La rupture

Le tournant dans la campagne : à dix jours des élections, Elio Di Rupo rompt avec Didier Reynders et le MR. Pour la dernière édition de « Huis clos » de Johanne Montay, mercredi soir à la RTBF, le débat entre les présidents du PS et du MR a tourné au coup de théâtre quand, d’emblée, le socialiste a placé son attaque : pas question de gouverner en coalition avec le MR en Wallonie ni à Bruxelles ! Cela, quels que soient les résultats des urnes le 7 juin.

Elio Di Rupo appelle à un rassemblement avec Ecolo et le CDH – qui refusaient de réagir hier soir. Et s’est exprimé en ces termes exactement devant son interlocuteur libéral, qui ont la forme d’une déclaration dûment préméditée, empreinte volontairement d’une certaine solennité, pour marquer le coup : « Je veux être extrêmement clair en ma qualité de président du parti socialiste : je ne l’allierai pas avec le MR pour gouverner Bruxelles et la Wallonie. Il y a une alternative : ou bien c’est un rassemblement des progressistes, c’est-à-dire ceux qui veulent vaincre la crise avec une dimension sociale. Ou bien c’est une alliance de droite, avec la régression sociale. Je plaide pour qu’il y ait un rassemblement des progressistes avec le PS comme parti de gauche capable de rassembler toutes ces personnes capables de gouvernement la Wallonie et Bruxelles. »

En face, Didier Reynders, surpris par l’exclusive, ne cille pas. Mais réplique dans un autre registre, avant d’embrayer, finalement dans le ton d’Elio Di Rupo (lire ci-dessous). Se disant « écœuré » d’entendre le président du PS parler de « social » alors qu’il est question surtout, dit-il, de « malversations » et de « mauvaise gouvernance », il a jugé que le PS était « infréquentable »… Au bout d’une vingtaine de minutes d’émission, la rupture était consommée.

Première dans notre paysage politique : des tentatives d’alliances avant les élections, des « appels » dans ce sens, voire des pactes secrets entre partis, sont monnaie courante, mais une telle exclusive est historique. Jamais un parti n’a mis ainsi en balance sa participation au pouvoir. Dans un système électoral régi par le mode de scrutin proportionnel, chacun court pour son propre compte. C’est la loi d’airain. Cassée d’un coup mercredi soir par Elio Di Rupo, au nom, comme il dit, de la « clarification ».

Quid, alors, des coalitions régionales ? Après le coup d’éclat du président du PS, le choix de l’électeur se résume à l’équation : Olivier (PS-CDH-Ecolo) ou Namuroise (MR-CDH-Ecolo).

Une stratégie concertée avec les ténors de son parti. Amorcée par Rudy Demotte, le 1er mai, qui avait plaidé pour une alliance des progressistes. Prolongée par l’assaut de Laurette Onkelinx à Didier Reynders après que celui-ci eut qualifié les socialistes d’« infréquentables ». Et à laquelle un Philippe Moureaux a adhéré naturellement. Le Boulevard de l’Empereur, que les sondages accablent, opte pour un radical : ça passe ou ça casse. Ce qui pourrait – si ça casse… – amener le PS à quitter le fédéral. Elio Di Rupo recadre : « Nous avons été appelés à la rescousse, on travaille sérieusement. Je ne veux pas ajouter une crise politique à la crise ». Reste que, dans les rangs socialistes, d’aucuns plaident pour la cohérence à tous les niveaux de pouvoir : si l’électeur nous sanctionne, si l’on valse dans l’opposition dans les Régions, alors, autant y être partout. Un scénario qui conduirait droit à l’obligation, pour Herman Van Rompuy, d’intégrer les verts au gouvernement (mais le veulent-ils ?), ou de démissionner, faute de majorité, car, depuis la défection de la N-VA, l’Orange bleue (CD&V, CDH, VLD, MR) n’a plus la majorité. Spéculations. Fiction.

Seule certitude aujourd’hui : l’enjeu politique du 7 juin a pris d’un coup toute sa dimension dramatique.

DAVID COPPI

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