Un ultime sursis pour Tom Boonen

Quick Step Les dirigeants de l’équipe n’ont pas licencié leur coureur vedette

C’était sans doute la meilleure décision, la plus sage, la plus humaine, en concordance intellectuelle avec ce que Frans De Cock, le plus fidèle mandataire d’Unilin (la maison mère de Quick Step) avait annoncé lundi en journée. Comme l’année dernière, dans des circonstances semblables, il avait précisé qu’il souhaitait défendre à tout prix Tom Boonen, « comme n’importe quel collaborateur ». Vingt-quatre heures après avoir précisé qu’il ne souhaitait pas défendre la position de son équipe et encore moins celle de son coureur face aux responsables d’Amaury Sport Organisation (ASO), les patrons du Tour de France, l’opinion contrastée de Frans De Cock pouvait apparaître brouillonne, voire contradictoire, mais à bien y réfléchir, son attitude respire la lucidité, voire une solide clairvoyance.

Après avoir décrété une suspension provisoire afin de se donner le temps d’évaluer la situation et de réfléchir à la meilleure décision, Quick Step s’est retrouvé face au même problème qu’en 2008 : la gestion de l’impact commercial énorme de son employé, Tom Boonen. Une valeur marchande que le responsable du marketing, Filip Careyn, estime à un million d’euros ! Il ne faut donc pas posséder une maîtrise en mathématiques pour mesurer le poids de Boonen dans cette équipe pour laquelle 60 employés sont rémunérés à temps plein. Ce n’est pas rien. Mais cela justifiait-il un deuxième pardon d’affilée au mépris de la moralité présumée et de mensonges répétés ?

Car, lundi, De Morgen a révélé que le 15 novembre 2007, le coureur avait subi un contrôle positif à la cocaïne et, cette fois-là, le contrôle n’avait pas été diligenté par la Communauté flamande mais par l’Union cycliste internationale (UCI) elle-même. Cela se passait en Suisse, à Bâle et c’était, comme dans les deux cas postérieurs, « hors compétition ». C’est pour cela que l’UCI n’a pas publié l’information mais elle a forcément contacté le coureur et son équipe pour les prévenir. Mieux, un an plus tard, notre confrère Hans Vandeweghe (De Morgen), qui avait eu donc vent de ce contrôle en Suisse avait obtenu les confidences de Boonen à ce propos. Une confession à cœur ouvert où l’Anversois avouait avoir pris de la coke « à usage récréatif ». Il ajouta aussi qu’« il était aussi simple de se procurer de la cocaïne qu’une simple tasse de café et que cette addiction touchait toutes les classes sociales, des jeunes et moins jeunes. J’ai joué avec le feu, je ne le ferai plus », concluait l’interview qui ne sera jamais publiée sur ordre de ses avocats, lesquels craignaient que ces aveux tardifs ne lui jouent un mauvais tour.

Boonen a donc joué trois fois avec le feu et avec ce feu-là, cela fait beaucoup en moins de 24 mois. Hier soir, Quick Step a donc décidé de son sort et en dépit d’une récidive qui s’est chaque fois située dans une période dite de « décompression », son employeur ne l’a pas licencié. À charge pour les deux parties de trouver une solution immédiate pour soigner le coureur de son intoxication. « Ce qu’il a fait relève de la vie privée et je ne m’occupe pas du privé de mes collaborateurs, a précisé De Cock. Tom n’a aucune obligation envers le public, il n’est pas élu politiquement, que je sache. » Une solution intermédiaire a été choisie sous forme d’une suspension provisoire prolongée jusqu’à nouvel ordre, soit le temps, certainement, de soigner le principal intéressé. Humainement, cette décision est exceptionnelle, elle situe l’intense relation entre employé et employeurs.

L’Anversois n’est cependant pas près de remonter sur un vélo. Son équipe lui offre un dernier sursis professionnel mais avant de le saisir, il devra se soigner longtemps (on parle d’un an) et rendre des comptes (tests urinaires et capillaires entre autres) !

THIRION,STEPHANE
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