Ray Chen, l’insolence de la liberté

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Musique Deuxième, le Belge Lorenzo Gatto remporte aussi le Prix du public

A la fin des demi-finales, ils étaient neuf à pouvoir réclamer une place en haut du podium, ce qui en dit long sur le niveau d’excellence du concours cette année. Sans pourtant qu’aucune personnalité ne se détache avec l’évidence d’un Repin il y a 20 ans ou un Khachatryan lors de la précédente session. C’est dire si les résultats étaient ouverts pour cette épreuve finale. Le jury du Concours Reine Elisabeth déconcerte souvent : une fois de plus il démontre que sa priorité va à la découverte d’authentiques personnalités plutôt qu’à la seule excellence technique. Les trois Premiers Prix 2009 sont en effet des personnalités très tranchées qui n’ont pas eu peur de prendre des risques.

La prestation presque ludique de l’Australien Ray Chen, samedi soir, affichait en effet une liberté de ton presque insolente. Elle lui a permis une admirable interprétation de la sonate de Franck où régnaient un véritable climat d’attente, une urgence irrépressible et un engagement expansif dans les parties animées. Et que dire d’un concerto de Tchaïkovski enlevé avec un panache fou entre langueur, luminosité et passion. C’est là la prestation d’un artiste enthousiaste qui, fort d’une maîtrise éblouissante, n’a pas peur de prendre des risques : on n’est pas étonné de voir dans son bref curriculum vitae (il a 20 ans !) qu’il a déjà côtoyé plusieurs fois Maxim Vengerov.

Le Belge Lorenzo Gatto réédite l’exploit de Yossif Ivanov, quatre ans plus tôt, en conquérant un deuxième Prix qui replace la Belgique sur la carte du violon mondial où elle a longtemps régné très haut. Nous avions apprécié la liberté rayonnante de sa prestation, sa façon de jouer avec une élégance folle et de se jouer d’une partition pour nous révéler des vérités délaissées. Sa sonate d’Enescu restera pour cette raison un des grands moments de bonheur de ces finales.

Ilian Gärnet (Moldavie) appartient à cette même catégorie d’artistes engagés. Avec une vision parfois plus tourmentée, comme dans son poignant concerto de Chostakovitch. Mais sa 3e sonate de Brahms était l’œuvre d’un musicien profond et mur. Le 4e Prix de Kim Soyoen démontre la volonté du jury à déceler des potentiels plutôt qu’à saluer des performances. Il est évident que jeudi soir cette admirable musicienne a connu des problèmes personnels qui l’ont empêchée de donner la prestation que l’on attendait d’elle. Le jury a su rester sensible à la beauté suprême de ces moments d’exception où se révélait un talent encore fragile de 21 ans. Nikita Borisoglebsky (Russie) est un bel artiste dont on pouvait attendre une prestation plus flamboyante : son 5e prix récompense un talent très sûr qui est sans doute demeuré samedi soir en deçà de ses immenses moyens. Quant à Yoon Soyoung, son 6e Prix récompense la sincère musicalité d’une candidate au parcours sans tache. On s’étonnera de l’absence de la Japonaise Mayu Kishima dont la prestation jeudi soir avait laissé une forte impression. Et de l’élégant musicien qu’est le Chinois Chen Jiafeng. D’autres tels l’Américain Noah Bendix-Blagley n’ont sans doute pas livré la grande prestation que laissait présager leur récital en demi-finale. C’est ici que l’on saisit la différence entre une prestation chambriste dans une salle de 600 places et un concert d’orchestre dans le vaisseau de 2.200 places de la salle Henry Le Bœuf. Un rapport au son s’impose qui en a sans doute déstabilisé plus d’un.

SERGE MARTIN

PALMARÈS

Premier prix :

l’Australien né à Taïwan, Ray Chen, 20 ans.

Deuxième prix :

le Belge Lorenzo Gatto, 22 ans.

Troisième prix :

le Moldave Ilian Gärnet, 25 ans.

Quatrième prix :

la Coréenne Suyoen Kim, 21 ans.

Cinquième prix :

le Russe Nikita Borisoglebsky, 23 ans.

Sixième prix :

la Coréenne Yoon Soyoung, 24 ans.

A égalité :

Vineta Sareika Lettonie, 23 ans ; Choi Ye-Eun Corée, 21 ans ; Noah Bendix-Balgley USA, 24 ans ; Chen Jiafeng Chine, 22 ans ; Park Ji-Yoon Corée, 23 ans ; Mayu Kishima Japon, 22 ans

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