Obama superstar débarque en Europe

Le président américain Barack Obama est arrivé ce mardi soir à Londres, première étape d’un premier séjour européen très attendu, marqué notamment par le sommet du G 20, jeudi, dans la capitale britannique et par le sommet de l’Otan, qui se tiendra vendredi à Strasbourg et à Baden-Baden.

Il participera dimanche à un sommet Union européenne – USA, à Prague, avant de finir cette tournée chargée en Turquie.

Ce mercredi, Obama aura son premier entretien avec le président russe Dimitri Medvedev.

Un autre G20 sera nécessaire
Crise Sommet mitigé ? Sarkozy menace de pratiquer la « chaise vide »

Le sauvetage du capitalisme ne sera pas réglé
d’un coup à Londres. Trop ou trop peu d’attentes ?

C’est une vieille « ficelle » : doucher les attentes afin de pouvoir, finalement, afficher un succès – même si les résultats sont décevants. A son tour, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a prévenu mardi que le « G20 ne mettra pas un terme à la crise du jour au lendemain ». D’ailleurs, a indiqué le président de l’exécutif européen qui siège à la table des vingt poids lourds de l’économie planétaire réunis jeudi à Londres, un autre G20 sera vraisemblablement nécessaire, cette année encore : « Il sera utile d’avoir encore un sommet cette année. On ne peut pas attendre une solution miracle le 2 avril ».

Avant Barroso, l’hôte du sommet londonien, le Premier ministre britannique Gordon Brown, et la chancelière allemande Angela Merkel, avaient également évoqué la possibilité d’une nouvelle rencontre, à brève échéance. L’économiste en chef de l’Organisation de coopération et de développement économiques est entré dans la danse : « Il y a sans doute trop d’attentes sur ce qui peut être accompli pendant un sommet d’une journée », a-t-il affirmé hier. La pression sur les « maîtres du monde » monte : des cohortes de citoyens – et les Européens sont appelés aux urnes dans deux mois… – manifestent leur exigence de changements radicaux de politiques économiques, pour éviter la répétition d’une crise globale qui frappe en première ligne les moins nantis, et les travailleurs.

La brièveté du sommet, préparé en continu par une armée de « sherpas » depuis le premier sommet du G20 sur la crise en novembre à Washington, importe certainement moins que le niveau d’ambition politique ou que le degré de convergence entre ses participants. Un homme, en tout cas, a déjà pris le contre-pied de la tactique visant à préparer les esprits à un résultat mitigé : le sanguin « hyperprésident » français, Nicolas Sarkozy. L’homme, dont le « bouclier fiscal » en faveur des hauts revenus a réussi l’exploit de mobiliser des centaines de milliers de manifestants dans les rues de France, avait tôt fait de claironner durant sa présidence semestrielle de l’Union européenne, l’automne dernier, qu’une « refondation du capitalisme » s’imposait. Hier, le président a menacé de pratiquer la politique de la « chaise vide » : « Si les résultats escomptés ne sont pas là, je ne signerai pas le communiqué », a-t-il fait savoir. Pas question de se contenter de déclarations d’intention, comme au sommet de Washington.

Nicolas Sarkozy et ses 26 homologues de l’UE réunis au sommet les 19 et 20 mars ont cadenassé la position européenne en vue de Londres : pas de nouveau plan de relance budgétaire pour l’instant ; priorité à la « régulation » du système financier.

Les Etats-Unis ont longtemps semblé privilégier les mesures de relance, ouvrant une ligne de division avec l’Europe. Lundi, le président Obama, arrivé hier soir sur le sol britannique pour une série de « bilatérales » ce mercredi, a cherché à rapprocher les points de vue. Il a signalé que « nous avons besoin d’un stimulus (de l’économie) et nous avons besoin de régulation ». Barroso a souligné, hier, cette « convergence ». La priorité, c’est « l’unité », a-t-il jaugé. Entre l’UE et les Etats-Unis, « indispensable », mais pas suffisante pour « apporter une réponse » à la crise.

Le président de la Commission a ainsi tourné le regard vers la Chine. Pékin, a-t-il dit, a, jusqu’à la crise, davantage alimenté la demande mondiale avec formidables réserves de devises pour pousser ses exportations, « plutôt que soutenu la demande intérieure » chinoise. En novembre, la Chine a adopté un plan de relance de 600 milliards de dollars. Suffisant ? D’éventuels appels à en faire plus, lancés par Washington ou Bruxelles, pourraient se heurter à l’idée (re)lancée par Pékin de créer un nouveau système mondial de réserves, moins soumis aux errements de l’actuel, basé sur le « roi dollar ». « No way ! », ont déjà répondu les Américains. « La question n’est pas à l’ordre du jour de jeudi », dit la Commission.

Barroso promet toutefois des « décisions concrètes » à l’issue de Londres. Fortes ? Rien que sur la lutte contre les paradis fiscaux, le doute est de mise : les tirs croisés font rage, beaucoup voyant chez l’autre les pires mécanismes d’évasion fiscale… Mais la « pression » sur ce dossier a déjà permis d’engranger « plus de résultats en 3 mois qu’en 30 ans, avec les engagements pris par les juridictions non coopératives », a assuré le président de la Commission. « Bien sûr, a-t-il convenu, il faut maintenant surtout vérifier que les engagements sont respectés ». D’autres G20 seront nécessaires.

Une touche de vert au cœur de la City

LONDRES

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Ils s’affairent à même le sol d’une salle de l’Est londonien. Certains cousent une ribambelle de fanions colorés, d’autres fabriquent un distributeur automatique de grenouilles en carton, clin d’œil moqueur à la consommation à outrance.

Eux, ce sont les participants au Campement climatique, l’une des grandes mobilisations prévues en marge du G20. Dès mercredi midi, ce groupe d’environnementalistes plantera ses tentes au cœur de la City pour un campement de 24 heures.

Le lieu de l’événement n’a pas été choisi au hasard. Mardi, les manifestants prévoyaient d’installer leurs duvets sur Bishopgate, face à la bourse européenne de CO2.

« Ces marchés ne vont pas résoudre le problème du changement climatique, décrypte Richard Howlett, un jeune homme très posé. Avec ce système de compensation, le gouvernement britannique peut justifier la construction d’une nouvelle centrale au charbon ou d’une troisième piste à Heathrow. » « En compensant leurs émissions, les pays riches privent les plus pauvres de leurs terres et de leurs ressources », renchérit Joanna Cabello. Péruvienne d’origine, la jeune fille est venue en bateau des Pays-Bas – où elle réside désormais – pour participer au campement.

Tous s’accordent pour dire que le temps est au changement. Et 2009, une année pivot. « La crise économique et le réchauffement climatique ne sont pas des événements isolés, s’emporte Timothy Lever, volubile. Une économie basée sur toujours plus de croissance n’a pas de sens. Plus d’argent, c’est plus de consommation et donc plus de pollution ! »

« On les a à l’œil »

Parviendront-ils à faire flancher les leaders réunis pour le G20 ? Sans doute pas. Mais « il faut qu’ils comprennent qu’on les a à l’œil souligne Timothy. Sans un mouvement populaire derrière eux, ils ne feront rien ». Pour rallier le maximum de gens à leur cause, le groupe a décidé de jouer la carte ludique. Dans un coin de la salle, deux jeunes filles peignent un immense jeu de l’oie qui devait rejoindre le pavé de la City mercredi. « Il faut emprunter des chemins d’éoliennes pour se diriger vers un monde sans carbone tandis qu’on glisse sur des autoroutes pour rejoindre un futur pollué », explique l’une d’elles.

Pas question en revanche d’invoquer la violence. « Nous sommes totalement pacifistes », martèle Richard. Mardi après-midi, le groupe avait rendez-vous avec les forces de l’ordre pour tenter de canaliser au mieux l’afflux de participants. Mille personnes se sont déjà inscrites sur internet pour participer au camp. Combien seront-ils en fait ? Impossible à dire. « Plus les gens seront nombreux, plus nous pourront reconquérir une grande partie de la ville ! », s’enflamme déjà Timothy.

Le retour de la France dans l’Otan réjouit… la Russie

MOSCOU

DE NOTRE CORRESPONDANT

A ma grande surprise, ils sont ravis ! » De passage à Moscou, un haut diplomate français s’est réjoui de la réaction russe au retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan. « Les diplomates russes estiment que nous sommes un de leurs meilleurs alliés et que notre présence dans les structures militaires de l’Otan est une bonne chose », a-t-il confié au Soir après des entretiens avec plusieurs vice-ministres russes des Affaires étrangères.

Dans un pays où les organisations occidentales sont régulièrement présentées par les médias publics comme formant un bloc ennemi, l’Otan et l’Union européenne étant souvent perçues comme des entités sœurs, l’apparent enthousiasme suscité par la décision de la France paraît pourtant bel et bien paradoxal. « L’Otan est toujours vu en Russie comme un vestige de la guerre froide et l’opinion publique ne comprend pas bien à quoi elle sert. Du coup, la Russie espère sans doute que Paris essaiera de pousser les réformes de l’organisation, même si on sait que la décision finale dépend des Etats-Unis… », explique Sergeï Fedorov, professeur de sciences politiques à l’Institut d’Europe à Moscou.

« Il n’y a quasiment pas eu d’objections en Russie. Car cela ne changera pas les grands équilibres », ajoute Andreï Frolov, expert indépendant des questions militaires à Moscou. « Au contraire, cela se révélera peut-être même bénéficiaire pour le Kremlin : désormais au cœur du centre de décision de l’Otan, la France aura plus d’influence pour bloquer des initiatives visant la Russie ». Allusion à l’élargissement de l’Otan : Paris, tout comme Berlin, s’est très vite opposé à une intégration rapide dans l’Alliance de la Géorgie et de l’Ukraine. Deux projets d’adhésion défendus ardemment par la Maison-Blanche sous la présidence de George Bush mais très mal vus en Russie, soucieuse d’éviter l’émergence près de ses frontières de nouvelles bases militaires sous contrôle des forces américaines.

Emporté par son enthousiasme, Moscou en profite même aujourd’hui pour donner des leçons de… gaullisme. « Le retour de la France s’inscrit en fait bien dans la politique du général. Car le gaullisme, c’est avant tout le pragmatisme », affirme ainsi Evguenia Obitchkina, experte des relations franco-russes au MGIMO, la prestigieuse école des diplomates russes. « Hors des structures centrales de l’Otan, la France serait marginalisée », assure-t-elle. Un argument pareillement défendu par l’Elysée et par le Kremlin…

Porfolio : Barack Obama au sommet du G20

LE LOET, KARINE,QUENELLE,BENJAMIN,LEPRINCE,PATRICE,REGNIER,PHILIPPE
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