Magritte vous salue bien

Accessible au public dès le 2 juin, le Musée Magritte vient d’être officiellement inauguré avec tous les honneurs qui reviennent au costume trois pièces de l’art moderne. Quelque 2500 m2 d’exposition, la plus grande collection au monde d’œuvres sur tous supports (peintures, gouaches, photos, films, objets), une belle réussite et un formidable cadeau à Bruxelles qui devrait accueillir quelque 700.000 visiteurs par an avec toutes les implications économiques que cela représente pour la ville et le musée principal. On a d’ailleurs déjà engagé un guide japonais !

Une inauguration où l’enchantement était unanime même si quelques esprits chagrins, plutôt du nord du pays, se demandaient s’il était bien normal que les fameuses citations de Magritte, dans leur présentation mallarméenne, triomphent en français aux cimaises, la traduction flamande étant bien présente mais en format réduit. Outre que Magritte n’aurait jamais pu, ni voulu les écrire autrement, on ne pouvait tout de même pas, sur les murs, passer du flamand au français comme dans la conférence de presse officielle où l’espéranto fédéral ahurit toujours le public étranger.

Quelques autres reprochaient au musée son allure de « catafalque », les couleurs sombres des cimaises dont l’effet premier, pourtant, met superbement les peintures en valeur. De la contrainte d’un bâtiment tout en fenêtres, offrant peu d’espace d’exposition au départ, justifiant ces faux murs qui occultent les fenêtres et cachent l’appareillage technique, Michel Draguet et son scénographe, Winston Spriet, ont tiré un parti surprenant. Nous sommes bien dans l’antre du mystère, dans ce « cerveau de l’enfant » qui a toute sa vertu d’étonnement, où les images apparaissent comme des illuminations parfois fulgurantes – pas toujours –, des poèmes plastiques posant des questions philosophiques essentielles.

Très rigoureusement articulé, limpide et sobre dans sa structure, c’est un musée à coins et à recoins, parfois magiques comme celui qui accueille les deux versions de L’Empire des Lumières, un huis clos à échelle humaine où il fait sombre et clair à la fois comme dans le tableau lui-même. Un musée monographique, atypique, qui nous change des boîtes rectangulaires, blanches et lumineuses dévolues à l’art contemporain bâties sur le même moule.

Les trois premiers niveaux accueillent l’œuvre dans un ordre chronologique constamment rompu par la présence des inscriptions, des écrans, des tracts, des manifestes et revues qui introduisent la présence des complices de Magritte et rappellent les fameuses séances du groupe belge. A chaque niveau, une immense photographie de Magritte le situe dans l’époque ciblée.

Complexité d’une pensée, diversions, et pourtant, au terme de la visite, une impression de grande lisibilité. Un vrai tour de force. Un seul bémol : les sculptures qui n’ajoutent rien. Magritte était multiple mais en aucun cas, il n’était sculpteur et ses images coulées dans le bronze sont superfétatoires, presque risibles.

D’étage en étage, de Magritte en Magritte

Niveau 3. C’est là que la visite débute avec « La conquête du surréalisme : 1898-1929 ». On y découvre les premiers tableaux de l’artiste. Des vitrines qui accueillent des lettres, des dessins ou des objets divisent les salles en alcôves. Chacune d’elles aborde un thème spécifique. Les textes présents sans être prépondérants disent à quel point, Magritte mis à part, le surréalisme belge fut une entreprise littéraire. Ainsi évolue-t-on des débuts du surréalisme avec les travaux publicitaires, les tableaux cubo-futuristes, les premières icônes surréalistes comme ce formidable Joueur secret de 1927 si riche en enseignement pour l’œuvre avenir et les premiers tableaux mots.

Niveau 2. « L’échappée belle : 1930-1950 ». Période faste entre toutes avec Le Retour, L’Ile au trésor, la Saveur des larmes, la prodigieuse Magie noire, la période Renoir et la période Vache, où le rythme de l’accrochage évoque avec quelle frénésie et à quelle vitesse, Magritte accoucha des 39 tableaux de cette période.

Niveau 1. « Le mystère à l’ouvrage : 1951-1967 ». Les temps forts. On y voit quelques-uns de ses plus grands chefs-d’œuvre, dont L’Empire des lumières ’L’oiseau de ciel, La Mémoire, Shéhérazade.

Niveau -1. Bookshop, salle de projection avec des films amateurs réalisés par Magritte.

Niveau -2. L’accès principal. On entre dans le Musée Magritte via l’entrée des Musées royaux des beaux-arts, rue de la Régence. La cafétéria.

pratique

Le 30 mai. De 10 à 22 h, journée festive. Place Royale à l’heure de Magritte. Entrée gratuite aux Musées des beaux-arts, Magritte compris. Infos : 02-508.36.81.

Le 2 juin. Le Musée Magritte ouvre ses portes au public, de 10 à 17 h, 20 h le mercredi. Fermé le lundi et certains jours fériés.

Accès. Par le 3, rue de la Régence, 1000 Bruxelles. Pour les groupes par la place Royale.

Tarifs. 8 euros. Réductions. Audioguide à 4 euros.

Infos. 02-508.33.33 ; www.musee-magritte-museum.be

« Le pays des miracles » ou « La tentative de l’impossible »

Texto

Voici le discours de Charly Herscovici, président de la Fondation Magritte, prononcé à l’inauguration du musée.

Il y a beaucoup de points communs entre le Royaume de Belgique et l’Empire des Lumières. Pas seulement l’amour et la pratique du surréalisme. Comme vous le verrez, les titres des tableaux de Magritte ont souvent d’étranges résonances contemporaines. Le temps menaçant par exemple. Ou Le Pays des miracles.

Autre point commun : le Royaume comme l’Empire ne vivent que la nuit. C’est la nuit que le royaume se reconstruit interminablement. On appelle ça le conclave gouvernemental. Ou, pour le dire de façon plus magrittienne, la Traversée difficile. C’est aussi la nuit que Magritte déconstruit le monde. Il a pu appeler ça l’Art de la conversation ou la Tentative de l’impossible.

Au petit jour, survivant aux Epaves de l’ombre, les chefs du royaume et le maître de l’empire arrivent à la même conclusion : c’est le paradoxe qui assure l’avenir de notre monde, de notre vie. Le paradoxe et le mystère.

« Le mystère, a écrit Magritte, est ce qui est nécessaire absolument pour qu’il y ait du réel. » Avis à nos hommes politiques ! Il faut accepter l’addition des contraires, les amours impossibles entre le jour et la nuit, entre littérature et peinture, entre Flamands et francophones ; c’est la Réponse imprévue, qui rend notre monde, notre royaume et son empire plus beaux et plus vivables. Un conseil donc à nos dirigeants : visitez le musée la nuit. Le Musée d’une nuit vous permettra de découvrir La Lumière magique, peut-être même La Lampe philosophique.

Voici encore ce que dit Magritte : « Cette évocation de la nuit et du jour me semble douée du pouvoir de nous surprendre et de nous enchanter. J’appelle ce pouvoir : la poésie. » La poésie, voilà tout le plaisir que nous ouvre ce magnifique musée.

Un musée qui est le résultat magique de talents et d’énergies qui se sont groupés avec enthousiasme au service de l’art et de la culture.

GILLEMON,DANIELE,BELGA

LE PORTFOLIO : Le musée Magritte

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