L’art des 7 à 77 ans

Bande dessinée Le Musée Hergé s’ouvre au public, le 2 juin, à Louvain-la-Neuve

Le Musée Hergé s’ouvre sur une ligne de vie qui traverse l’œuvre, de Totor, l’aventurier sans bulles du Boy-Scout belge, à l’Alph-Art, le Tintin inachevé où Endadinne Akass prophétisait au héros : « Réjouissez-vous, votre cadavre figurera dans un musée ! Et personne ne se doutera jamais que cette œuvre qu’on pourrait intituler “Reporter” constitue la dernière demeure de ce petit Tintin. »

Le mage se trompait. Tintin est bien vivant. Son créateur aussi. Le Musée Hergé leur a ouvert les portes de l’immortalité. Quand Hergé invente Totor, ce n’est pas encore de la bande dessinée. Le récit n’a de l’aveu même de l’auteur « ni queue ni tête ». Avec Tintin, par contre, à l’image des comics américains, le texte et l’image se parlent pour créer un langage nouveau. Et l’aventure artistique peut commencer.

Un voyage sculptural à travers huit salles d’une architecture de mystère et de poésie, révèle pas à pas la multiplicité du talent du fondateur de la bande dessinée moderne. Les originaux des premiers Tintin en noir et blanc montrent combien Hergé est proche parfois du futurisme italien. Son dessin court à la vitesse du télégraphe, de la radio, du ciné, de la télé. Son esprit voyage, arpente le monde avec une puissance onirique qui fait rêver le lecteur. Il a toujours en ligne de mire de produire du neuf, de l’inouï, de l’inédit. C’est un faux classique.

Attendu depuis plus de dix ans, le Musée est une réussite. Hergé disait que les idées doivent mûrir. Ses croquis, ses brouillons, ses crayonnés soulignent combien de recherches, de gommages, de ratures, de doutes, d’énervements il fallait à l’artiste pour aller au bout de l’aventure. Ses héritiers ont suivi le même chemin. Le Musée Hergé est une somme de patience, de peine, de contraintes et de talent.

Les yeux se noient entre la beauté d’une couverture du Lotus bleu, l’émotion des portraits du chat Thaike, ou la réflexion d’un héros oublié de 1939, M. Bellum, qui tague sur un mur « Hitler est un fou ! » La scénographie est touffue, jusqu’à l’élitisme parfois, au point de dérouter.

Illuminée d’un lustre constellé de personnages des albums de Tintin, la plus belle salle est sans doute celle consacrée à la famille du petit reporter : Milou, les Dupondt, la Castafiore, Tournesol, Rastapopoulos, Séraphin Lampion, Abdallah, Nestor, Haddock… Esquisses, bleus de coloriage, crayonnés de planches montrent comment ces héros de papier viennent à la vie. Un autre espace dévoile leurs modèles cinématographiques : Viva Villa pour Alcazar, le Prisonnier de Zenda pour le roi Muskar, l’Ile du Docteur Moreau pour Müller…

La fin du parcours est la plus spectaculaire, avec un sous-marin requin grandeur nature, une expérience holographique dans les bras de Rascar Capac, une séance hallucinée de Supercolor Tryphonar, la télé à maux de têtes du professeur Tournesol.

Tout au long de sa carrière, Hergé a cherché à dépasser les limites du réel, à nous faire passer de l’autre côté du miroir. Son Musée nous entraîne dans cette réalité de son dessin que rien ne peut emprisonner.

COUVREUR,DANIEL

LE PORTFOLIO : Musée Hergé

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