Fernand Verhesen, créateur et initiateur

Littérature Le poète est mort à 95 ans

L’un des doyens des lettres belges, et certainement l’une de ses consciences majeures : tel apparaît le poète et essayiste Fernand Verhesen, qui vient de mourir à l’âge de 95 ans. Son autorité de grand intellectuel laisse un vide indéniable. Malgré la maladie, il était resté d’une exceptionnelle vigilance, persévérant dans son attention aux mouvements des idées et des formes. Son activité, il l’avait exercée en écrivain, traducteur, critique, enseignant, et à l’Académie de langue et de littérature, à laquelle il était très dévoué.

Le grand choc de sa vie avait été la découverte du monde hispanique, lors d’un long séjour à Madrid au terme de ses études de romaniste. Il se penche sur l’œuvre de Calderon, sur la poésie de Lope de Vega et entame une véritable croisade de révélation de la poésie espagnole et latino-américaine, à la fois comme professeur (il occupe une chaire de langue et de littérature espagnole à l’ULB de 1938 à 1948) et comme traducteur des plus grands (Vallejo, Huidobro, Paz, Juarroz, Guillen) encore largement méconnus à l’époque, qu’il commente abondamment dans des analyses qu’il rassemblera en 1994 sous le titre Propositions.

Il mesure l’urgence d’un institut de recherche et de documentation : ce sera le Centre international d’études poétiques qu’il fonde en 1954, et accompagnera de son irremplaçable Courrier dès 1955, une des plus brillantes revues de réflexion littéraire de francophonie.

Sa pénétration critique, qui fait école (on songe à Frans de Haes, Eric Brogniet ou Pierre-Yves Soucy, qui ont poursuivi son œuvre à la fois de créateur et d’exégète), il ne la doit pas seulement à sa culture et à son intelligence d’analyste, mais à sa propre puissance poétique, à l’instar de Henri Meschonnic, le poète et penseur français récemment disparu.

Dès ses premiers recueils publiés dans la trentaine (Le Temps caché, Le Jour naturel), il impose une écriture méditative certes, mais d’une rare confiance portée par la lucidité. Cela prendra avec Franchir la nuit, en 1970, une envergure et une densité qui font de lui une figure-clé de tout ce pan de la poésie de nos contrées, illustrée aussi par Philippe Jones, Werner Lambersy ou Serge Meurant (souvent publiés à l’enseigne du Cormier, la maison dont il était l’animateur), où l’exigence intellectuelle n’exclut pas l’« amoureuse immanence ».

DE DECKER,JACQUES
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