Le sinistre décompte des morts dans les Abruzzes

Italie Violent tremblement de terre de 6,2 sur l’échelle de Richter

La terre tremblait depuis des mois. Lundi matin, plus de 150 personnes sont mortes et 1.500 ont été blessées. L’enfer.

 L’Aquila

DE NOTRE CORRESPONDANT

La prochaine réplique d’une certaine intensité risque de mettre toute L’Aquila par terre. Regardez les maisons, les murs semblent gonflés, prêts à exploser. » Giovanni fait partie de secours arrivés dans la nuit depuis Tagliacozzo, une ville voisine des Abruzzes. Avec son équipe, il tente d’extraire des décombres les deux voisins de la bijouterie de la via delle Aquile, dans le centre historique de L’Aquila, le chef-lieu : « Il n’y a plus beaucoup d’espoir mais il faut faire vite avant de nouvelles secousses. »

Un peu plus haut, dans la via Garibaldi, Adolfo Santa, employé de mairie, fait le même constat. Dans ce petit quartier qui mélange bâtiments médiévaux et du XVIe siècle, quatre personnes sont mortes : « Des personnes âgées qui n’ont pas eu le temps de sortir dans la rue. »

Lundi soir, les sources hospitalières et le président du Conseil italien Silvio Berlusconi indiquaient que le tremblement de terre qui a ravagé L’Aquila et sa région la nuit précédente avait fait plus de 150 morts et 1.500 blessés.

Dans le centre historique, un nombre innombrable de maisons ont été éventrées et tous les édifices sont aujourd’hui branlants. Les tuiles, les corniches, les soubassements des fenêtres sont sur le point de céder. Même la coupole de l’église baroque de Santa Maria des Âmes Saintes, sur la place centrale, s’est effondrée. Dans la maison d’à côté, un drap pend d’une fenêtre du premier étage comme un dernier témoignage de la panique qui a saisi les habitants au moment du séisme. « Ça remuait tellement fort qu’on avait l’impression que tous les objets étaient projetés de l’intérieur des murs », lâche Daniele, retraité des télécommunications. Les larmes aux yeux, il observe son immeuble de cinq étages totalement lézardé et, de l’autre côté de la rue, l’hôtel Duca degli Abruzzi qui s’est spectaculairement effondré, comme un château de cartes. Par chance, à ce, cette partie de l’établissement était vide.

En chemises de nuit, apeurées, les religieuses philippines de la Compagnie des Zélatrices du sacré-cœur pressent le chauffeur de leur bus de démarrer. Elles ne veulent plus rester dans leur couvent qui s’est transformé en cauchemar. « Nous avons mis des heures avant de libérer deux sœurs bloquées dans leur chambre. L’une d’elle est décédée », résume la mère supérieure.

Depuis le tremblement de terre, L’Aquila a été vidée de ses habitants. Les derniers occupants entassent quelques objets avant de rejoindre la cohorte des 50.000 sans-abri. Sur les routes qui mènent au centre, les défilés de camions de pompiers et de voitures de secouristes croisent des groupes d’habitants hagards traînant des couvertures, des valises et quelques effets personnels. « Je ne veux plus rester ici. C’était terrible. Je m’en vais définitivement », crie Livia, une étudiante de 22 ans assise au bord de la route en attente d’une amie pour la tirer de l’enfer.

Autour de la ville, le spectacle de la mort est encore plus impressionnant. À Onna, un petit bourg campagnard de 150 âmes situé à une dizaine de kilomètres, le séisme a quasiment rasé la ville. Les maisons de la via Alfieri ne sont plus qu’un tas de terre. Hier soir, une trentaine de corps avaient déjà été retirés des débris. Mais il manquait encore une quarantaine de personnes à l’appel.

Dans la ville, l’heure n’est pas à la polémique. Mais, déjà, des interrogations surgissent. Car à L’Aquila, la terre tremblait depuis plus de trois mois. « Depuis la fin 2008, il y avait deux ou trois secousses par jour », raconte le jeune syndicaliste Alessandro Angelini. Personne n’a pris les avertissements au sérieux. « Pouvait-on agir autrement ?, s’interroge l’entrepreneur Pierluigi Frezza. Les autorités ont sans doute voulu éviter de provoquer une panique. »

Hier soir, les dizaines de milliers d’habitants de L’Aquila et de la province restés sans abri cherchaient avant tout à trouver un refuge pour la nuit. Des camps de tentes ont été déployés un peu partout. Mais beaucoup préféraient envisager de dormir dans leur véhicule. Au-delà, c’est le futur même de L’Aquila qui est en question. Il faudra des années et énormément d’argent pour entreprendre la reconstruction.

Le séisme le plus meurtrier qui a frappé l’Italie fut le tremblement de terre du 28 décembre 1908 qui a frappé le détroit de Messine, faisant approximativement 95.000 morts dans toute la région.

13 janvier 1915

30.000 morts dans la région des Abruzzes

Le 23 novembre 1980

Un fort tremblement de terre a frappé la Campanie (centre) et le Basilicate (sud), faisant 2.916 morts et 20.000 blessés dans la région de Naples.

13 décembre 1990

Un tremblement de terre frappe la Sicile, entre Catane et Raguse, faisant 17 morts et 200 blessés. Le 5 mai, une forte secousse avait fait quatre morts près de Potenza,dans le Basilicate (sud).

26 septembre et 3 octobre 1997

Deux tremblements de terre frappent l’Ombrie (centre) et les Marches (centre-est), à une semaine d’intervalle, faisant douze morts, plus de 110 blessés et 38.000 sans-abris. Le séisme dévaste plusieurs villages de montagne et endommage des édifices historiques, dont la basilique de Saint-François d’Assise, où quatre personnes sont tuées.

17 juillet 2001

Au moins trois morts dans un tremblement de terre dans le Haut-Adige, près de Bolzano (nord).

6 septembre 2002

Un tremblement de terre fait deux morts à Palerme (Sicile). Plus tard, le 31 octobre 2002: trente personnes sont tuées et une soixantaine blessées dans le village de San Giuliano di Puglia (Molise, centre-est) frappé par un violent tremblement de terre. 27 enfants et leur institutrice ont trouvé la mort dans leur école dont le toit s’était effondré.

6 avril 2009

Un violent tremblement de terre frappe le centre de l’Italie, faisant plus de 150 morts selon des sources hospitalières et plus de 50.000 sans-abri, selon un bilan officiel encore provisoire.

Peut-on prévoir ?

Entretien

Sismologue à l’Observatoire royal de Belgique, Michel Van Camp nous éclaire sur l’origine du tremblement de terre qui a secoué l’Italie lundi matin.

Les spécialistes auraient-ils pu prévoir ce séisme ?

On ne prédit pas un tremblement de terre. Les sismologues peuvent déterminer le cycle sismique de tremblements de terre et dresser des cartes d’aléa sismique en fonction des événements survenus dans le passé et du mouvement de la croûte terrestre. Un séisme, c’est comme une armoire que l’on essaye de pousser sur le sol, d’abord elle résiste et puis d’un coup elle se met à glisser.

C’est lorsque les plaques « glissent » que l’on ressent le tremblement de terre. On retrouve ces mouvements brutaux au niveau des frontières des grandes plaques tectoniques.

Selon la vitesse de déplacement des plaques tectoniques l’une par rapport à l’autre, on peut prédire la susceptibilité d’apparition de séismes dans une région donnée. Sur une carte d’aléa sismique, la région d’Aquila en Italie est en zone rouge. Les tremblements de terre en Italie ne sont pas rares, il en survient environ tous les 10 à 15 ans.

Quelle est l’origine d’une telle activité sismique ?

Le bassin méditerranéen est situé à la rencontre entre la plaque Africaine et la plaque Eurasiatique. On ne sait pas si c’est l’Afrique qui monte ou l’Europe qui descend mais toujours est-il que le frottement entre ces deux plaques engendre une accumulation de déformations qui peut être relâchée subitement, et là c’est le séisme.

En plus l’Italie est également située en partie sur la microplaque Adriatique qui bouge vers l’ex-Yougoslavie. Il y a là un phénomène d’extension entre deux plaques qui peut donner lieu à des effondrements. C’est ce qui s’est passé lundi matin dans les Abruzzes. De façon imagée, on peut dire que l’Italie fait le grand écart entre ces trois plaques tectoniques.

À l’image du réchauffement climatique, l’apparition de séismes peut être influencée par l’activité humaine…

Un séisme peut être provoqué par une éruption volcanique ou par la chute de corps célestes mais peut également être induit par l’activité humaine. Une faille est plus ou moins proche de la rupture en fonction des contraintes physiques auxquelles elle est soumise et l’homme peut agir sur ces contraintes. Plus les tremblements de terre naissent près de la surface de la terre, ce qui est généralement le cas dans les régions continentales sismiquement calmes, plus le risque d’induire des séismes est élevé.

En Inde en 1967, un violent séisme a été déclenché suite à la mise en eau du barrage de Koyna. Ce phénomène peut s’expliquer par la pression exercée par l’énorme quantité d’eau stockée en surface qui augmente la contrainte verticale sur la faille mais aussi par l’infiltration d’eau en profondeur qui peut faire glisser la faille plus facilement. Autre exemple de séisme induit par l’homme : celui survenu à Bâle en Suisse en 2006. La terre y a tremblé suite au forage réalisé dans le cadre d’un projet visant à construire une centrale géothermique. Au nord de la Hollande, c’est l’extraction de gaz qui a déclenché des tremblements de terre.

Et chez nous ?

Le 26 mars dernier, le sol du Brabant wallon a une nouvelle fois tremblé, faisant passer au nombre de 118 les secousses enregistrées dans cette région depuis le 12 juillet 2008. Le plus gros séisme de cette série fut le second, d’une magnitude de 3,2 sur l’échelle de Richter et qui remonte au 13 juillet dernier. « Depuis, les secousses présentent une magnitude inférieure à 2,5 », précise Michel Van Camp de l’Observatoire royal de Belgique.

Pour mieux comprendre comment et pourquoi la croûte terrestre fait trembler notre plat pays, les scientifiques ont installé des stations sismiques mobiles. « Les sismomètres ont été placés en zone épicentrique pour permettre de mesurer des secousses indétectables par le dispositif permanent. En clair, on met l’oreille contre la porte pour percevoir la moindre activité sismique, explique Michel Van Camp. Toutes les répliques nous donnent le plan de faille, ce qui nous permet de la cartographier correctement. »

Ces secousses ne sontelles que des murmures avant la tempête ? Selon les experts, rien ne permet d’affirmer que la Belgique est à l’abri d’un séisme d’une magnitude supérieure à 6 mais la probabilité est très faible. « Par expérience, chaque fois que l’on assiste à une séquence de tremblement de terre comme celle du Brabant wallon, cela n’annonce pas une plus grosse secousse, souligne Michel Van Camp, les séismes plus violents ont la mauvaise habitude de ne pas s’annoncer ! »

Portfolio : http://portfolio.lesoir.be/v/monde/italie_seisme/

BINET,AUDREY,JOZSEF,ERIC

Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.