Le Solar Impulse prêt à décoller

Technologies Le premier avion solaire de Bertrand Piccard est devenu une réalité

ZÜRICH

De notre envoyé spécial

Bertrand Piccard, le médecin psychiatre suisse qui a bouclé le premier tour du monde en ballon sans escale en 1999, était tout sourire, vendredi midi à Dübendorf, près de Zurich. Son rêve, celui de construire un avion solaire, 100 % propre, est devenu une réalité.

Et quelle réalité ! Il va pouvoir bientôt rééditer son tour du monde, mais cette fois avec un aéronef ne consommant pas la moindre goutte d’énergie fossile. Son ballon comptait en effet sur du gaz propane (3,7 t au total), pour monter et descendre afin de capter les meilleurs vents. Le Solar Impulse sera d’une sobriété totale. « Si un avion est capable de voler de nuit comme de jour sans carburant, propulsé uniquement par l’énergie du soleil, que personne ne vienne ensuite prétendre qu’il est impossible de faire la même chose pour des véhicules, des chauffages, des climatiseurs ou des ordinateurs !, s’est exclamé Bertrand Piccard. Nous sommes convaincus que l’esprit pionnier et les visions politiques peuvent changer la société et venir à bout de la dépendance aux énergies fossiles. »

Le projet d’avion solaire est ambitieux. Il s’agit de créer un avion qui fonctionne exclusivement aux énergies renouvelables pour son décollage, sa montée en altitude, son vol de longue durée de jour qui doit pouvoir enchaîner des journées et des nuits de navigation sans escale et, bien entendu, son atterrissage.

Chasse aux grammes superflus

« Cela suppose quelques exploits techniques. On peut comparer cet appareil à un Airbus A 380 par son envergure », indique Claude Michel, ingénieur chez Solvay qui a supervisé le partenariat de son entreprise^ avec le projet Solar Impulse – un partenariat fructueux que salue Bertrand Piccard qui, sans ce sponsor engagé, n’aurait pu aller aussi loin… « On peut aussi le comparer à une voiture par son poids et… à un cyclomoteur par sa puissance », poursuit Claude Michel. Un seul pilote sera à bord du Solar Impulse : Bertrand Piccard ou son complice de longue date, André Boschberg. Le pilote sera alors l’ambassadeur du projet porté aux quatre coins du monde par l’avion au cours de son vol autour de la planète. Les difficultés techniques auxquelles il a fallu faire face pour mettre cet avion au point ont été multiples. Et toutes ne sont pas encore résolues. « Le défi majeur pour cet avion a été la chasse non pas aux kilos mais bien aux grammes superflus. Plus qu’ailleurs, le gain de poids a été ici une obsession, reprend Claude Michel. Pour que cet avion puisse rester en l’air durant des jours et des nuits, il doit non seulement être le plus léger possible mais aussi disposer de ressources énergétiques suffisantes. Pour le vol de nuit par exemple, il ne pourra compter que

sur l’énergie accumulée dans ses batteries : quelque 400 kilos de batteries lithium-ion polymère. Il faut donc atteindre un subtil équilibre entre ce stockage d’énergie et la masse de l’appareil. Tout a été fait pour alléger ce qui pouvait l’être ». Résultats, l’avion affiche une masse de 8 kg/m2 de voilure (surface des ailes). Un exploit quand on sait que le meilleur des planeurs classiques affiche une charge de 40 kg/m2. Les solutions technologiques innovantes ont donc été mises à contribution. « Mais attention, reprend Bertrand Piccard. Il ne s’agit pas de développer de nouveaux concepts. Nous voulons montrer que les technologies existantes sont déjà des bonnes solutions à nos problèmes énergétiques et qu’elles sont immédiatement disponibles pour des utilisations à grande échelle. Comme il est quasi impensable que la population accepte de diminuer son niveau de vie, nous devons développer des équipements efficaces consommant moins, et des sources d’énergie alternatives. Et en premier lieu l’énergie solaire ». Le premier avion solaire est désormais construit. Après l’été, il commencera ses essais de roulage puis en vol. Vol de nuit test au printemps 2010.

Le prototype HB-SIA

Il affiche une envergure de 63,4 m, une masse de 1,6 tonne. Dépourvu de certains équipements comme le pilote automatique, il dispose de 200 m2 de cellules solaires sur ses ailes et pourra grimper à une altitude de 8,5 km. Il est destiné à valider en vol toute une série de concepts.

Le « record »

C’est le Solar Impulse qui effectuera le tour du monde, avec 81,10 m d’envergure et une masse de 2 tonnes. Avec 250 m2 de cellules solaires, il pourra monter jusqu’à 12 km. Le météorologue belge Luc Trullemans sera le « routeur » du vol. C’est déjà lui qui, en 1999, avait, avec d’autres, permis à Bertrand Piccard de réaliser son tour du monde en ballon à bord du Breitling Orbiter III.

Rendez-vous

A la fin de l’été, après les essais de roulage, le SIA effectuera des envols de quelques centimètres d’altitude avant de répéter la manœuvre toujours un peu plus haut. Le premier vol test de 36 heures aura sans doute lieu en 2010, en avril-mai. Parallèlement à la construction du second avion. Premier vol transcontinental prévu en 2010-2011.

DU BRULLE,CHRISTIAN
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