Politique Le gouvernement Van Rompuy est confronté à la récession

La Belgique en récession ? Rue de la Loi, la nouvelle est accueillie sans émotion apparente. Le Premier ministre étant à Varsovie pour un rassemblement du PPE, pas de communication officielle pour rassurer le citoyen. La situation ne le justifierait-elle pas ? « Herman Van Rompuy a déjà dit que nous traversons la plus grosse crise depuis la Deuxième guerre mondiale, souligne son porte-parole. Nous en sommes parfaitement conscients. Et nous faisons tout ce que nous pouvons. » Parmi les autres membres du gouvernement, point trop de commentaires non plus. Est-ce à dire que la coalition fédérale ne met pas toutes ses compétences au service de la lutte contre la crise ? La réalité est plus nuancée.

1Des efforts ont déjà été faits. « Nous avons adopté un plan de relance, pour tenter de limiter au maximum les effets de la crise pour le citoyen », pointe Melchior Wathelet, secrétaire d’Etat au Budget (CDH). Même réaction au cabinet de la vice-Première socialiste, Laurette Onkelinx. « Beaucoup de mesures doivent encore pleinement se réaliser. Mais, selon nous, il faut d’abord tout mettre en œuvre, puis mesurer les résultats. Et alors seulement voir s’il y a lieu d’en faire davantage. » « Les dispositions relatives au chômage temporaire des employés sont déjà une réponse supplémentaire », souligne-t-on rue de la Loi (lire page 4)

2 Le budget ne suit pas N’empêche, même si Herman Van Rompuy se félicite d’avoir pu mobiliser (tous niveaux de pouvoir confondus) 0,9 % du PIB pour l’effort de relance, on est loin de la mobilisation massive d’argent public, telle qu’opérée aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en France. C’est d’ailleurs pour cela que le successeur d’Yves Leterme se refuse à parler de « plan » de relance, préférant évoquer des « mesures » (plus modestes) de relance. « Ce serait de la folie d’en faire davantage, vu le contexte budgétaire », insiste Melchior Wathelet. Qui pointe par ailleurs le côté « très changeant » des prévisions économiques et le côté « ouvert » de l’économie belge. Qui rendrait inopérantes certaines mesures prises à l’étranger, comme la prime à la casse. « Si nous n’en faisons pas davantage, c’est pour ne pas dépenser davantage, a pour sa part précisé Herman Van Rompuy, lundi à la Chambre. L’immobilisme apparent procède en fait d’une politique prudente et raisonnable. »

3 La majorité n’est pas unie Certes, la rue de la Loi s’est apaisée, depuis qu’Herman Van Rompuy s’y est installé. Mais les tensions n’ont guère disparu. Bien au contraire. Le clivage gauche-droite imprime sa ligne dans de nombreux dossiers. Plus d’un ministre ne manque pas de souligner, en coulisses, que la majorité des discussions, en gouvernement, prennent vite un tour idéologique. Et se concluent sur un profond désaccord.

Un manque de cohésion qui risque bien de s’aggraver, d’ici au 7 juin. Parce qu’immanquablement, les dossiers communautaires finiront par resurgir sur la scène électorale, divisant Nord et Sud. Mais surtout parce que la campagne, côté francophone, devait donner lieu à un sérieux affrontement entre PS et MR. Or, ces deux-là revisiteront avec un intérêt électoral d’autant plus évident les clivages gauche/droite que la crise socio-économique dominera la campagne. C’est sûr, dès le 1er mai, on reparlera de la « crise libérale » et de la « Wallonie soviétique ». Comment, dans ces circonstances, Laurette Onkelinx et Didier Reynders pourraient-ils s’entendre sur de nouvelles mesures de relance ? « Avant les élections, on ne décidera plus rien », confirme un membre du gouvernement. Ce ne sont pourtant pas les idées qui manquent : le MR veut la réduction de la TVA dans l’horeca, le PS songe à des mesures pour le pouvoir d’achat. « Ce serait ouvrir la boîte de Pandore, cela coûterait très cher, pour un effet incertain », commente un ministre. « Il faudrait quelque chose pour chaque parti, qu’il puisse aller vendre à son électorat. Inimaginable », soupire un autre. Du reste, la relance passe,

aussi, fédéralisme oblige, par les Régions. Or, les gouvernements Demotte, Peeters et Picqué vivent leurs derniers jours. Impossible, dans ces conditions, de leur demander d’imaginer de nouvelles mesures.

4 L’arbitre est prudent Herman Van Rompuy a hérité d’une coalition dont il ne connaît que trop le manque total de cohésion. Jusqu’à présent, il a réussi à éviter les pièges dans lesquels Yves Leterme tombait. Mais ce calme a un prix : la non-décision. Sur tous les dossiers qui fâchent (les sans-papiers, le nucléaire, BHV…), le Premier ministre a donné rendez-vous au-delà des élections de juin. La règle vaut, aussi, pour la relance. Et puis aussi, voire surtout, le CD&V est un ardent défenseur de l’orthodoxie budgétaire. Dès juillet et la confection du budget 2010, sa priorité ira à l’exécution d’un programme de stabilité. Objectif : ramener le budget à l’équilibre à l’horizon 2015. Une façon de lutter contre la récession qui n’exclut peut-être pas des mesures de relance. A négocier…

Véronique Lamquin

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