La Grèce antique a enfin son musée

Musée Le bâtiment de verre au pied de l’Acropole s’ouvre avec cinq ans de retard

Le nouveau musée de l’Acropole doit être inauguré en grande pompe ce samedi à Athènes. Le bâtiment aéré de verre, de marbre et de béton, qui s’élève sur trois niveaux au pied de la célèbre colline, est prêt à recevoir sa pièce maîtresse : les fragments de frise du Parthénon que le British Museum refuse toujours de restituer à la Grèce.

Depuis plus de 25 ans, la Grèce réclame le retour de ces sculptures du Ve siècle avant Jésus-Christ, appelées les « marbres d’Elgin », du nom de l’ambassadeur britannique qui les fit démonter au début du XIXe siècle. Le musée doit servir de « catalyseur pour le retour des marbres du Parthénon », a expliqué le ministre de la Culture Antonis Samaras mercredi, alors que des prêtres orthodoxes bénissaient les lieux.

L’établissement imaginé par l’architecte franco-suisse Bernard Tschumi, conçu comme un écrin pour les frises, est aussi « le symbole d’une Grèce moderne (…) qui rend hommage à son passé avec des œuvres comparables à celles de nos ancêtres », a ajouté le ministre. Un symbole à 130 millions d’euros qui était initialement censé ouvrir ses portes pour les Jeux olympiques à Athènes en 2004.

Plusieurs chefs d’État et de gouvernements sont attendus pour l’inauguration ce samedi, avant l’entrée du public à partir de dimanche.

Le nouveau musée, perché sur pilotis à 400 mètres environ en contrebas du Parthénon sur lequel il ouvre de vastes baies vitrées, joue avec la lumière du soleil et les éclairages artificiels selon les heures du jour ou de la nuit, au pied des temples illuminés de l’Acropole. Après de longs mois de déménagement des œuvres de l’Acropole et d’autres musées, il accueille désormais plus de 4.000 œuvres dans un espace de 14.000 m2.

Bâtir dans ces lieux représentait une gageure. Construit entre 447 et 432 avant J-C, au faîte de la gloire d’Athènes, pour honorer la déesse Athéna patronne de la cité antique, le Parthénon, un temps converti en église chrétienne, a traversé les âges, jusqu’à un tir de canon vénitien dévastateur en 1687.

Environ la moitié des sculptures restantes au XIXe siècle ont été démontées par Lord Elgin alors que la Grèce appartenait à l’empire Ottoman.

Le Parthénon, estime Bernard Tschumi, « est l’une des constructions les plus parfaites, qui a inspiré des générations pendant des siècles d’architecture occidentale. En même temps, comme je le dis souvent, en tant qu’architecte vous devez être, surtout dans ce cas précis, à la fois humble et très arrogant . Nous avons essayé d’établir un lien visuel entre le Parthénon, le musée et ses magnifiques sculptures, et les fouilles archéologiques ». (ap)

L’ architecture comme lien

Entretien

Bernard Tschumi, architecte franco-suisse du nouveau musée de l’Acropole d’Athènes, explique les enjeux de l’ouvrage et affirme que son achèvement est un argument important pour le retour de la frise du Parthénon exposée au British Museum et dont la Grèce réclame la restitution depuis 30 ans.

Le nouveau musée de l’Acropole a connu une série de polémiques qui avaient même mis en danger sa réalisation. Quel a été l’enjeu majeur de cet ouvrage ?

Le défi était aussi bien le site extraordinaire où se trouve le monument que le contenu extraordinaire qu’il y a à l’intérieur du musée. Il fallait vis-à-vis de l’extérieur au tant que de l’intérieur faire un travail inhabituel. De l’extérieur, nous avons à 300 mètres le Parthénon, l’un des ouvrages le plus influent de l’histoire de l’architecture et nous avons sous ce musée des ruines archéologiques et évidemment à l’intérieur des statues et sculptures d’une perfection absolue.

La question du Parthénon a reçu sa réponse à travers cette enveloppe de verre entièrement transparente qui permet voir les œuvres en même temps qu’on voit l’Acropole et le Parthénon. Pour les œuvres archaïques, il y a la grande salle hypostyle avec une trentaine de colonnes où nous avons voulu que le béton de l’architecture soit l’arrière-plan des sculptures reflétant la lumière et l’arrière-plan de la structure du bâtiment absorbant la lumière pour faire justement une sorte de dialogue. Ensuite, il y avait toute cette polémique en raison des ruines mises au jour sur le lieu du musée, donc nous les avons préservées en mettant justement le bâtiment sur pilotis afin que l’ouvrage tienne compte de cette histoire.

Quel a été le fil conducteur entre la conception architecturale, le choix des matériaux et la collaboration avec les archéologues ?

Tous les matériaux, le verre et le béton, sont choisis pour exprimer un concept en trois parties : la première s’adresse à l’archéologie, la deuxième à cette collection extraordinaire d’il y a 2.500 ans et la troisième à la grande question de la frise ; il s’agissait de trouver un moyen de préserver la continuité originale des artistes, ce que Phidias avait fait. Evidemment il n’avait pas fait de fragments, donc on a voulu restaurer cette continuité.

L’ensemble de l’ouvrage a demandé beaucoup d’énergie. Nous avons travaillé avec des gens remarquables et en premier lieu le professeur Dimitris Pantérmalis en qui nous avons trouvé un interlocuteur qui était à la fois clairvoyant comme archéologue mais avait aussi l’ambition de ne pas faire un musée comme les autres. Il voulait que ça soit un musée contemporain qui montre les œuvres d’une façon différente, par exemple on marche autour des statues (…), tout ça était une collaboration extraordinaire entre le musée et nous.

Pour les Grecs, ce musée constitue l’une des raisons principales pour obtenir le retour à Athènes « des marbres » de la frise du Parthénon conservés au British Museum. Est-ce que cette idée vous a préoccupé pendant la réalisation du musée ?

Sûrement. Je pense que tout ça est symbolique mais c’est très important d’avoir un musée qui puisse avoir en son enceinte la plus grande partie des plus belles sculptures actuellement visibles.

Dès le début, je connaissais évidemment la polémique et peu à peu j’ai compris qu’il n’y a pas seulement un problème patriotique derrière mais que la question est beaucoup plus profonde. C’est un problème d’une œuvre d’art qui a été conçue comme une seule chose, comme une continuité, une histoire. On ne peut pas par exemple avoir la tête d’une statue à Athènes, les épaules à Paris, le torse à Londres et les jambes au Metropolitan de New York. Il faut un endroit où l’œuvre pourra être exposée tout entière, comme Phidias l’avait conçue et c’est comme ça qu’elle doit être lue. Ce que nous avons cherché à faire dans la configuration de ce musée, c’est de montrer l’inévitabilité de la continuité de la lecture. Et la salle du Parthénon restaure cette continuité. (afp)

ASSOCIATED PRESS,AFP
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