Bernard Haller, le mélancomique

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Humour Le comédien suisse s’est éteint, ce vendredi, à 75 ans

L’artiste pluridisciplinaire et roi de l’absurde Bernard Haller est décédé vendredi à Genève à l’âge de 75 ans. Son agent Sylvie Dupuis a précisé à l’agence de presse AFP que sa mort a été causée à la suite de problèmes pulmonaires. Il y a plus de 25 ans, l’auteur de ces lignes alors apprenti journaliste avait abordé l’humoriste après un one-man-show acide et parfois méchant au bar de la Maison de la culture à Tournai. Bernard Haller était seul, sans doute pris d’un blues d’après-spectacle, une « petite mort » que connaissent les comédiens au sortir de scène. Plutôt ravi de papoter un peu, celui qui s’est illustré au cinéma, à la télévision et au théâtre s’était montré un interlocuteur charmant.

Et lorsque nous lui avions demandé s’il pouvait illustrer quelques sentiments (la tristesse, la peur, le bonheur, l’angoisse…) pour quelques photos, l’auteur du fameux et désopilant sketch du « Concasseur du cacao » avait fait la démonstration de l’élasticité de son visage. Visage aux faux airs de Buster Keaton, éclairé par une paire d’yeux polissonne derrière laquelle se cachait un océan de mélancolie, d’anxiété et de doute, Bernard Haller partageait avec Pierre Desproges la célèbre maxime de Monsieur Cyclopède : « On peut rire de tout mais pas avec tout le monde. »

Observateur du genre humain

C’est parce que sa maman ne voulait pas qu’il devienne comédien que le jeune Bernard entame des études de droit, de vétérinaire et de gemmologie. Le désir de brûler les planches étant plus fort que tout, Haller débute à Paris comme humoriste, à L’Ecluse, un petit cabaret. Débarqué de sa Suisse natale, le jeune homme arpente les planches plusieurs fois par soirée entre 22 et 2 h du mat.

Dans les années 60, on croise sa fameuse trombine au cinéma dans des rôles secondaires. Mais c’est vraiment en 1971, avec son spectacle Et Alors qu’il s’illustre comme un humoriste brillant et tient la dragée haute aux Guy Bedos ou Raymond Devos. Acteur doué qui n’aura jamais, c’est sans doute son plus grand regret, trouvé des rôles à la mesure de son ambition – fut de l’aventure Les Charlots – Bernard Haller a pourtant tourné avec Gérard Oury (La soif de l’or), Nagisa Oshima (Max mon amour) et même récemment avec Jean-Jacques Annaud (Caractos, le divin).

On retiendra surtout ses sketchs où cet observateur du genre humain assumait sa schizophrénie en passant du sociologue dans « Le piston », au fin observateur dans « Le concertiste » ou au cartoonesque dans « L’escalier », certains étant écrits par Pierre Etaix ou Jean-Claude Carrère. « Si je devais choisir une épitaphe, déclarait-il récemment, je demanderai qu’on écrive : “A bientôt les enfants !” » Ah oui, Bernard Haller était aussi la voix de Pollux dans Le manège enchanté. Triste aujourd’hui.

MANCHE,PHILIPPE
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