Un verdict clair et une crise intacte

Liban L’opposition perd les législatives, le Hezbollah intransigeant sur ses armes

de notre correspondant à Beyrouth

Pas touche à mon arsenal militaire. » C’est en résumé l’avertissement lancé par le Hezbollah, au lendemain de la défaite aux législatives libanaises, dimanche, de l’opposition parlementaire dominée par le parti chiite, mais menée à la bataille par le Courant patriotique libre (CPL) de l’ex-général Michel Aoun. Car la déroute de l’opposition (57 sièges contre 71 à la majorité antisyrienne) est surtout un camouflet pour ce leader chrétien qui revendiquait 70 % du vote de sa communauté, comme lors des législatives de 2005.

 Dimanche soir, dans une permanence de campagne du CPL d’Achrafieh, le quartier chrétien de Beyrouth, c’est en effet la soupe à la grimace, le cœur des militants n’y est plus. La liste emmenée par Issam Abou Jamra, bras droit historique d’Aoun, a perdu les cinq sièges en jeu. À 300 mètres de là, l’ambiance est à la fête. Dans le QG de campagne souterrain de Michel Pharaon, candidat grec-catholique de la majorité, les gens s’embrassent et scrutent l’écran géant sur lequel défilent les résultats.

 Le verdict est sans appel et fait mentir les sondages : la majorité sortante, dominée par les sunnites du Courant du futur, les chrétiens des Forces libanaises et les druzes du Parti socialiste progressiste, garde le pouvoir.

 Tard dans la soirée de dimanche, le Hezbollah reconnaît rapidement la défaite de l’opposition dans un scrutin qui a mobilisé 54,8 % des électeurs, avec des pointes à près de 80 % dans les régions où tout se jouait. « C’est une victoire qui nous fait du bien », se félicite Serge TerSarkissian, colistier de Pharaon. À l’extérieur, concerts de klaxons, feux d’artifice en pleine chaussée et drapeaux aux couleurs des partis vainqueurs ont coloré la nuit de ce côté-ci de Beyrouth.

 « Aoun ne pourra plus dire qu’il est le patriarche politique de notre communauté, exulte Jamale, une fervente militante des Forces libanaises. Achrafieh n’est pas tombée aux mains des orangistes ! », faisant référence à la couleur attitrée du parti d’Aoun. Car ces élections se sont déroulées comme une bataille militaire, avec des bastions à conserver ou à conquérir. Les jeux étant faits côté sunnite et chiite, tous les regards étaient tournés vers les circonscriptions à majorité chrétienne. Z

ahlé, fief chrétien dans la plaine de la Bekaa, bascule en faveur de la majorité ; le Kesrouan – dans lequel le général Aoun était parti au front en personne – reste dans le giron du CPL, tout comme la circonscription de Jbeil. Mais le Metn, où la famille Gemayel jouait gros, tombe dans l’escarcelle de la majorité grâce à un baron local, Michel el-Murr, ancien allié d’Aoun aux législatives de 2005. Le jeu des alliances a donc joué à plein.

 « Aoun a perdu son pari auprès des chrétiens, probablement à cause de son alliance avec le Hezbollah, observe Tony Atallah, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise. Le Hezbollah va se sentir isolé. »

Cette victoire d’un soir n’occultera pas la crise politique, renouvelée avec ce résultat. La majorité reconduite devra d’abord former un nouveau gouvernement, ce qui pourrait prendre des mois. Pendant la campagne, elle avait prévenu qu’en cas de victoire elle compterait gouverner seule, sans accorder le tiers de blocage que l’opposition avait obtenu après le coup de force sanglant du Hezbollah le 7 mai 2008.

 L’opposition, elle, a clairement refusé cette option, s’appuyant sur le système consensuel voulant que toutes les communautés soient représentées au gouvernement. Aujourd’hui, les chiites du Hezbollah et d’Amal, même perdants, gardent donc un atout dans leur jeu. Le Liban ne peut pas être gouverné sans eux.

 « La majorité n’a pas atteint la majorité des deux tiers, elle ne pourra rien faire seule, l’opposition va probablement bloquer toutes les institutions pour garder ce tiers de blocage qu’elle a depuis un an, conclut Atallah. Je ne suis pas très optimiste, je crains plutôt une redite du 7 mai. » Le scénario du pire.

HURY,DAVID
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