Deux Belges aux mains des pirates

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Somalie Crise inédite pour la Belgique

Otage depuis samedi, le Pompéi vogue à sept nœuds vers la côte de Somalie. Il devrait toucher terre mercredi. Et après, que fait-on ?

La première alerte, silencieuse, semble avoir été destinée à l’armateur, bientôt suivie par un signal de détresse capté par le Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) de Victoria, aux îles Seychelles. Un signal de détresse, c’est trois fois rien : un message porté sur onde VHF, avec un code précis. En pratique, on ne l’utilise que lorsqu’on est pris en otage… ou lorsqu’on coule. C’est automatique, ce message généré par un simple bouton comporte la position du navire, son profil, le type de menace qui le frappe.

 More...Si ce second message de détresse – dit GMDSS – laissait un quelconque doute aux autorités maritimes, il y eut ensuite l’envoi d’un bref e-mail, tenant en un seul mot : « Piracy » ! A six heures du matin, le doute n’était plus permis : propriété de l’association momentanée de droit belge Pompéi, le bateau belge du même nom venait d’être victime, à quelque 150 kilomètres au nord de Victoria, à plus de 700 kilomètres des côtes somaliennes, d’un acte de piraterie.

A bord, il y a dix hommes : quatre Croates, trois Philippins, un capitaine néerlandais, et deux Belges. Jan Verplanken, 42 ans, habite Ostende et est le premier adjoint du capitaine, ce qu’on appelle un « chief mate ». James Law, 38 ans, vient de Blankenberge et assume les fonctions de second officier.

Depuis samedi à l’aube, ces deux hommes sont un casse-tête pour le gouvernement belge qui n’a aucun moyen d’action directe et immédiate sur le navire. Or l’enjeu est important pour un pays qui, bien que petit, abrite l’une des flottes civiles les plus importantes d’Europe. Que peut faire la Belgique ?

Le navire Pompéi n’a pas commis d’imprudence. Mais par sa structure, il était une cible facile : il s’agit d’un bateau de déversement de rochers, utilisé pour construire des digues, des îles artificielles, etc. Ce sont des bateaux très bas, donc très facile à aborder de force.

Que faisait-il dans cette zone ? Le Pompéi appartient à trois sociétés – les Belges Deme (50 %) et Jan De Nul (25 %), le Français d’Eiffage (25 %) – qui se louent l’un l’autre le bateau, selon les chantiers. Le Pompéi participait pour Jan De Nul à la construction d’une île artificielle à Dubaï lorsque, crise oblige, le chantier a été arrêté. Jan De Nul a pris la décision de livrer le bateau à son nouvel exploitant temporaire, le groupe Deme, qui participe depuis deux ans à des travaux d’approfondissement et d’élargissement du port de Durban, en Afrique du Sud.

Mais sans escorte militaire, comment doubler la Somalie ? Le capitaine opte pour les côtes des Seychelles, aucun grand large d’Afrique n’étant réellement épargné par la piraterie. Malheureusement, pour la première fois, le sort allait frapper un bâtiment belge.

Lorsque la nouvelle d’une possible prise d’otages – et en tout cas une perte de tout contact avec le navire – atteint Bruxelles samedi matin, il est clair que la Belgique ne dispose d’aucun navire militaire dans la zone. Mais deux navires de l’armée française, ainsi qu’un bâtiment espagnol sous commandement européen, ont la possibilité de s’approcher du navire belge, sans pour autant pouvoir intervenir. Sur le pont du navire de guerre espagnol se trouve un hélicoptère qui permettra au gouvernement belge, dans les heures qui suivent, de découvrir des images aériennes du Pompéi. Un navire qui ne se départ plus, dans son sillage, d’une vedette rapide blanche appartenant probablement aux pirates.

Ces images sont transmises au Centre de crise, rue Ducale à Bruxelles, où se réunissent tant samedi que dimanche, le gratin du sécuritaire belge : autour du ministre belge de l’Intérieur Guido De Padt et du Premier ministre Herman Van Rompuy, sont rassemblés les responsables des départements de l’Intérieur, de la Mobilité, des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Ocam (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), des sociétés concernées et, bien sûr, du parquet fédéral. Car la première qualification de la crise est celle d’un acte criminel commis sur un territoire assimilé à la Belgique…

En fin de journée dimanche, malgré une mobilisation parfaite, l’heure n’était pas encore aux pistes de solution : sous contrôle des pirates, le Pompéi avait déjà effectué 270 kilomètres (150 miles) vers les côtes somaliennes où il devrait arriver mercredi. « Différentes options sont envisagées et seront analysées dans les prochains jours », commente le directeur du Centre de crise Jaak Raes, et la situation sera à nouveau abordée très tôt ce lundi, lors d’un Conseil des ministres restreints. Le port dans lequel accostera le Pompéi donnera une première indication quant au profil des ravisseurs et de leur commanditaire.

ALAIN LALLEMAND (avec J.-F. M.)

Le portfolio : Les pirates sont de retour : le pompei

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