumeux même si l’ex-chef d’état-major de l’armée Moshé Yaalon (un faucon) a été promu ministre des Questions stratégiques chargé la paix économique.

Pour le nouveau Premier ministre, les turbulences devraient en tout cas débuter rapidement puisque la Maison-Blanche et Bruxelles lui ont adressé des messages insistant fermement sur l’importance de la poursuite des négociations de paix. « Bibi » Netanyahou a certes fait savoir qu’il est disposé à poursuivre ces pourparlers mais en déroulant une série de conditions conduisant le processus à l’impasse.

A tort ou à raison, les commentateurs s’attendent aussi à ce que les scandales judiciaires paralysent rapidement l’action du nouveau gouvernement. En effet, au sein de la nouvelle équipe, Netanyahou, Barak et Lieberman formeront le triumvirat dirigeant réellement le pays. Or, la police soupçonne le leader d’« Israël notre maison » d’avoir, blanchi de l’argent grâce à des sociétés écran cypriotes. Elle demande d’ailleurs son inculpation.

Pour mieux se protéger, Lieberman a exigé la nomination d’un proche comme ministre de la Sécurité intérieure (chargé de la police) ainsi que de Yaakov Neeman (l’un de ses avocats) comme ministre de la Justice mais le procureur général de l’Etat hébreu promet que ces mesures « n’empêcheront pas les investigations de progresser ».

DUMONT,SERGE
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