5.000.000.000.000

pour un nouvel ordre mondial

le G20 s’achève sur un succès présenté comme un tournant historique. Des montants colossaux, mais à nuancer.

Un nombre à douze zéros solde le sommet du G20 qui s’est tenu jeudi à Londres : 5.000 milliards de dollars ! C’est l’estimation faite de l’effort total qui sera fourni d’ici à fin 2010 pour tenter de relancer l’économie mondiale.

En clair donc : l’ensemble des politiques menées, dont certaines étaient déjà connues et engagées avant le grand rendez-vous planétaire.

L’essentiel est peut-être ailleurs : dans les 1.100 milliards de dollars accordés aux institutions financières internationales, dont le FMI, ou dans le renforcement de la supervision financière et de la régulation.

Quoi qu’il en soit, les délégations ont fait état, en fin de journée, de leur grande satisfaction. Pour le Britannique Gordon Brown, ce sommet marque le début d’« un nouvel ordre mondial » et ce jeudi restera comme « le jour où le monde s’est mis ensemble pour combattre la récession ». L’Américain Barack Obama estime, lui, qu’il s’agit d’un « tournant ».

Le nouvel ordre mondial est en marche

G20 Le sommet accouche d’ un accord salué comme un « tournant historique »

Les super-puissances ont décidé de renforcer les ressources des grandes institutions financières mondiales.

Londres

De notre envoyé spécial

La réunion du G20 a accouché de mesures de relance et de régulation financière contentant chacun des participants.

A Londres ce jeudi, les vingt plus grandes économies développées et émergentes étaient réunies pour un sommet « historique par ses enjeux et par les solutions trouvées, a déclaré à sa clôture Barack Obama. Nous avons établi un ensemble inédit et complet d’actions », alors que l’économie mondiale s’enfonce dans la récession. « Par le passé, le monde était lent à agir. Il fallait attendre une décennie, dans les années 1930, ou même dans les années 1980. Ce n’est plus le cas », s’est-il réjoui.

L’accord négocié depuis novembre dernier, lors de la première réunion du G20 ? On peut le résumer en deux volets : des milliers de milliards et des finances placées sous un contrôle strict.

D’ici la fin de l’année prochaine quelque cinq mille milliards de dollars seront injectés dans l’économie au titre des plans de relance. C’est bien plus que les 2.000 milliards qu’attendaient les Américains, auxquels la France, et surtout l’Allemagne s’opposaient. Ces engagements devraient cependant « préserver les équilibres budgétaires à long terme », selon le communiqué.

La liste des courses est loin d’être finie. S’y ajoutent 1.100 milliards pour les pays pauvres. Une somme répartie entre de nouvelles ressources pour le Fonds monétaire international, le soutien au commerce, et des lignes de crédits à leur destination. « Après 1929, il a fallu 25 ans pour reconstruire l’économie. Cette fois, ce sera différent, espère Gordon Brown, premier ministre britannique. N’est-ce pas formidable ? En dix semaines, nous avons accompli plus qu’en dix ans ». Le G20 estime que son paquet de mesures va créer ou sauver « des millions d’emplois », et augmenter la production de 4 %. Tout en « accélérant la transition vers une économie pauvre en carbone ».

L’engagement financier décidé au centre ExCel, d’où l’on peut apercevoir la City, symbole des excès de la finance, n’aurait sans doute pas été accepté sans l’importante refonte de la surveillance financière.

Le Forum de la stabilité financière s’est vu confier un important travail pour changer la finance. Les bonus sous tutelle, une surveillance des agences de notations, de nouvelles normes comptables, et aussi une chasse sans merci contre les paradis fiscaux. « La part d’ombre du système bancaire, y compris les hedge funds sont dans le filet de la surveillance », a résumé Gordon Brown.

Cette surveillance, combinée aux efforts de relance, permettra de « rétablir la confiance et faire en sorte qu’une telle situation ne se reproduise jamais », a souhaité le Premier ministre britannique. Elle a aussi emporté l’adhésion de la France et de l’Allemagne qui, la veille, l’avaient estimée « non négociable ». « Une page a clairement été tournée, s’est réjoui Nicolas Sarkozy. Vous me demandez si cela aurait été obtenu si la France et l’Allemagne ne l’avaient pas exigé ? Ce que je constate, c’est que sur la base de nos demandes, tout le monde a joué le jeu. »

Signe que les désaccords n’étaient peut-être pas si importants que cela entre l’Europe et l’Amérique, certains passages du communiqué ressemblent aux mesures annoncées la semaine dernière aux Etats-Unis par Tim Geithner, le secrétaire au Trésor américain. En revanche, selon Gordon Brown, aucune « proposition détaillée concernant un nouveau système monétaire international » n’a été posée sur la table. Les Chinois y avaient pourtant songé.

Que produiront tous ces efforts ? Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, a estimé que la croissance mondiale devrait bientôt repartir et dépasser les « 2 % à la fin 2010 ». Le G20 se réunira d’ailleurs à nouveau cet automne pour évaluer l’avancée des actions décidées jeudi. Un groupe qui pourrait d’ailleurs grandir. « Le G20 est trop petit. Il devrait inclure plus de pays à bas revenus », a conclu le Français.

Paradis fiscaux : la Belgique placée sur une liste grise

Londres

de notre envoyé spécial

Les mots sont clairs. L’engagement est pris.

« L’ère du secret bancaire est finie » assène, dans son article 15, le communiqué final du G20. Après avoir réaffirmé la volonté commune des pays représentés à Londres « d’agir contre les juridictions non coopératives, incluant les paradis fiscaux » et, s’il le faut « de recourir à des sanctions pour protéger les finances publiques et le système financier ».

Comment ? En s’appuyant sur une liste attendue de l’OCDE divisée en trois catégories : les pays et entités qui coopèrent, ceux qui ont promis d’appliquer l’article 26 du modèle de convention fiscale de l’organisation, et ceux qui n’ont encore rien fait. Une liste « blanche, grise et noire ».

La liste grise, sur laquelle figurent la Belgique mais aussi la Suisse, Andorre, Macao, Monaco ou le Luxembourg, regroupe les pays qui ont amorcé un mouvement dans la bonne direction, mais qui, s’ils s’arrêtent en route, retomberont dans la troisième, à savoir la liste noire des juridictions non coopératives qui risquent des sanctions.

Le fait d’être listé, même en gris, comporte des risques et des contraintes.

Le G20 veut des résultats avant sa prochaine rencontre au niveau des chefs d’État et de gouvernement, en septembre à New York.

Voici les grands gagnants du G20

Londres

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Le FMI est de retour. » Directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn a poussé un cri du cœur, et d’orgueil, peu après la fin de la réunion du G20. « Tous les paragraphes importants du communiqué parlent d’une manière ou d’une autre du FMI », s’est-il vanté (lire en page 4).

Autre institution gagnante du jour : le Forum de la stabilité financière (FSF), inconnu du grand public il y a seulement quelques mois. Cette structure, créée en 1999 en réponse à la faillite du « hedge fund » LTCM, ne compte qu’un secrétariat d’une vingtaine de personnes, hébergé à Bâle, à la Banque des règlements internationaux. Présidé par Mario Draghi, le président de la Banque d’Italie, le FSF est en fait un puissant réseau d’institutions de surveillance de la finance d’une douzaine de pays. Un club jusqu’ici fermé.

Dans leur communiqué, les pays du G20 disent reprendre ses travaux pour créer une nouvelle régulation de la finance. Son mandat va s’élargir et ses rangs s’ouvrir à tous les pays du G20, plus l’Espagne et l’Union européenne. Le forum va se transformer en Conseil de la stabilité financière (FSB), que d’aucuns pourraient qualifier de gendarme mondial de la finance.

Réformer les exigences de fonds propres des banques (à discuter avant la fin de l’année), revoir les systèmes de rémunération, collaborer avec le FMI comme système d’alarme, changer les normes comptables, les agences de notation : la tâche qui lui est confiée est herculéenne. Il recevra le soutien des ministres des Finances du G20, chargés de s’assurer que le plan d’action décidé hier soit appliqué.

Philipp Hildebrand, numéro deux de la BNS, a d’ailleurs dirigé un groupe de travail sur les salaires et bonus des financiers. « Trop peu d’attention a été consacré aux liens entre rémunération et risque », écrivait jeudi soir le FSF dans un communiqué. Il faut « aligner les incitations des employés avec la rentabilité à long terme des entreprises », détaillait-il, sans aller jusqu’à promettre un malus aux traders en cas de pertes.

« Le FSF est resté discret pendant longtemps, décryptait un spécialiste suisse des organisations financières. Un groupe de travail a rédigé un papier sur les leçons de la crise en avril 2008, dont s’est “largement” inspiré le G20. » Il devient « un outil de pression sur la coordination internationale ». Et un gendarme ? Certaines organisations perdent en efficacité à mesure qu’elles grandissent.

Financer le commerce

Pour relancer l’économie avec succès, il ne suffit pas de déverser des « trillions » de dollars ou de réformer la finance. Il faut aussi soutenir le commerce, a martelé le G20. Pascal Lamy, directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), devra surveiller que les mesures prises dans le monde ne soient pas « protectionnistes ». « Nous jouerons le jeu de la délation », n’a pas hésité à affirmer le Britannique Gordon Brown.

Le G20 a ajouté « s’assurer qu’au moins 250 milliards de dollars seront disponibles au cours des deux prochaines années pour soutenir le financement du commerce », qui connaît un véritable « assèchement ».

Enfin, Barack Obama comme Gordon Brown, et le communiqué final, ont rappelé leur engagement à conclure le cycle de Doha, dont le monde a « urgemment » besoin.

La renaissance du FMI reste très fragile

La cause de tous les maux de la planète. Le bras armé d’un néolibéralisme virulent, assassin pour les pays du Sud. Pendant de longues années, le Fonds monétaire international (FMI) a été conspué. Considéré comme le cœur de cible par les mouvements altermondialistes. Par dizaines de milliers, les manifestants accusaient l’institution d’imposer des critères à ce point stricts aux pays en crise qu’elle les achevait au lieu de les aider à relever la tête. Austérité budgétaire, hausse des taux d’intérêt… : cette politique, reposant sur le dénommé « consensus de Washington », a ruiné l’Indonésie, la Thaïlande, l’Argentine, le Mexique…

L’économiste Joseph Stiglitz, qui fut le conseiller du président américain Bill Clinton, a fustigé le Fonds dans son livre La grande désillusion, affirmant que l’institution était à la solde de son principal actionnaire, les Etats-Unis. Une réalité à mille lieues de l’idéal de départ : créé lors des accords de Bretton-Woods, après la Seconde guerre mondiale, le FMI devait garantir la stabilité monétaire internationale.

« Le FMI a été puni de son attitude, explique Arnaud Zacharie, directeur, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD). Ses engagements de crédits sont passés de quelque 100 milliards de dollars en 2003 à une quinzaine de milliards à peine à la fin 2007. Un certain nombre de pays émergents – Thaïlande, Argentine, Afrique du Sud… – ont décidé de rembourser ce qu’ils lui devaient afin de ne plus devoir répondre à ses critères très stricts. » Résultat ? À peine arrivé à la tête de l’institution, en novembre 2007, le socialiste français Dominique Strauss-Kahn fut contraint de restructurer la machine : réduction du personnel de quelque 15 %, vente d’une partie de son stock d’or… Des temps douloureux, avant que ne survienne cette crise financière géante. L’occasion d’une renaissance inattendue pour le FMI. « L’institution n’a rien vu venir de la crise, grince Arnaud Zacharie. Deux mois avant que l’Islande ne tombe quasiment en faillite, le FMI publiait un rapport positif à son sujet. Le voilà pourtant de retour. Mais rien n’est acquis… »

Nécessité faisant loin, de nouvelles interventions ont eu lieu ces derniers mois. En Islande et dans les pays d’Europe centrale et de l’Est : Hongrie, Serbie, bientôt la Roumanie et la Lituanie. Le Mexique revient frapper à sa porte. Et voilà un sommet du G20 apportant une nouvelle manne substantielle. « Le plus grand plan de relance coordonné jamais décidé », clamait jeudi Dominique Strauss-Kahn. En saluant le triplement des moyens du FMI : « la puissance de feu de 750 milliards de dollars est de la taille dont le monde a besoin ». Autre avancée « historique » : la décision d’autoriser le FMI à émettre 250 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux. « C’est le début du renforcement du rôle du FMI en tant que fournisseur de liquidités au monde », affirme le directeur général.

« Cette renaissance doit être relativisée », temporise Arnaud Zacharie. Parce que les pays du Sud attendent une réforme en profondeur de l’institution, qui fonctionne toujours selon un droit de vote censitaire d’un autre temps. Et qu’ils fourbissent leurs armes, à tout le moins en Asie et en Amérique latine. « La Chine, à elle seule, dispose de quelque 2.000 milliards de réserves de change », explique le secrétaire général du CNCD. D’autres pays comme la Russie ou la Corée du Sud disposent de montants considérables. Des structures régionales se mettent en place, que ces pays menacent de mettre en mouvement pour suppléer au FMI en cas de besoin. « Des propositions de réforme du fonctionnement interne pour donner plus de voix aux pays émergents, mais elles ne portent que sur 10 % des votes d’ici 2011, souligne Arnaud Zacharie. De même, les critères d’attribution des crédits doivent être revus : le FMI fonctionne avec une logique en contradiction avec les mesures keynésiennes – baisse des taux d’intérêt, hausse des déficits budgétaires – prises un peu partout dans le monde. »

L’effet d’annonce pour la relance est spectaculaire. Le FMI revit. Mais il reste bien du chemin vers un nouvel ordre financier international.

Les ONG soulignent surtout une occasion ratée d’aller plus loin

Les marchés boursiers ont salué les avancées du G20. Plusieurs organisations non gouvernementales ont aussi remarqué le « petit coup de peinture sur un monde en ruines », comme l’analysait, dès la veille de la réunion, le Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (Cadtm). Mais les ONG n’épargnent pas leurs critiques, frustrées par la faiblesse des engagements ou par les « oublis » du sommet de Londres.

Le Cadtm est très critique envers cet aréopage de puissants, qu’il estime structurellement incapable d’imposer des « alternatives suffisamment radicales pour inverser la tendance » d’un « capitalisme en pleine crise ». L’organisation écologiste Greenpeace dénonce ainsi l’absence de priorité contre le réchauffement climatique. « On a trouvé des centaines de milliards pour le FMI et la Banque mondiale mais pour assurer la transition vers une économie verte, il n’y a pas d’argent sur la table ». Le « New Green Deal » prôné par les Nations unies attendra…

Le World Development Movement basé au Royaume-Uni enrage aussi. « L’engagement à rester dans la course pour réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement (réduire de moitié « l’extrême pauvreté » d’ici 2015, NDLR) et de fournir des financements d’urgence pour les pays pauvres est bienvenu, estime Julian Oram, directeur politique de l’ONG, mais ce qui manque, c’est un “green new deal” global qui mettrait les intérêts des pauvres et de l’environnement au cœur du commerce et de la finance internationale ». On avait besoin d’un électrochoc, ajoute Oram, et l’on a eu des « leaders mondiaux qui réarrangent désespérément les transats sur le pont d’un Titanic en train de couler ».

Eurodad, coalition d’ONG européennes spécialisées dans le développement et la dette, n’est guère plus tendre. « Les sommes promises aux pays en développement sont plus élevées qu’attendues, mais insuffisantes. Sur les paradis fiscaux, il y a quelques pas en avant utiles, même si le modèle de l’échange d’informations empêchera beaucoup de pays en développement d’en tirer avantage » : ils continueront à perdre des « milliards de dollars par an ». C’est un « début », mais il est insuffisant : la décision permettra de s’attaquer aux paradis fiscaux les plus faibles « tandis que les plus grandes juridictions secrètes, dont plusieurs européennes, échapperont à la censure ».

De son côté, Oxfam « salue » les sommes dégagées pour la relance, mais redoute que le rôle tellement central dévolu au FMI soit un « chèque en blanc » dès lors que sa réforme ne reste « rien d’autre qu’une promesse » – et d’appeler de ses vœux à la mise sur pied d’un G192, qui serait véritablement inclusif. « Les promesses couchées sur un communiqué ne signifient pas grand-chose si elles ne sont pas suivies d’effet », avertit l’ONG Save the Children.

MOUTON,OLIVIER,DEFFET,ERIC,LELIEVRE,FREDERIC,MARTIN,PASCAL,REGNIER,PHILIPPE,WERLY,RICHARD

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