Banques : la communication est à revoir

Finance Le rapport préliminaire des experts de la « Commission Fortis » n’égratigne pas que Fortis

Il n’y a pas que le groupe Fortis à en prendre pour son grade dans le rapport préliminaire des experts de la commission parlementaire sur la crise financière (Le Soir du 15/4). Cet épais document, vaste synthèse des auditions qui ont vu les patrons, ex-patrons, autorités financières et ministres défiler devant les députés, est certes critique envers Fortis, « incapable d’avoir une vue claire sur ses besoins de liquidité à plus de trois jours ? ». Mais il n’épargne pas les autres grands acteurs financiers belges, si ce n’est KBC, dont les experts pointent « l’attitude extrêmement défensive » en matière de gestion des risques.

La liquidité ne fut pas seulement le drame de Fortis mais bien « l’élément majeur » de la crise qui a secoué la Belgique financière, dit le rapport. « Alors que toutes nos banques affichaient des ratios satisfaisants en termes de solvabilité (…), on ne s’est vraiment soucié que très tard de la liquidité », résument les experts, ajoutant que « personne n’aurait imaginé que les banques en viendraient à ne plus se faire confiance au point de ne pas se prêter de l’argent, même à une échéance d’un jour. » Désormais pointe le rapport « l’exposition au risque de liquidité fait, on s’en est rendu compte dans la douleur, partie intégrante du modèle de fonctionnement d’une banque ».

Au-delà, le rapport affirme que c’est « l’exigence de rendements élevés qui a poussé les banques à prendre des risques démesurés et mal contrôlés. Tant du côté du management que des actionnaires, la focalisation sur le rendement a conduit les banques à sortir de leur manière traditionnelle de fonctionner », pour foncer tête baissée dans des produits complexes tels les crédits structurés, « prétendument sans risque ».

Les experts relèvent un autre risque mal apprécié par les dirigeants de banques : le risque d’information. « Des rapports très positifs et peu transparents de la part des banques ont parfois eu comme conséquence des pertes importantes de confiance. Il s’agira à l’avenir d’insister sur la transparence des informations fournies aux marchés de la part des banques. »

N’était-ce pas là le rôle des autorités de contrôle, de la Commission bancaire, financière et des assurances (CBFA) en particulier ? Sans doute mais « l’éloignement entre le contrôleur et certaines informations (risques effectifs logés dans les filiales étrangères, risques liés à certains produits complexes…) » n’a pas aidé. En outre, « les choix stratégiques pris par les institutions financières ne doivent pas être légalement soumis à l’accord préalable de la CBFA, ce qui l’empêche de s’(y) opposer », dit le rapport.

Sur le « cas Dexia », les experts relèvent plusieurs problèmes propres à la maison. « L’instabilité de la structure du groupe » d’abord, modifiée quatre fois en trois ans, avec pour conséquence « l’impression donnée aux autorités de contrôle que le CEO (Axel Miller, remercié début octobre, NDLR) n’était pas systématiquement au courant des décisions stratégiques qui étaient prises au sein du groupe ». Ensuite, une « exposition significative » de 6,6 milliards d’euros aux crédits subprime (malgré l’affirmation du contraire), notamment via la filiale américaine FSA, laquelle a encore gonflé ses positions fin 2007, en pleine crise. Circonstance aggravante, les méthodes d’évaluation de FSA sur ses portefeuilles « n’étaient pas revues par le service de validation interne de Dexia »

Le rapport des experts a encore des mots durs à l’égard de l’assureur Ethias, s’appuyant sur les conclusions des inspections menées par la Commission bancaire et financière : couverture insuffisante de la marge de solvabilité, « culture assez modeste des dirigeants d’entreprise en ce qui concerne la bonne et moderne gouvernance », structure « très complexe », gestion des risques non précisée…

GERARD,PAUL
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