Twitter, le pays du gazouillis politique

 

 

 D’accord, ces petites phrases ne passeront pas à la postérité au même titre que « Nous sommes tous des Berlinois » ou « I had a dream ». Mais depuis quelques semaines, nos hommes politiques s’en donnent à cœur joie sur Twitter. C’est Didier Reynders (MR) qui annonce qu’il « fait une promenade avec le chien sous le soleil de Hesbaye ». C’est Elio Di Rupo (PS) qui « se rend à RTL et se demande à quelle sauce il va être mangé par Pascal Vrebos ». Ou c’est Jean-Michel Javaux (Ecolo) qui s’exclame : « Si même Rudy Aernoudt vous dit de voter Ecolo… brrrrrr. »

 

  Ce sont des candidats moins connus, aussi, qui livrent leurs impressions de campagne. Comme Karim Majoros (Ecolo) qui se demande « si la crème solaire doit se renseigner dans les frais de campagne ». Ou Sylvie Roberti (CDH), qui « vient de rencontrer des agriculteurs et a été initiée a la traite des vaches ;-) avec Ecolo, MR, PS, RTBF et RTL présents ! ».

  Le principe de ce site internet est enfantin : tout le monde peut s’y inscrire et publier des petits messages de 140 caractères maximum (Twitter signifie « gazouillis », en anglais). « C’est du SMS en ligne, ou du microblogging, résume Olivier Beaujean, managing partner de Cleverwood, une société de consultance en nouveaux médias. C’est très désinhibant. Comme il n’y a que 140 caractères, il n’y a pas besoin d’être une grande plume. Il suffit de faire passer son message, qui peut être lu instantanément par 150 personnes voire beaucoup plus. Personne n’enverrait un mail à 150 personnes pour donner ses états d’âme. Mais sur Twitter, ça passe tout seul. »

 Contrairement à Facebook, on n’est pas « amis » sur Twitter. Si vous aimez les messages d’une personne, vous pouvez la suivre, sans que ceci implique le moindre lien d’affection. Votre nom s’inscrit alors dans la liste de ses « followers ». Et si cette personne vous suit, votre nom s’affiche sous sa rubrique « following ». Et tout cela est public. Ce qui nous permet de voir que certains politiques sont très suivis mais n’écoutent pas grand monde (Elio Di Rupo), que d’autres écoutent beaucoup, mais sont un peu moins suivis (Benoît Cerexhe, CDH). Et que d’autres ont trouvé l’équilibre entre écoute et expression (Didier Reynders, Jean-Michel Javaux).

  Avant la campagne, très peu de nos édiles avaient Twitter dans la peau. Fin 2008, on les comptait quasiment sur les doigts de la main. Le pionnier, c’est André Antoine, qui s’est lancé sur ce média en novembre 2008, et ne l’a pas quitté depuis. D’autres sont arrivés peu après, comme Rudy Demotte (PS), Jean-Michel Javaux et Elio Di Rupo. Et d’autres enfin, s’y sont mis, contraints et forcés, parce que leurs concurrents s’y trouvaient, et… parce que le site du Soir a référencé tous les hommes politiques sur Twitter en leur donnant une visibilité renforcée. Parmi les vocations tardives, on citera Frédéric Daerden (PS) et Karine Lalieux (PS). Et puis il y a une grande absente : Joëlle Milquet (CDH). « J’en avais l’intention mais je n’ai pas eu le temps. Je ne dors déjà que cinq heures par nuit. Si j’avais fait Twitter, il ne m’en serait resté que trois. »

 A ce stade, Twitter n’est pas vraiment rentré dans les mentalités des politiques. Il est plutôt considéré au pire comme une corvée, au mieux comme un outil de campagne à très court terme. « Pour l’instant, les hommes politiques sont dans une première phase, celle de la découverte de l’outil, explique Xavier Damman, le concepteur de Tweetag, le logiciel qui référence les hommes politiques sur lesoir.be. Ensuite, j’espère qu’ils partageront des informations intéressantes, puis qu’ils entreront en contact avec leurs électeurs. Twitter peut être un outil de transparence extraordinaire de l’action politique. » Cet enthousiasme modéré s’explique aussi probablement par le fait que seuls 20.000 Belges sont sur Twitter, contre 1,6 million sur Facebook.

  Certains ténors se distinguent toutefois. Jean-Michel Javaux, qui mêle habilement impressions personnelles et agenda de campagne, est assez populaire. « Je suis davantage accro à Facebook, mais j’aime Twitter pour les scoops. Par exemple, j’ai annoncé le soulier d’or dix minutes avant que ce ne soit officiel, je le tenais d’Yves Leterme. Je reçois beaucoup de critiques, de remarques. Ce n’est pas un public complaisant. » Didier Reynders joue également le jeu, distillant à la fois des éléments de son programme, de sa vie privée et quelques petites phrases bien senties. « Mais je préfère Facebook », dit le président du MR.

  Tant Jean-Michel Javaux que Didier Reynders écrivent leurs messages eux-mêmes. Elio Di Rupo, lui, écrit de temps en temps un message, et son service de communication s’occupe du reste.

  D’une manière générale, le twittage politique n’en est qu’à ses balbutiements, mais certains élus, en Belgique et ailleurs, caressent un rêve : communiquer directement avec les électeurs sans passer par le prisme sélectif de la presse. Ce n’est pas gagné. Car sur Twitter, on trouve également une quantité phénoménale de journalistes. Pas étonnant, quand on connaît leur appétit pour les petites phrases…

Les 4 façons d’être bon !

  1. Etre humain
    Pour faire campagne sur Twitter, un brin d’humanité, ça ne mange pas de pain. Il est donc chaudement recommandé de donner quelques éléments de sa vie privée, sans pour autant se répandre. C’est Didier Reynders qui va promener son chien, ou Elio Di Rupo qui confie que Dieudonné ne le fait plus rire. A éviter : faire exclusivement de son espace Twitter un agenda de ses prestations publiques. C’est lassant… et tellement désincarné.
  2. Ecrires ses textes seul
    Il nous revient qu’Elio Di Rupo n’écrit pas tous ses messages Twitter tout seul. Une partie est assurée par un membre de son service de communication. Si cela ne se voit pas trop, ça peut encore passer, Obama peut en témoigner. Mais pour un média aussi réactif et authentique que Twitter, rien de tel, pour susciter l’adhésion, que de prendre le temps d’écrire, et s’arranger pour que ça se remarque.
  3. Interagir
    Sur Twitter comme dans la rue ou sur les marchés, il faut répondre aux personnes qui s’adressent à vous. Qu’il s’agisse de l’électeur ou de l’observateur anonyme. Ou, mieux encore, d’un rival politique. Elio Di Rupo l’a bien compris, qui a répondu publiquement au message de Jean-Michel Javaux le matin du « huis clos » sur la RTBF. Ce message a été relayé par un grand nombre d’utilisateurs de Twitter.
  4. Poser des questions
    Pour se rendre populaire, un bon tuyau, c’est aussi de poser des questions à la cantonade. Attention ! Pas sur des sujets qui fâchent comme le port du voile, susurre un consultant. Mais par exemple sur un bon restaurant dans le centre de Mons ou de Liège. L’électeur potentiel peut ainsi interagir directement avec un homme politique. Même sur un sujet banal, cela peut créer une adhésion, voire convaincre un des milliers d’électeurs indécis…
 tops et flops Sympa

 Jean-Michel Javaux. Le secrétaire fédéral d’Ecolo est parvenu à fédérer près de 600 personnes, ce qui est appréciable sur Twitter, à ce jour moins fréquenté que Facebook. Il a compris les règles du jeu : parler de ses goûts musicaux, poser des questions à ceux qui le suivent et raconter sa campagne par le petit bout de la lorgnette.

 Cool

 Karim Majoros. Ce candidat écolo est aussi syndicaliste à la FGTB. Pas proche du PS pour autant, quand on voit des phrases comme « on voit la peur dans les yeux d’Elio » ou « apprend la démission du ministre Donfut. Qui a dit ’De qui ?’ ». De l’humour, et une analyse critique des discours politiques (sauf celui d’Ecolo).

 Touchante

 Sylvie Roberti. D’accord, c’est parfois un peu nunuche, mais suivre le Twitter de cette jeune candidate CDH, c’est découvrir une campagne électorale avec un regard neuf. Avec elle, on se balade dans les foires agricoles, on apprend que son petit mari la soutient, et elle vante, comme autant de miracles, ses prestations télévisées et les articles qui lui sont consacrés.

 Caustique

 Didier Reynders. Le président du MR tire habilement profit de Twitter. Il dévoile quelques éléments de sa vie privée, ce dont il est en général avare, il décoche de temps à autre une petite phrase assassine à son adversaire au nœud papillon, et glisse subtilement des éléments de son programme. Il lui manque un peu d’interactivité avec ceux qui le suivent.

 Fantôme

 Fadila Laanan. Le 29 janvier, la ministre socialiste de la Culture débarque sur Twitter. « Twitter me voici. » Le lendemain, la ministre voit qu’elle a des lecteurs. « Ciel, je suis suivie. » Puis plus rien. Jusqu’au 7 mai, où elle annonce : « Coucou, je suis de retour sur Twitter. » Puis plus rien. Une utilisatrice fantôme…

 Ennuyeux

 Michel Daerden. Avec le capital sympathie dont il dispose, avec la Dardenmania qui ne s’est pas éteinte et après son succès sur Facebook, le ministre wallon pourrait faire de Twitter un instrument de communication très performant. Son profil Twitter, qui reprend seulement quelques extraits de son agenda, est donc particulièrement décevant.

 Moi je

 Alain Destexhe. Le candidat MR a le slogan facile, ce qui pourrait faire fureur sur Twitter. Mais le profil d’Alain Destexhe est un peu trop centré sur sa personne, avec des messages tels que « Alain rentre chez lui » ou « J’ai présenté une projet de musée Paul Delvaux à Bruxelles ». Du reste, ses apparitions sont rares.

 Guindé

 Elio Di Rupo. Le président du parti socialiste est rarement pris en défaut, quand il s’agit de communiquer. Mais sur Twitter, son profil ressemble un peu trop à une accumulation de slogans, propos et annonces de campagne sans spontanéité, si l’on excepte une échange amusant avec Jean-Michel Javaux (lire ci-dessus) peu avant leur huis clos sur la RTBF.

 DEMONTY,BERNARD,LAMQUIN,VERONIQUE
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