GM, symbole économique, s’écroule

Automobile Le constructeur américain dépose son bilan

New York

De notre correspondant

La plus grande entreprise du monde ». Le symbole du dynamisme économique et du rêve américain. Lundi, General Motors (GM), le constructeur automobile vieux de cent ans, qui a grandement contribué à la création d’une classe moyenne américaine prospère, a été déclaré en faillite par une cour de New York après avoir accumulé une dette de plus de 172 milliards de dollars. Selon le plan prévu, un « nouveau GM » devenu plus compétitif devrait sortir du processus de restructuration d’ici deux à trois mois. Mais d’ici là, toute la région qui couvre le Michigan, l’Indiana, l’Ohio et le Delaware pleure, avec la fermeture annoncée d’usines et la perte de plusieurs milliers d’emplois.

L’Etat, qui a déjà investi jusqu’ici près de 20 milliards de dollars pour éviter la liquidation du géant de Detroit, est prêt à en rajouter 30 supplémentaires. « Nous sommes des actionnaires réticents », expliquait lundi Barack Obama en soulignant à nouveau que l’Administration entend se désengager aussi vite que possible, une fois l’entreprise « remise sur pieds ». En attendant, l’Etat sera bien le nouvel actionnaire majoritaire, détenant 60 % du capital aux côtés du Canada et de l’Ontario (12,5 %) ainsi que du syndicat des salariés de l’automobile (17 %) et des créanciers (10 %).

L’objectif de cette mise en faillite sous protection judiciaire est de réunir les actifs sains qui se concentrent autour de quatre marques : Chevrolet, Cadillac, Buick et GMC.

Toutes les autres seront vendues ou liquidées, soit notamment Pontiac, Saab, Saturn ou encore Hummer, devenue à maints égards l’emblème des choix stratégiques désastreux pris par la firme ces dernières années.

A terme, GM devrait supprimer plus de la moitié des 61.000 postes encore recensés à la fin de l’année dernière. Mais les conséquences devraient être plus grandes encore pour les concessionnaires et les sous-traitants, plus nombreux que les salariés de l’entreprise à travers le pays. En outre, les actionnaires, parmi lesquels se trouvent beaucoup d’anciens salariés, devront se résoudre à voir s’envoler 90 % de leur placement.

Il y a un demi siècle, General Motors faisait vivre directement ou indirectement des millions d’Américains avec son armée de 600.000 salariés. Mais, fuyant systématiquement ses promesses de développer des véhicules moins gourmands en carburant, le géant s’est fait progressivement rattraper par les concurrents japonais jusqu’à être détrôné pour la première fois l’année dernière par Toyota en tant que premier constructeur mondial. Aujourd’hui, les autorités de Detroit ont dû batailler ferme pour que le siège de l’entreprise ne soit pas déplacé dans une banlieue pour économiser sur le prix du mètre carré des bureaux.

En reconnaissant que « nous avons encore des jours difficiles devant nous », le président Obama s’est néanmoins montré rassurant face au chemin que prenait Chrysler, la petite soeur de GM qui avait elle aussi déposé son bilan il y a un mois. La justice vient en effet d’accepter son plan de restructuration, ce qui ouvre la voie à sa future reprise (à hauteur de 20 %, une part qui peut s’accroître jusqu’à 35 %) par le constructeur italien Fiat. « La concrétisation de cette alliance signifie que des dizaines de milliers d’emplois qui auraient pu disparaître si Chrysler avait été liquidée seront sauvés », a souligné Obama en se félicitant de la « rapidité extraordinaire » avec laquelle le processus a été mené. Quelques heures après ce verdict, des créanciers de Chrysler ont fait appel de la décision. Le feuilleton judiciaire n’a donc pas encore connu d’épilogue.

La taille de GM et l’absence d’un constructeur étranger équivalent à Fiat, rendent plus incertaine cette restructuration monumentale. La mise sur la table de 50 milliards de dollars s’avère risquée pour l’Etat qui devra rendre des comptes aux contribuables américains. Affichant la volonté de n’intervenir que dans « les grandes décisions stratégiques » du groupe, l’Administration devra néanmoins accompagner le « virage vert » promis par l’entreprise pour rendre les nouveaux véhicules plus conformes au goût des consommateurs (et à l’épaisseur de leur porte-monnaie) en termes de consommation.

Dans les négociations qui ont précédé le dépôt de bilan, le gouvernement a aussi démontré qu’il prenait soin de ne pas trop contrecarrer les souhaits des syndicats, qui constituent, pour les démocrates, une importante base électorale. « Les investisseurs de GM se sont fait piétiner par cet accord », tonnait l’élu de la Chambre des représentants Eric Cantor, l’un des ténors de l’opposition républicaine.

LEMA,LUIS
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