Un premier geste d’Obama

Cuba Une étape timide vers la fin de l’embargo américain

Les États-Unis assouplissent les restrictions qui affectent les voyages à Cuba. Un tout petit pas.

Le président Barack Obama a assoupli certaines règles de l’embargo américain envers Cuba. Si Fidel Castro a critiqué l’insuffisance de ces mesures, sur l’île communiste, les Cubains eux, attendaient cet allégement des sanctions.

« Le président a donné pour instruction au secrétaire d’État, aux secrétaires du Trésor et du Commerce, de faire le nécessaire pour que soient levées toutes les restrictions à la possibilité de rendre visite à des membres de sa famille à Cuba et de leur envoyer de l’argent », a dit lundi le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs.

Les Cubano-Américains – ils sont un million et demi aux États-Unis – pourront désormais voyager à Cuba et envoyer de l’argent à leurs familles, sans limitations. Les sociétés américaines de télécommunications seront autorisées à établir des liens commerciaux avec l’île. Jusqu’ici, les Américains d’origine cubaine n’avaient le droit de voyager à Cuba qu’une fois par an et de n’envoyer que 1.200 dollars annuellement à des proches.

Si les nouvelles dispositions de Washington répondent à une promesse électorale de Barack Obama, ce n’est qu’un tout petit pas vers une levée de l’embargo en vigueur depuis 47 ans. Si l’annonce de la présidence démocrate constitue une rupture claire avec l’administration Bush, elle n’est jamais, pour l’instant, qu’un retour à la situation des années de la présidence de Jimmy Carter, pendant lesquelles les Cubano-Américains ont pu voyager librement vers La Havane.

Les sanctions commerciales et l’interdiction pour les Américains de souche de visiter la plus grande île des Caraïbes demeurent en vigueur.

Les mesures américaines envoient cependant un signal fort. Et la Maison-Blanche étudie déjà la mise en place de liaisons aériennes entre les États-Unis et Cuba. En resserrant ses relations avec La Havane, Washington espère imposer un modèle démocratique. Robert Gibbs a déclaré que le président avait « ordonné une série de mesures à l’attention du peuple cubain pour soutenir son désir de jouir de droits humains fondamentaux. »

La venue d’entreprises de téléphonie américaines à Cuba pourrait ouvrir un peu plus l’île au reste du monde, ce que ne souhaite pas forcément La Havane. « Cuba a résisté et résistera encore. Elle ne tendra jamais la main pour demander l’aumône », a écrit Fidel Castro dans l’édition de mardi du journal Juventud Rebelde, le quotidien de la jeunesse.

L’ancien président cubain a fustigé Barack Obama et demandé la levée complète de l’embargo. Les sanctions commerciales des États-Unis et les errements de La Havane ont mené la plus grande île des Caraïbes à un sous-développement chronique. Le salaire mensuel des Cubains varie de dix pesos convertibles (huit euros) pour un serveur à 25 pesos convertibles (20 euros) pour un policier. Ces revenus augmentent avec le marché noir, la corruption et la rapine généralisée des biens de l’État sur les lieux de travail.

Si les discussions sur une levée de l’embargo allaient bon train en haut lieu, les Cubains, désabusés, sont encore peu nombreux à croire à une levée totale du blocus américain. Il y a quelques jours, Osleido, ingénieur de La Havane, prédisait : « Certaines restrictions seront levées pour les Américains d’origine cubaine, mais Obama ne sera pas le président qui supprimera les sanctions. Ce ne sera qu’une première étape que poursuivront les présidents suivants. Il paraît que la nouvelle génération de Cubains de Miami est plus ouverte, moins riche, mais ceux d’avant la Révolution veillent pour empêcher la levée du blocus. »

Au paradis du socialisme tropical, l’embargo n’a pas partout la même saveur. Les Cubains dont la famille a fui à Miami seront les principaux bénéficiaires des nouvelles mesures américaines, et les inégalités entre ces privilégiés, les riches cubains, militaires ou membres du parti et le reste de la population devraient augmenter.

LEMIEUX,HECTOR
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