Ping An dit « non » mais pèse moins

Banque Le premier actionnaire de Fortis refuse toujours la solution française

POur l’AG de FORTIs de ce mardi, un quart du capital s’est inscrit. C’est plus qu’en février et cela réduit le poids chinois.

Ce n’est pas le moins piquant dans cette affaire : le plus sûr soutien des Modrikamen, Deminor ou autres tenants d’une Fortis indépendante et restant belge, est basé à plus de 10.000 kilomètres de Bruxelles et parle chinois.

Alors qu’en Belgique, rares sont les pointures financières à s’afficher ouvertement contre la vente de 75 % de Fortis Banque (+25 % de Fortis Insurance Belgium) à BNP Paribas, Ping An, premier actionnaire de la holding Fortis avec près de 5 % du capital, a sorti ce dimanche un communiqué bref mais limpide. « Ping An a l’intention de voter contre le projet avec BNP Paribas, entame le groupe d’assurance qui a pris un bouillon monumental en investissant massivement dans le groupe de la rue Royale fin 2007, peu avant que s’enclenche la chute de la maison Fortis. Nous pensons que le démantèlement de Fortis, qui n’a pas été approuvé par les actionnaires, viole les règles de gouvernance et détruit la valeur pour l’actionnaire. D’autres solutions crédibles et viables existent et devraient être prises en compte, dans l’intérêt de toutes les parties. De telles solutions pourraient maximiser les bénéfices des clients et des employés de Fortis, ainsi que de la société dans laquelle le groupe opère. »

Dans le camp du « stand alone », on boit du petit-lait. La déclaration chinoise, de loin le meilleur atout du camp du « non », tombe très tard mais relance le suspense. Si Ping An avait annoncé un vote favorable, la messe était dite et Fortis Banque devenait à coup sûr française. Mais avec ce « non » redoublé, après celui du 11 février qui avait pesé très lourd lors du vote précédent, le camp du « non » conserve ses chances.

En refusant la vente à BNP Paribas, Ping An pose aussi un geste tactique et maintient toutes les portes ouvertes pour la suite, que ce soit pour d’éventuelles actions en justice ou de nouvelles négociations d’Etat à Etat. Un « oui » à la solution française aurait barré la route à ces perspectives.

L’énigme Ping An étant levée, reste à savoir quelles seront les forces en présence ces mardi et mercredi, jours d’assemblée générale chez Fortis Holding, à Gand d’abord (les palais du Heysel à Bruxelles n’étaient pas libres) puis aux Pays-Bas.

Lors du vote précédent le 11 février, jour du « non » à BNP Paribas, le capital présent ou représenté n’avait pas dépassé les 20 %, dans la moyenne historique des assemblées du groupe. Mais il faut rappeler que la justice avait alors restreint l’accès au vote, n’autorisant à se prononcer que les actionnaires qui détenaient leurs titres au 14 octobre 2008, dans le but d’écarter les nouveaux venus, non concernés par la chute du cours de Fortis.

Cette fois, la donne est différente : le vote est ouvert à tous, du moins à ceux qui auront déposé leurs titres avant jeudi dernier 19 h, comme le veut la procédure belge de blocage des titres (cette disposition n’a pas d’équivalent aux Pays-Bas). Selon nos informations, le nombre d’actions déposées tourne autour des 600 millions, sur un total de 2,5 milliards, ce qui donne un taux de présence proche de 25 %. C’est 5 % de plus que la dernière fois. Autrement dit, Ping An pèse toujours lourd dans la balance mais moins : les Chinois pesaient un quart des voix, ils en valent désormais un cinquième.

Combien, parmi les 5 % de voix supplémentaires, se sont inscrits pour soutenir BNP Paribas, sinon à la demande de cette dernière ? L’issue du vote est dans la réponse à cette question. Pour rappel, le cabinet de conseil en votes RiskMetrics, consulté par les investisseurs institutionnels, a pour sa part renouvelé sa recommandation de voter « oui » à BNP Paribas.

À noter encore, Fortis Holding, BNP Paribas et l’Etat belge ont annoncé ce dimanche avoir trouvé un accord pour le financement de la structure censée isoler 19,3 milliards d’euros de crédits les plus risqués chez Fortis Banque, comme l’a exigé la banque française. Comme nous l’annonçait récemment son patron, Baudouin Prot, l’accord prévoit un financement basé sur le court terme et à taux faibles. Ultime message pour tenter de rallier les indécis.

GERARD,PAUL
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