France Emotion et incompréhension après la disparition de l’A330 d’Air France

L’Airbus a plongé dans le silence

RÉCIT

PARIS

De notre envoyée permanente

Longtemps, le vol est resté affiché sur les écrans de Roissy-Charles de Gaulle avec ce simple mot : « retardé ». Puis, la longue liste des départs et des arrivées programmés pour ce retour ensoleillé du long week-end de Pentecôte a repris toute sa place sur les tableaux. Comme si de rien n’était. La douleur des familles endeuillées a à peine croisé, hier, l’insouciance de tous les autres vacanciers qui, en tenue légère, s’interrogeaient encore en fin d’après-midi : « Pourquoi toutes ces caméras ? Il s’est passé quelque chose ? »

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Tout avait été fait pour préserver l’intimité des proches des 228 passagers de l’Airbus A330. Les haut-parleurs avaient pris soin de les inviter à rejoindre au plus tôt la cellule de crise mise en place dans un terminal voisin. Là où médecins et psychologues les aideraient à apprendre le pire.

Le cauchemar a commencé vers midi, lundi, au terminal 2E. Le vol AF447 ne répond plus, communique alors Air France. L’avion a décollé de Rio de Janeiro douze heures plus tôt. Mais depuis quatre heures du matin, plus de nouvelles. Une panne technique ? Un détournement ? Une explosion ? Un attentat ? Toutes les hypothèses circulent alors. Y compris celle, la plus optimiste, que l’appareil ait pu se poser quelque part après une avarie. L’inquiétude grandit au fil des heures, même si l’on ne parle alors encore que de disparition. La météo était épouvantable, dit-on. Sur la route entre Rio et Paris, le vol perdu a traversé le célèbre « pot au noir », une zone de basses pressions où se rencontrent d’importantes masses d’air orageux. « Sur cet “équateur météorologique“, que les avions ont l’habitude de traverser, il y a toujours de la turbulence, de l’activité électrique, des risques de foudroiement », explique un responsable des prévisions pour Météo-France.

Le ton du directeur général d’Air France n’est pas davantage rassurant. Tôt dans l’après-midi, Pierre-Henri Gourgeon fait le récit de la nuit. « A trois heures trente du matin, un dernier contact s’établit avec le contrôle aérien brésilien. A quatre heures quatorze, un message automatique parvient, indiquant une panne du système électrique. De toute évidence quelque chose d’inattendu se produit à ce moment-là. » La foudre ? Le scénario devient privilégié. Mais tous les spécialistes soulignent qu’il ne peut expliquer à lui seul une catastrophe comme celle-ci (voir page 4).

Trente-deux nationalités

L’incompréhension succède à l’inquiétude. Le commandant de bord était très expérimenté. Onze mille heures de vol, dont mille sept cents sur Airbus. L’avion lui-même était récent. Comment l’équipage n’a-t-il pas pu modifier sa trajectoire pour se mettre hors de danger ? Des rumeurs circulent alors. Si panne du circuit électrique il y a bien eu, comment se fait-il que les systèmes alternatifs n’aient pas fonctionné ? Des experts s’interrogent. Sous couvert d’anonymat, un ancien pilote confie même que l’hypothèse d’une bombe ne peut être écartée. Sans que ce scénario ne soit pour l’instant étayé. « Aucune hypothèse n’est balayée », admet toutefois le ministre Jean-Louis Borloo.

Air France non plus n’a pas d’explication. Tout juste la compagnie diffuse-t-elle quelques informations sur les deux cent seize passagers qui ont embarqué la nuit précédente au Brésil avec les douze membres du personnel navigant. Cent vingt-six hommes, quatre-vingt-deux femmes, huit enfants, dont un bébé, indique un premier communiqué. On apprendra plus tard qu’ils représentent 32 nationalités. Et que deux Belges se trouvaient à bord (un prince de 26 ans avec la double nationalité belgo-brésilienne et un homme de 50 ans dont l’identité n’avait pas encore été révélée) La plupart des passagers étaient brésiliens (pour cinquante-huit d’entre eux) ou Français (septante-trois passagers). On comptait aussi des Allemands, des Italiens, des Américains, des Chinois, des Hongrois, des Marocains ou des Espagnols. Quand Nicolas Sarkozy se rend au PC de crise, en fin d’après-midi, le pessimisme le plus noir est de mise. Air France vient de présenter ses condoléances aux familles. Le chef de l’Etat ne peut plus rien, bien sûr. Si ce n’est d’apporter l’hommage de la nation et témoigner sa compassion. Alors que le crash du Concorde, il y a neuf ans, est encore dans toutes les mémoires, le président ne retient que l’horreur de l’instant : « C’est une catastrophe comme jamais Air France n’en a connu », dit-il. Tout est entrepris pour rechercher

l’appareil. Les aviations brésilienne et française, qui ont sollicité l’aide des Etats-Unis, ratissent une large zone entre le nord-est du Brésil et l’archipel du cap Vert. On apprenait en cours de soirée à Paris que la zone où a disparu l’avion a été localisée dans l’Atlantique « à quelques dizaines de milles nautiques près, selon le directeur général d’Air France, à mi-chemin entre les côtes brésiliennes et africaines. »

Une catastrophe mystérieuse, mais très rapide

Pourquoi ? Nul ne savait, lundi soir, les causes de la catastrophe qui a emporté l’Airbus A330 d’Air France, quelques heures auparavant entre le Brésil et la côte africaine. Les connaîtra-t-on jamais ? Seules les boîtes noires pourraient les fournir, si elles sont retrouvées…

L’avion a disparu des radars brésiliens, ce qui n’est pas anormal. Les radars, installés le long des côtes, ont une portée limitée. Et, sur l’Atlantique-Sud par exemple, on compte des « zones blanches », où les appareils ne peuvent être suivis par radar – pendant, au maximum, trois à quatre heures. Ils ont alors cependant des contacts radio épisodiques avec le contrôle aérien, qui leur donnent l’occasion de signaler leur position. Quant au suivi par satellite, il n’est pas encore totalement opérationnel.

Les pilotes de l’Airbus d’Air France ont, en fait, sombré dans le silence. Dans un silence mystérieux. Après avoir signalé une zone de turbulences – que d’autres appareils ont traversée sans encombres.

L’A330 a toutefois encore donné signe de vie : il a émis, selon Air France, un « certain nombre » de « messages automatiques de maintenance », indiquant des problèmes électriques. Ces messages, fréquents sur ce type d’avion très moderne, servent à alerter le siège de la compagnie d’éventuelles défaillances, de telle sorte que les services techniques se préparent à la réparation dès l’arrivée de l’avion.

En revanche, les trois balises de détresse de l’Airbus « n’ont émis aucun signal ». « Si aucune émission n’a été perçue, cela tendrait à prouver qu’elles ont été détruites avant de pouvoir émettre, donc que la catastrophe a été très rapide », a estimé lundi soir un responsable français du système mondial d’alerte.

La foudre ? L’hypothèse a été avancée. « Cette idée me surprend, nous disait hier soir Waldo Cerdan, un pilote-instructeur belge, qui a notamment piloté des long-courriers à la Sabena. C’est un phénomène qui se produit assez souvent. Moi-même, j’ai été foudroyé trois fois. »

« Ce qui m’étonne vraiment, ajoutait-il, c’est que le pilote n’a pas lancé d’appel de détresse. Un problème électrique ? Mais un long-courrier comme l’Airbus A330, c’est une centrale électrique ! Il y a deux génératrices à bord, plus une génératrice d’urgence, plus deux batteries… Tout a dû aller très vite quand c’est devenu catastrophique. Ils ont dû faire un amerrissage contrôlé ou incontrôlé mais très vite. »

Waldo Cerdan évoquait donc le danger des orages tropicaux. « Rentrer dans un orage terrible peut faire tomber un avion, nous affirmait lundi Olivier Lalmand, un consultant technique aéronautique belge. On peut alors perdre le contrôle de l’appareil, perdre une aile, etc. Entrer dans un terrible orage, c’est un suicide collectif – parce que la météo du vol est connue dès avant le départ et que les avions actuels sont équipés de radars météo. Je ne peux donc pas croire une seule seconde que des pilotes d’Air France aient choisi de rentrer dans des orages tropicaux. »

MESKENS,JOELLE
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