Une intouchable au Parlement

Inde L’avènement des femmes

Le Parlement indien, issu des dernières élections législatives, vit à l’heure des premières : non seulement 10 % de femmes (59 députées) font désormais partie de l’Assemblée, mais surtout il a élu à sa présidence Meira Kumar, 64 ans. Cette femme, entrée en politique en 1985, est considérée comme un véritable symbole car elle est issue de la communauté des « dalits » (les opprimés) plus connus sous le nom péjoratif d’« intouchables », ceux que le mahatma Gandhi appelait les « harijans » (les enfants de Dieu).

Le parcours de Meira Kumar n’est cependant pas celui d’une damnée de la terre : diplomate de carrière, elle a déjà été élue cinq fois députée sur les listes du parti du Congrès et lors du dernier scrutin, elle a été reconduite dans sa circonscription du Bihar, l’un des Etats les plus pauvres. En choisissant une femme d’origine dalit pour être « speaker » du Parlement, le parti du Congrès, qui a largement emporté le dernier scrutin et qui est lui-même présidé par Sonia Gandhi, a voulu exprimer de manière concrète sa volonté de changement et son ouverture aux femmes.

Les dalits tentés

par d’autres partis

Il a surtout voulu récupérer le vote des dalits, ces 156 millions de citoyens « hors caste » qui se plaignent de discriminations et de vexations dans les domaines du logement, de l’éducation et du travail. Car les dalits, qui forment l’électorat naturel du parti de Gandhi et de Nehru, sont de plus en plus séduits par des formations régionalistes ou par des partis qui se fondent sur la différence entre les castes, cette persistante réalité de l’Inde que le parti du Congrès tente depuis un demi-siècle de nier ou de dépasser. L’« intouchabilité » a été formellement abolie par la Constitution indienne en 1950, mais la discrimination persiste dans les faits. Cependant, dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, le plus peuplé de l’Inde, où le parti Bahujan Samaj avait misé sur le vote des dalits jusqu’à espérer que sa présidente, la flamboyante Mayawati, deviendrait Premier ministre, les électeurs des autres castes et les musulmans ont donné leur suffrage au parti du Congrès. Les hindous des castes supérieures avaient été choqués par le train de vie de Mme Mayawati, par son trop voyant goût du luxe, des outrances que les dalits eux-mêmes ne lui avaient cependant pas reprochées, voyant dans son train de vie un symbole de leurs propres chances d’ascension sociale.

(avec afp)

AFP
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