Herman au pays du Hezbollah

Diplomatie Le Premier ministre rend visite aux Casques bleus belges au Liban
Malgré les forces de l’ONU, le Parti de Dieu se réarme. Van Rompuy ne voit d’issue que dans la solution du problème palestinien.

Beyrouth

De notre envoyé spécial

Herman Van Rompuy a déjà participé à trois sommets européens et à un sommet de l’Otan. Mais, cette semaine, il s’est jeté dans la grande profondeur. Depuis mercredi soir, en effet, il est en visite au Liban, un petit pays où résonnent – quelquefois avec fracas – les énormes enjeux du Moyen-Orient. Dès son arrivée à Beyrouth, le Premier ministre a annoncé qu’il avait l’intention de prolonger la mission des Casques bleus belges au Liban jusqu’à la fin 2010.

Le Liban est comme la Belgique : « C’est, notamment, un pays difficile à gérer pour un chef de gouvernement », a affirmé jeudi soir Herman Van Rompuy, à l’issue de son entretien avec son homologue libanais. « Fouad Siniora, nous a-t-il ensuite confié, a parlé d’équilibres internes si délicats au Liban qu’il ne faut pas grand-chose pour perturber tout. On peut remplacer Liban par Belgique… Sauf que nous n’avons jamais eu la violence chez nous, même pas l’idée de la violence… »

Mercredi soir, le Premier ministre avait, en petit comité, donné libre cours à son humour. Le Liban a redécoupé ses circonscriptions électorales ? « Ça, on connaît ! » Les fermes contestées de Chebaa, aux confins du Liban, de la Syrie et d’Israël ? « C’est leur hérisson… » Le dialogue national libanais ? « Là, ils sont plus loin que nous… »

Le Liban, c’est aussi – hélas pour lui – le carrefour de bien des tensions régionales. Hier midi, Herman Van Rompuy a visité le Léopold I, la frégate belge qui commande actuellement la composante maritime de la Finul (la Force des Nations unies au Liban). Objectif premier de la Finul : empêcher l’arrivée illégale d’armes dans le pays. En fait : rendre impossible le réarmement du Hezbollah, le puissant Parti de Dieu (chiite), qui est le fidèle allié de l’Iran, et de la Syrie.

Cet objectif n’a pas été atteint. « Les navires de l’ONU n’ont jamais découvert de cargaison suspecte, expliquait mercredi le Belge Raf De Bode, « numéro deux » de la Finul maritime. Ceci ne signifie pas qu’il n’y a pas de trafic. Mais la plupart des armes n’entrent pas par la mer. Les forces de l’ONU ne contrôlent pas la frontière terrestre entre le Liban et la Syrie… »

« La Finul est un échec total, nous résumait un haut responsable belge. Son résultat n’est même pas passable… »

Herman Van Rompuy veut voir le verre à moitié plein : « La Finul joue un très grand rôle de tampon entre le Hezbollah et Israël, disait-il hier au Soir. Et elle est très efficace contre le trafic d’armes par la mer. Les armes peuvent entrer par d’autres moyens, nous ne nions pas le problème. Tout n’est pas parfait, mais si on n’avait pas eu la marine et ce rôle de tampon, où en serait aujourd’hui le Liban ? »

Le problème, en réalité, tient au fait que le Hezbollah est à présent associé au gouvernement d’union nationale ; et qu’il bénéficie, en tout cas, de nombre de relais dans l’appareil de l’Etat. La donne, cependant, pourrait changer, avec les élections législatives du 7 juin prochain. Eventuellement, d’ailleurs, à l’avantage du Hezbollah.

« Les dirigeants libanais font des efforts gigantesques pour rendre la stabilité à leur pays, poursuivait pour nous, hier soir, Herman Van Rompuy. Ils sont totalement conscients du fait que la stabilité ultime du Liban dépend de la solution du problème arabo-israélien, du problème palestinien. Leurs problèmes ont commencé en grande partie à l’extérieur du pays, et ils les ont importés. » Et l’Iran ? « Il joue aussi un très grand rôle dans tout ça. Le président Obama, en créant un dialogue avec l’Iran, a fait un pas très important. L’Iran doit, d’une manière ou d’une autre, être impliqué dans le processus de paix, parce qu’il joue un rôle dans toute la région, à travers les mouvements islamistes et autres. »

Le Premier ministre belge a évoqué jeudi toutes ces questions de haute stratégie avec ses interlocuteurs libanais, en particulier le président de la République, Michel Sleimane, le chef du gouvernement, Fouad Siniora, et le président du Parlement, Nabih Berri.

Il a toutefois également parlé avec eux de choses plus prosaïques. La Belgique réhabilite l’hôpital de Tebnine, la petite ville du Sud-Liban où sont stationnés ses Casques bleus démineurs. Ayant démonté voici peu son hôpital militaire, elle voudrait accélérer les travaux de l’hôpital civil. Mais elle ne parvient pas à obtenir le permis de bâtir pour le quatrième étage…

LABAKI,MAROUN
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