Le Congrès et les Gandhi triomphent encore

Inde Rahul Ghandi, 39 ans, est aux portes du pouvoir, sur les pas de son père, Rajiv, et de sa grand-mère, Indira

New Delhi

De notre correspondante

Sur Akhbar Road, à New Delhi, la température dépasse les 40 degrés et les feux d’artifice sont joyeusement tirés devant le siège du Parti du Congrès. Les militants célèbrent la large victoire de leur parti, désormais maître de l’Inde. Annoncée dès samedi, la performance a créé un effet de surprise tant les sondages avaient prédit des scores serrés et fragmentés. Mais après un mois de marathon électoral et la participation de 60 % des 714 millions de votants, le Congrès a réussi à rafler à lui seul 200 sièges sur les 543 que compte le Parlement. Soit son meilleur résultat depuis 1991 ! Quant à son Alliance progressiste unie (UPA), elle atteint les 261 sièges. Elle devrait finaliser une solide majorité avec le soutien supplémentaire de quelques partis régionaux. Cette coalition sera conduite par Manmohan Singh, qui renouvelle son mandat de Premier ministre, et cela sous les bons auspices de Sonia Gandhi, présidente du Congrès.

L’Inde affirme une continuité politique née au lendemain de son indépendance. Soixante-deux ans plus tard, le destin de la plus grande démocratie du monde reste ainsi lié à un parti, le Congrès, et une famille, les Nehru-Gandhi. Et dessine déjà son futur à travers le rôle décisif du fils de Sonia Gandhi, Rahul, un jeune élu de 39 ans qui pourrait être appelé au sein du cabinet ministériel. Descendant de trois ex-Premiers ministres, Rahul Gandhi a en effet gagné ses galons de politicien au cours de la campagne. Il est désormais perçu comme le successeur possible de M. Singh, âgé quant à lui de 76 ans.

Selon les analystes, le vote des Indiens exprime le choix de la stabilité. « Les électeurs ont fermement indiqué leur préférence pour un gouvernement stable », commente Harish Kare dans The Hindu. Car le Congrès, parti de centre-gauche, se veut le représentant de toutes les castes et les religions de l’Inde. Bien que les minorités aient aussi été ciblées à plusieurs reprises sous ses mandats. Mais les tensions entre les communautés religieuses, principalement les hindous et les musulmans (13,5 % de la population), s’étaient exacerbées sous le gouvernement des nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP), qui dû céder sa place au Congrès lors des élections de 2004.

Débarrassé des communistes

A présent, le Congrès devrait avoir les mains plus libres pour mener un deuxième mandat consécutif. Il s’est en effet débarrassé de sa dépendance à ses ex-alliés communistes qui, de leurs côtés, font face à leur plus sévère revers en perdant de traditionnels bastions. L’été dernier, ces derniers avaient déjà retiré leur soutien au Congrès en raison de leur opposition à un accord avec les USA dans le nucléaire civil.

Au succès du Congrès correspond la cuisante déroute du BJP de Lal Krishna Advani. Avec ses alliées, ce parti n’obtient que 159 sièges. Le traumatisme laissé par les attentats de Bombay de novembre dernier (174 morts) n’aura pas poussé l’électorat hindou à se replier vers un vote identitaire. Et l’idéologie pro-hindoue ne réussit plus à s’inscrire au-delà de sa spectaculaire percée politique lancée dans les années 90.

Au sein du nouveau gouvernement, qui se réunira le 2 juin, le Congrès va certes devoir faire face à d’énormes enjeux et prouver ses capacités. A commencer par l’impact de la crise économique, la pauvreté rampante et les insurrections internes. A cela s’ajoutent les assauts des commandos islamistes basés au Pakistan, les impacts de la guerre sanglante au Sri Lanka, et la fragilité du Népal et du Bangladesh…

DOUGNAC,VANESSA
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.