L’étudiant de demain sera européen

Enseignement supérieur Le processus de Bologne est relancé pour dix ans

En lançant à Bologne, en 1999, le processus d’harmonisation des études supérieures sur le Vieux Continent, les pays signataires voulaient (notamment) rendre les universités européennes plus concurrentielles vis-à-vis de leurs cousines américaines. Dix ans plus tard, c’est en bonne voie. Mais l’Europe veut aller plus loin dans le distinguo : la cinquième conférence ministérielle de suivi de Bologne, qui s’est achevée mercredi à Louvain-la-Neuve, a dessiné les contours d’un modèle résolument plus social que celui qui prévaut outre-Atlantique, où l’université reste réservée à l’élite.

Démocratisation de l’accès aux études, investissement public dans l’enseignement supérieur érigé au rang de priorité absolue, élaboration de systèmes de classement des universités qui intègrent des critères sociaux… Les 46 pays signataires ont non seulement fait le choix d’approfondir le processus de Bologne pendant les 10 prochaines années, ils se sont fixés de nouveaux objectifs qui tiennent comptent des craintes exprimées par les étudiants.

Ceux-ci ont encore été quelques centaines à manifester, en marge du sommet, contre toute velléité de marchandisation de l’enseignement supérieur.

1Premier enjeu : un accès équitable à l’enseignement

« Tous les étudiants doivent avoir les mêmes chances de bénéficier d’un enseignement supérieur de qualité », ont affirmé les ministres réunis à Louvain-la-neuve. La déclaration finale du sommet, qui énumère les objectifs à atteindre à l’horizon 2020, se veut particulièrement explicite. Chaque pays devra « établir des objectifs mesurables pour élargir la participation globale et augmenter celle des groupes sous-représentés dans l’enseignement supérieur. Cela implique d’améliorer l’environnement de formation, de faire sauter les barrières aux études et de créer les conditions économiques adéquates », dit le texte. Soulignant que le financement de l’enseignement est une responsabilité publique et « reste la principale priorité ».

Comme l’on fait remarquer plusieurs participants, un tel engagement n’était pas acquis quand on connaît la diversité des opinions politiques qui coexistent à la tête des gouvernements européens… Belges francophones et flamands furent de ceux qui pesèrent pour imposer cette vision plus sociale.

2Deuxième enjeu : la mobilité pour 20 % des étudiants

Là encore, la déclaration est engagée. « La mobilité doit être la marque distinctive de l’espace européen de l’enseignement supérieur ». Elle doit concerner les étudiants, les jeunes chercheurs, le personnel enseignant. La « déclaration de Louvain » fixe l’objectif d’atteindre d’ici 2020 au moins 20 % de diplômés ayant bénéficié d’une période d’étude à l’étranger. Ce taux est actuellement de 11 % dans l’UE et de 10 % en Communauté française.

Pour arriver à le doubler, « Bologne 2 » encourage la mise en œuvre de diplômes et de programmes communs entre institutions, une politique résolue de financement et un assouplissement des réglementations sur les visas et les pays de travail. Les universités belges n’ont pas perdu de temps pour nouer d’intenses coopérations internationales, mais à ce stade, la possibilité d’obtenir un diplôme conjoint délivré par une université francophone et une autre européenne est quasi inexistante. « C’est un domaine où nous allons avancer », affirme la ministre Marie-Dominique Simonet (CDH).

3Troisième enjeu : une formation centrée sur l’étudiant

Optimiser les talents et les capacités de tous les citoyens pour relever le défi de l’innovation et de l’emploi : c’est le troisième objectif affiché à Louvain. D’où l’exhortation lancée aux pays adhérents pour évoluer vers un système de « formation tout au long de la vie » caractérisé par une réelle souplesse dans les parcours étudiants, une plus grande personnalisation des programmes et une meilleure interaction avec les parcours professionnels.

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Commentaire

La déclaration de Louvain, dont les lignes de force n’étaient pas acquises il y a quelques mois, ressemble à un catalogue d’excellentes intentions. La moindre n’est pas sa dimension sociale, renforcée pour répondre aux inquiétudes des étudiants. Mais comment s’assurer que cet engagement ne reste pas un vœu pieux ? Si les étudiants contestataires ont tendance à noircir le tableau de la prétendue « marchandisation de l’enseignement », ils ont cependant raison de réclamer un accès équitable pour tous à des études de qualité. Car dix ans après le lancement du processus de Bologne, cet objectif originel est loin d’être acquis.

En Communauté française, notamment, les efforts entrepris par le gouvernement sont réels mais très insuffisants, impécuniosité oblige. Ou manque de volonté politique.

Mais il ne sert à rien de garantir l’accès à tous si rien n’est fait pour promouvoir la réussite de tous.

L’échec et le redoublement dans l’enseignement supérieur francophone atteignent toujours des taux records. Là aussi, le gouvernement sortant et la ministre Simonet ont fait un effort, mais si timide. Et que dire de l’impréparation offerte aux futurs étudiants par l’enseignement secondaire…

Le processus de Bologne recèle cependant une immense vertu : il pousse les gouvernements à se dépasser et stimule l’échange de bons procédés. A cet égard, le concept d’« apprentissage tout au long de la vie », promu à Louvain, offre de formidables perspectives. Il permettra à chacun d’étudier à son rythme et selon ses besoins, tout en valoriser les acquis de son expérience professionnelle.

Fortes d’un énorme travail d’adaptation des programmes, nos universités sont prêtes à s’engouffrer dans cette voie. Reste à nos dirigeants politiques à leur paver la voie. Simple question de vision.

BERKENBAUM,PHILIPPE
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