Bruxelles-Vatican : les relations capotent

La résolution sévère du Parlement sur les propos du Pape au sujet du sida a frappé Rome de « stupeur ». La peur de la contagion ?

 Au lendemain du vote par le parlement belge d’une résolution demandant au gouvernement de protester officiellement contre les propos du Pape au sujet du sida et du préservatif, Rome a répliqué : par la voix du directeur de la salle de presse, le Vatican se dit « étonné » et « stupéfait » par la réaction belge.

Le texte adopté à Bruxelles fait état de « propos inacceptables ». Réplique du père Federico Lombardi : « Dans chaque nation démocratique, la liberté du Saint-Père et de l’Église catholique d’exprimer sa position apparaît évidente. » Le porte-parole se demande en outre si les élus belges ont bien analysé les propos de Benoît XVI ou s’ils n’ont pas plutôt été influencés par des comptes rendus déformés « dans les médias occidentaux ».

La notification de la position belge doit transiter par la représentation diplomatique belge au Vatican. Si la procédure suit bien son cours, la Belgique serait le premier pays à agir officiellement dans ce dossier. C’est peut-être ce qui embarrasse l’entourage du Pape : un effet de contagion est possible.

La Belgique « stupéfie » le Vatican

Sida Vive réaction à la suite de la condamnation officielle des déclarations du Pape

Le Vatican taxe nos députés de légèreté. Il fustige la presse, qui aurait déformé
le propos du Pape.

Le Vatican est « étonné ». « Stupéfait ». Moins de 24 heures après le vote d’une résolution parlementaire condamnant les propos du Pape sur le préservatif, Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican, a fait part, vendredi, de sa « stupéfaction », de son « étonnement », sur les ondes de Radio Vatican.

Dans sa ligne de mire : la résolution du député Denis Ducarme (MR) qui incite le gouvernement à protester par la voie « officielle et diplomatique » – donc par l’intermédiaire de l’ambassadeur belge auprès du Vatican –, à la suite des propos tenus par le Pape, le 17 mars, dans l’avion qui l’emmenait à Yaoundé, au Cameroun.

Alors qu’il répondait à une question d’un journaliste de France 2 qu’il avait lui-même choisie sur la position de l’Église catholique sur les moyens de lutte contre le sida, Benoît XVI avait déclaré qu’on ne pourrait résoudre ce fléau « en distribuant des préservatifs : au contraire, cela augmente le problème » (un propos légèrement atténué par le Vatican, ultérieurement).

La Belgique sera vraisemblablement le premier État du monde à protester officiellement contre « ces propos qui portent atteinte aux engagements de la communauté scientifique en vue de prévenir et de lutter contre la propagation du sida, notamment via des moyens dont l’efficacité est scientifiquement reconnue ».

« Des propos irresponsables et dangereux », suggérait la version initiale de la résolution libérale. « Des propos inacceptables », retient la version amendée par le CDH et le CD&V, qui a recueilli, jeudi, les suffrages de tous les partis démocratiques, à l’exception de la NVA et de la LDD (abstentionnistes) – le VB a voté contre.

La protestation officielle ne semble pas encore avoir été transmise à la représentation diplomatique belge au Vatican – elle doit l’être par le ministre des Affaires étrangères sans que le gouvernement en tant que tel ne prenne position sur le sujet. Sans attendre sa notification officielle, Federico Lombardi a plaidé, sur Radio Vatican, « la liberté du Saint-Père et de l’Église catholique d’exprimer sa propre position ». Le jésuite en vient à se demander « si la position du Saint-Père a été considérée avec suffisamment d’attention et de sérieux, ou plutôt à travers le filtre pas objectif et pas équilibré des échos donnés par les médias occidentaux ».

Le 23 mars, le primat de l’Église catholique de Belgique, Godfried Danneels, n’avait pas hésité à déclarer en public que « le Pape n’est pas diplomate », qu’il « aurait mieux fait » de ne pas faire ces déclarations controversées.

Vendredi, la conférence épiscopale de Belgique revenait sur la polémique, sur un mode plus consensuel : le cardinal et ses évêques prennent acte de la résolution parlementaire ; ils disent en respecter le caractère démocratique, mais en regrettent la teneur… « Ce dont notre pays et l’Afrique ont avant tout besoin, est d’une réflexion sereine sur tous les moyens à mettre en œuvre pour faire reculer l’épidémie du sida. » « Tous les moyens, dont le plus efficace », ponctue Ducarme.

« Rome craint la contagion »

ENTRETIEN

Denis Ducarme (MR) est coauteur de la résolution parlementaire votée à une très large majorité, jeudi, afin de condamner « les propos inacceptables » du pape sur le préservatif.

Vous attendiez-vous à une réaction aussi vive du Vatican ?

Je ne suis pas étonné de leur réaction… Qu’ils sachent que leur « stupéfaction » est à la mesure de la nôtre, quand nous avons entendu le pape prétendre que la distribution de préservatifs aggravait l’épidémie de sida !

Le Vatican se demande si les députés ont statué « avec suffisamment d’attention et de sérieux ».

Là, ça tient carrément de la blague ! Nous avons eu de longs débats, nourris par plusieurs propositions d’amendements, en commission des Relations extérieures, mercredi, puis plus de quatre heures de débat, en séance plénière, jeudi ! Et au terme de ce travail, donc, 95 des 120 députés qui ont voté la résolution n’auraient rien compris ? Ce sont les élus du peuple belge qui se sont exprimés. Le malaise du Vatican traduit juste la crise de confiance croissante entre les cadres de l’Eglise catholique et ses fidèles.

Le cardinal Danneels a déclaré que « le pape aurait mieux fait de ne pas le dire »…

Je l’ai remercié, à la Chambre. Comme tous les catholiques qui ont soutenu notre résolution.

Même le CD&V et le CDH ont fini par vous suivre…

C’est ce qui a fait peur au Vatican. Qui craint la contagion. Que d’autres Etats embrayent. Les propos du pape ne sont plus intouchables, même dans un pays de tradition catholique. En protestant officiellement, tous partis démocratiques confondus, nous avons désacralisé sa parole.

GUTIERREZ,RICARDO
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